Portrait de Gertha Felsöványi
Une jeune femme presque dissoute dans une robe blanche, un portrait transmis puis perdu sous la persécution, un accord avec les héritiers et deux ventes majeures : l’histoire de Gertrud Loew dépasse largement l’élégance de 1902.
Ce dossier distingue le modèle, le commanditaire, les propriétaires successifs et le statut actuel de l’œuvre après la vente Sotheby’s du 24 juin 2026.

Qui est la femme presque blanche peinte par Klimt ?
Le modèle est Gertrud Franziska Sophie Loew, née à Vienne le 16 novembre 1883. Son père, le médecin Anton Loew, dirige l’un des plus importants sanatoriums privés de la ville et soutient la Sécession viennoise. Il commande vraisemblablement le portrait à Klimt en 1902, lorsque Gertrud a dix-neuf ans.
La toile précède son mariage avec Johann Arthur Eisler von Terramare en février 1903. Après leur séparation puis leur divorce, Gertrud épouse en 1912 l’entrepreneur hongrois Elemér Baruch Felsöványi de Felsö-Ványi. C’est ce second nom qui explique le titre courant Portrait de Gertha Felsöványi.
L’œuvre reste dans le cadre familial jusqu’à l’époque nazie. Forcée de quitter l’Autriche en 1939, Gertrud abandonne sa collection. Le tableau passe vers 1941 chez le cinéaste Gustav Ucicky. Une recherche de provenance aboutit en 2014 à un accord privé entre la Klimt Foundation et les héritiers Felsöványi. Vendu en 2015 à la Lewis Collection, le portrait est remis sur le marché en juin 2026 et adjugé 36,2 millions de livres à un acheteur non identifié publiquement.
Quatre noms pour une seule trajectoire
Les catalogues, ventes et articles n’emploient pas toujours la même graphie. Comprendre ces variantes évite de prendre le tableau pour plusieurs portraits différents.
Gertrud Loew
Nom de naissance et forme retenue par la recherche récente et les maisons de vente.
Gerta Loew
Diminutif familial documenté par la Gustav Klimt Database.
Gertha Felsöványi
Nom sous lequel le modèle est souvent cité après son mariage de 1912.
Frau G. Baruch-Loew
Titre utilisé lors d’une exposition de portraits à Vienne en 1912.

Gertrud grandit dans un réseau qui soutient la Sécession
Anton Loew n’est pas seulement un médecin fortuné. Il est collectionneur, mécène et soutien précoce de la Sécession viennoise. Son établissement accueille des patients de l’aristocratie et de la vie culturelle, parmi lesquels Gustav Mahler, Alma Mahler, Ludwig Wittgenstein et Klimt lui-même.
La proximité entre médecine, collection et art explique la commande. Gertrud n’est pas choisie au hasard par un peintre à la recherche d’un modèle : son portrait naît d’une relation sociale déjà établie entre Klimt et la famille.
Une commande liée aux fiançailles ?
La destination exacte n’est pas certaine. Le tableau a pu être pensé comme cadeau d’anniversaire pour Anton Loew ou comme présent pour Gertrud et son futur mari. La prudence s’impose, mais la proximité du mariage de 1903 rend l’hypothèse nuptiale plausible.
Le portrait dans l’espace familial
Après ses premières expositions, la toile est accrochée dans le hall d’entrée de l’appartement familial de la Pelikangasse. Elle fonctionne donc à la fois comme œuvre moderne, image de Gertrud et signe public du goût des Loew.
Comment Klimt fait-il flotter Gertrud ?
Le tableau semble presque monochrome. Pourtant, son blanc est construit par des violets, des gris, des bleus et des transparences qui rapprochent progressivement le corps du fond.
Le format en lame
La toile est plus de trois fois plus haute que large. Cette verticalité comprime l’espace et transforme le modèle en apparition ascendante.
La robe sans contour dur
Le vêtement blanc ne forme pas un bloc. Ses plis s’ouvrent, se défont et laissent le corps se mélanger au champ clair.
Le visage comme ancrage
Les traits, les yeux sombres et la chevelure concentrent la ressemblance. Plus le regard descend, plus la figure devient atmosphère.
Quatre rubans lilas
Les bandes verticales suivent chacune une inflexion différente. Elles donnent un rythme à la robe sans la transformer encore en mosaïque dorée.
Le Japon dans le cadrage
L’étroitesse extrême, la surface peu profonde et la signature inscrite dans deux carrés verts évoquent l’influence des estampes et de leurs sceaux.
Une élégance sans or
Le portrait précède les grandes effigies couvertes d’or. Klimt obtient déjà une présence décorative par le format, le textile et la couleur seule.
Serena, Gertrud et Emilie : trois verticalités
Comparer ces œuvres montre que le portrait Loew n’est pas une parenthèse. Entre 1899 et 1902, Klimt transforme progressivement la silhouette féminine en architecture de lignes et de surfaces.

Serena Pulitzer Lederer
La robe blanche et la longue silhouette annoncent Gertrud. Serena demeure cependant plus nettement séparée d’un fond sombre, tandis que Gertrud paraît absorbée par la lumière. Image : Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.5.

Emilie Flöge
Peinte la même année, Emilie est enveloppée d’un vêtement beaucoup plus autonome. Motifs, carrés et spirales annoncent plus directement l’univers décoratif de la période dorée.
La provenance, ligne par ligne
Les mots comptent : le passage pendant la période nazie n’a pas été entièrement reconstitué. L’accord de 2014 est une solution privée « juste et équitable », et non une restitution prononcée par un musée public.
Commande d’Anton Loew
Le père de Gertrud commande directement le portrait à Klimt.
Héritage de Sophie Loew
Après la mort d’Anton, son épouse Sophie devient propriétaire du tableau.
Gertrud Felsöványi
Le portrait revient à la personne représentée et reste dans l’environnement familial.
Persécution et départ forcé
Le sanatorium est fermé et liquidé. Gertrud, persécutée comme juive malgré la conversion familiale, quitte l’Autriche en 1939 et abandonne ses biens.
Gustav Ucicky
Le tableau entre dans la collection du cinéaste. Les circonstances exactes de l’achat ne peuvent plus être établies, mais les chercheurs le situent pendant la période nazie.
Ursula Ucicky
La veuve du cinéaste hérite du portrait et d’autres œuvres de Klimt.
Klimt Foundation et accord
Après le transfert à la fondation, deux chercheuses établissent un dossier conjoint. Un comité juridique recommande une solution conforme aux Principes de Washington.
Première vente Sotheby’s
Le portrait est vendu à Londres pour 24,8 millions de livres et rejoint la Lewis Collection.
Nouvelle vente
Le 24 juin, l’œuvre est adjugée 36,2 millions de livres. Le nom du nouvel acquéreur n’est pas rendu public.
Propriété, spoliation et accord : ne pas simplifier
La qualité d’un récit de provenance dépend de sa capacité à signaler aussi les zones d’ombre.
| Question | Ce que les sources établissent | Ce qui reste prudent |
|---|---|---|
| Gertrud possédait-elle le tableau en 1938 ? | Oui, les recherches et la provenance Sotheby’s le placent dans sa collection avant la fuite. | Le détail de chaque transfert matériel entre 1938 et 1941 n’est pas complet. |
| Ucicky l’a-t-il acquis pendant le nazisme ? | Le dossier conclut qu’un achat pendant cette période doit être présumé. | La date, l’intermédiaire, le prix et les conditions exactes n’ont pu être reconstitués. |
| Le tableau a-t-il été rendu après 1945 ? | Non. Il reste chez Gustav Ucicky jusqu’à sa mort en 1961. | Les démarches anciennes de la famille n’ont pas permis un retour de l’œuvre. |
| Y a-t-il eu restitution en 2014 ? | Un accord extrajudiciaire est conclu entre la fondation privée et les héritiers. | Il vaut mieux parler de solution privée juste et équitable que d’une décision publique de restitution. |
Pourquoi la valeur a-t-elle autant augmenté ?
Le prix ne mesure pas seulement la beauté. Il combine rareté des portraits majeurs, qualité de conservation, provenance clarifiée, historique d’exposition et demande internationale pour Klimt.
£24,8 millions
Après l’accord avec les héritiers et l’autorisation d’exportation, la vente replace le tableau sur le marché international.
La Lewis Collection
Le portrait bénéficie de prêts majeurs à New York et San Francisco, ce qui consolide sa visibilité publique et son dossier d’exposition.
£36,2 millions
La nouvelle adjudication dépasse de plus de dix millions de livres le prix de 2015 et établit une valeur d’environ 42 millions d’euros.
Où voir le portrait aujourd’hui ?
Après la vente du 24 juin 2026, l’œuvre appartient à une collection privée dont l’identité n’est pas publiée. Elle ne peut donc pas être annoncée comme exposée en permanence dans un musée.
Aucun accrochage permanent
L’acheteur de 2026 n’a pas été rendu public. Une localisation muséale actuelle serait donc une information erronée.
Des prêts majeurs
Le portrait a été montré au MAK à Vienne, à la Neue Galerie à New York et à la Legion of Honor à San Francisco.
Les expositions temporaires
Un nouveau prêt reste possible. Consultez les programmes officiels et la notice de vente avant d’organiser un déplacement.
Le visage et la matière en détail
La boutique propose actuellement un détail du portrait. Le lien et l’image ont été contrôlés dans le catalogue Shopify avant publication.

Portrait de Gertrud Loew
Un cadrage resserré sur le visage et les passages lilas du vêtement, distinct de la composition verticale complète.
Voir la fiche produit →Prolonger autour de Klimt
Ces trois destinations correspondent à des collections actives de la boutique.
Quatre articles complémentaires
Le portrait de Gertrud prend tout son sens lorsqu’on le replace parmi d’autres histoires de modèles, d’exil, de spoliation et de restitution.
Recherche, provenance et vente
Les informations principales reposent sur la base Klimt, le dossier de la Klimt Foundation, la notice Sotheby’s et les collections publiques d’images.
Gustav Klimt Database
Gertrud, Anton Loew, le sanatorium, la commande et l’histoire familiale.
Consulter → AnalyseKlimt 1901–1903
Format, influence japonaise, signature et portrait clair.
Consulter → ProvenanceKlimt Foundation
Dossier conjoint, comité juridique et accord de 2014.
Consulter → Vente 2026Sotheby’s, lot 16
Dimensions, provenance, expositions et vente du 24 juin.
Consulter → Résultat 2026Klimt Database
Adjudication à 36,2 millions de livres et contexte actuel.
Consulter → Archive CC0Wien Museum
Carte postale historique du Sanatorium Loew.
Consulter →Gertha Felsöványi en dix réponses
Qui était Gertha Felsöványi ?
Née Gertrud Franziska Sophie Loew en 1883, elle était la fille du médecin et mécène viennois Anton Loew. Elle prit le nom Felsöványi après son second mariage en 1912.
Pourquoi le tableau porte-t-il plusieurs titres ?
Les titres utilisent tantôt son nom de naissance, Gertrud ou Gerta Loew, tantôt son nom marital, Gertha Felsőványi. Ils désignent la même œuvre de 1902.
Quel âge avait-elle dans le portrait ?
Elle avait dix-neuf ans. Le tableau fut peint en 1902, peu avant son premier mariage.
Quelles sont les dimensions du tableau ?
La notice Sotheby’s indique 149,5 × 44,2 cm. Cette extrême verticalité est essentielle à la composition.
La robe vient-elle du salon d’Emilie Flöge ?
Cette attribution est souvent proposée, notamment pour son caractère réformé et moderne, mais elle reste une hypothèse et doit être formulée comme telle.
Le portrait a-t-il été spolié ?
Gertrud dut abandonner ses biens en fuyant l’Autriche nazie. Les circonstances exactes du transfert ne sont pas entièrement connues, mais les recherches présument un achat par Gustav Ucicky pendant la période nazie.
A-t-il été restitué en 2014 ?
Une fondation privée et les héritiers ont conclu un accord extrajudiciaire conforme aux Principes de Washington. Il est plus précis de parler d’une solution privée juste et équitable.
Combien a-t-il été vendu en 2015 ?
Le portrait a atteint 24,8 millions de livres chez Sotheby’s à Londres.
Combien a-t-il été vendu en 2026 ?
Le 24 juin 2026, il a été adjugé 36,2 millions de livres, soit environ 42 millions d’euros.
Où se trouve-t-il maintenant ?
Dans une collection privée. L’identité du nouvel acquéreur n’a pas été rendue publique et aucune exposition permanente n’est annoncée.
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