Gustav Klimt · 1900 · Salzkammergut

Attersee

Le lac transformé en surface de couleur : presque plus de ciel, presque plus d’horizon, seulement un carré d’eau turquoise traversé de petites vagues.

Attersee de Gustav Klimt, tableau carré dominé par l’eau turquoise
ArtisteGustav Klimt
Date1900
Format80,2 × 80,2 cm
CollectionLeopold Museum
MotifLitzlberg, Attersee
La réponse courte

Un paysage qui frôle l’abstraction

Attersee, également intitulé Au bord de l’Attersee ou Sur le lac Attersee, est peint par Gustav Klimt pendant son premier séjour régulier au lac, à l’été 1900.

Le tableau est radical parce qu’il refuse les repères attendus du paysage. Le ciel a disparu. La ligne d’horizon est presque absente. La masse montagneuse, les maisons et les bateaux ne jouent aucun rôle. Une minuscule bordure sombre de l’île de Litzlberg surgit seulement dans l’angle supérieur droit.

Tout le reste appartient à l’eau. Mais cette eau n’est pas un miroir lisse : elle est construite par une multitude de touches grises, vertes, bleues et turquoise. Klimt transforme l’étendue du lac en champ optique, proche d’un textile ou d’une mosaïque.

I · Quatre opérations

Comment Klimt aplatit le lac

L’effet ne vient pas d’un flou ou d’une absence de travail. Il résulte au contraire de décisions très précises qui neutralisent l’espace traditionnel.

1 · Couper

Supprimer le ciel

Sans ciel, le spectateur ne peut plus mesurer clairement la distance ni comparer l’eau à une atmosphère.

2 · Monter

Relever l’horizon

La rive est repoussée tout en haut, comme si l’image basculait vers le spectateur.

3 · Carrer

Enfermer l’étendue

Le format carré stabilise la composition et donne à l’eau la densité d’un panneau décoratif.

4 · Répéter

Multiplier les touches

Les vagues deviennent une écriture continue plutôt qu’une succession d’objets distincts.

Vue complète du tableau Attersee de Gustav Klimt
Gustav Klimt, Attersee, 1900, huile sur toile, 80,2 × 80,2 cm, Leopold Museum, Vienne. L’œuvre est montrée entièrement, sans recadrage.
Analyse chromatique

Turquoise, gris, vert : une eau sans centre

Le regard ne rencontre ni personnage principal ni motif dominant. Il circule sur une peau de couleur. Les tons froids ne sont pourtant jamais uniformes : le turquoise s’éclaircit, le gris refroidit certaines zones, des verts plus sourds donnent du poids aux vagues.

Les petites touches ne décrivent pas chaque ondulation. Elles produisent une vibration globale. De près, le lac se fragmente en marques ; de loin, ces marques se réunissent en profondeur mouvante.

Dans l’angle supérieur droit, les arbres de Litzlberg servent de ponctuation. Cette masse sombre suffit à rappeler que l’on regarde un lieu réel. Sans elle, le tableau pourrait presque être reçu comme un pur champ coloré.

Turquoise
Vert d’eau
Vert gris
Écume pâle
Rive sombre
Photographie réelle du lac Attersee vu depuis Schörfling
Le lac Attersee vu depuis Schörfling. Photographie réelle sous licence libre via Wikimedia Commons.
Le lieu réel

Ce que Klimt enlève

Face au lac actuel, le choix du peintre devient évident : il ne cherche pas le panorama.

La vue réelle offre montagnes, ciel, rives, variations de profondeur et vastes distances. Klimt resserre cet espace jusqu’à faire disparaître presque tout ce qui permettrait de le mesurer.

Il ne copie donc pas simplement la couleur turquoise du lac. Il construit une nouvelle expérience : celle d’une étendue observée si intensément qu’elle finit par occuper tout le champ visuel.

Le paysage n’est plus devant nous : il monte jusqu’à la surface du tableau.
II · Autour du lac

De l’eau pure aux architectures absorbées

Les paysages d’Attersee ne répètent pas une formule unique. Klimt passe de la surface presque abstraite aux châteaux, parcs, étangs, fermes et villages, mais conserve le carré et l’aplatissement.

III · Photographies réelles

Retrouver Kammer, Villa Paulick et la mémoire locale

Comparer les lieux et les tableaux montre ce que Klimt conserve, rapproche ou élimine. Les photographies sont des repères géographiques, pas des tentatives de reconstituer exactement son point de vue.

Photographie réelle de Schloss Kammer à Schörfling am Attersee
Schörfling

Schloss Kammer aujourd’hui

La façade, les ailes et le rivage expliquent la matière première du peintre. Dans les toiles, les distances se contractent et les reflets redoublent l’architecture.

Photographie réelle de la Villa Paulick à Seewalchen am Attersee
Seewalchen

Villa Paulick

La villa appartient à la géographie sociale des étés de Klimt et des Flöge : villégiature, amitiés et longues observations du paysage.

Photographie historique de Gustav Klimt et Emilie Flöge à l’Attersee en 1909
Photographie historique · 1909

Klimt et Emilie Flöge au lac

La photographie rappelle que l’Attersee est aussi un rythme de vie : promenades, baignade, canotage, sociabilité et travail estival.

Bâtiment du Gustav Klimt Zentrum à Schörfling am Attersee photographié en 2024
Mémoire du territoire

Le site de Schörfling

Le bâtiment documente l’ancienne activité muséale consacrée à Klimt. Le parcours d’artiste et le jardin Klimt demeurent des repères publics dans la région.

IV · Trois ancrages

1900–1916 : le lac comme atelier d’été

Klimt revient presque chaque été dans la région, avec Emilie Flöge et son cercle. Ses lieux de séjour se déplacent, et les motifs changent avec eux.

1900–1907

Litzlberg

Installé près de la rive nord, Klimt peint les premières grandes surfaces d’eau, l’île et les arbres. Attersee naît dès le premier été.

À partir de 1908

Kammer

Depuis la Villa Oleander et ses environs, il explore Schloss Kammer, le parc, l’étang, les allées et les vues rapprochées de la végétation.

À partir de 1914

Weißenbach et Unterach

Les dernières campagnes privilégient fermes, villages, église, pentes boisées et compositions de plus en plus serrées.

Comparer les stratégies

Un même lac, plusieurs manières d’aplatir

Œuvre Repère conservé Profondeur Effet dominant
Attersee, 1900 Fragment de Litzlberg Presque supprimée Champ d’eau turquoise à la limite de l’abstraction
Château Kammer III Façade et reflet Comprimée par la symétrie Architecture transformée en grille lumineuse
Étang de Kammer Rive et feuillage Partagée en deux bandes Dialogue entre miroir vert et mur végétal
Parc de Kammer Troncs et percées du lac Bloquée Mosaïque de feuilles et sensation d’enveloppement
Unterach Maisons, église, pente Plans empilés Village traité comme tapisserie colorée
Chronologie

Les étapes du paysage d’Attersee

1899

Le carré avant le lac

Un matin au bord de l’étang, peint à Golling, prépare le format carré des paysages à venir.

1900

Premier séjour régulier

Klimt arrive à Litzlberg et peint Attersee, tableau presque entièrement constitué d’eau.

1901

Réception à Vienne

L’œuvre est montrée à la Sécession et frappe les critiques par son cadrage radical.

1902–03

Île et peuplier

Klimt développe ses recherches sur les reflets, les arbres et la densité colorée du paysage.

1908–12

Cycle de Kammer

Château, parc, étang et avenue deviennent les motifs d’une série d’expériences sur les plans et les textures.

1914–16

Derniers étés

Autour de Weißenbach et Unterach, maisons et forêts se resserrent en surfaces presque textiles.

Questions fréquentes

Comprendre Attersee de Klimt

Quand Gustav Klimt a-t-il peint Attersee ?

Le tableau date de 1900 et correspond au premier séjour régulier de Klimt au lac Attersee.

Où se trouve le tableau aujourd’hui ?

Attersee appartient au Leopold Museum de Vienne, où il est présenté parmi les œuvres majeures de Klimt et de la modernité viennoise.

Pourquoi le tableau est-il presque abstrait ?

Klimt supprime le ciel, relève presque entièrement l’horizon et remplit le carré de petites touches d’eau. Le sujet demeure identifiable, mais la surface et la couleur deviennent prioritaires.

Que voit-on dans l’angle supérieur droit ?

Une petite portion sombre de la rive arborée de Litzlberg. Ce fragment est le principal repère géographique du tableau.

Pourquoi Klimt utilise-t-il souvent le format carré ?

Le carré stabilise ses paysages et réduit l’effet panoramique. Il favorise l’équilibre des masses, la répétition des touches et une lecture proche du panneau décoratif.

Klimt a-t-il peint uniquement le lac à l’Attersee ?

Non. Il a aussi peint îles, peupliers, jardins, Schloss Kammer, étangs, avenues, fermes, villages et sous-bois autour du lac.

Peut-on visiter les lieux de Klimt à l’Attersee ?

La région conserve un parcours d’artiste public et le jardin Klimt à Schörfling. Les conditions d’accès aux bâtiments privés et aux activités locales doivent être vérifiées auprès des organismes touristiques avant la visite.

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