Peinture · architecture · œuvre d’art totale

Gustav Klimt et Josef Hoffmann : de la Sécession au palais Stoclet

L’un transforme le mur en surface d’or, l’autre organise l’espace jusqu’aux poignées, aux sièges et au jardin. Entre 1897 et 1911, Klimt et Hoffmann font de l’exposition puis de la maison un art total.

Façade réelle du palais Stoclet à Bruxelles conçue par Josef Hoffmann
Bruxelles, 1905–1911Le palais Stoclet réunit la géométrie de Josef Hoffmann, les ateliers viennois et la frise de Gustav Klimt dans un ensemble conçu jusque dans ses détails.
années 1890Première rencontre probable entre Hoffmann et Klimt.
1897Fondation commune de la Sécession viennoise.
1902Hoffmann dirige l’exposition Beethoven où Klimt crée sa frise.
1903Hoffmann, Moser et Waerndorfer fondent la Wiener Werkstätte.
1905Le groupe Klimt, dont Hoffmann, quitte la Sécession.
1905–1911Conception et réalisation du palais Stoclet à Bruxelles.

Réponse directe

Quelle relation unissait Gustav Klimt et Josef Hoffmann ?

Gustav Klimt et Josef Hoffmann furent amis, membres d’un même réseau d’avant-garde et collaborateurs pendant plus de vingt ans. Leur lien ne repose pas sur un atelier commun ni sur une fusion des signatures. Il repose sur une complémentarité : Klimt conçoit des images capables d’occuper un mur entier ; Hoffmann imagine le cadre spatial, la circulation, le mobilier et le rythme architectural qui donnent à ces images leur pleine puissance.

Ils se rencontrent probablement au début des années 1890, lorsque Hoffmann se forme dans l’environnement d’Otto Wagner et que Klimt commence à s’éloigner des grands décors académiques. En 1897, ils participent à la fondation de la Sécession viennoise. Hoffmann y devient, avec Koloman Moser, l’un des grands concepteurs d’expositions. Klimt en est le premier président et la figure picturale la plus visible.

Leur collaboration atteint deux sommets. En 1902, Hoffmann dirige la scénographie de l’exposition Beethoven et organise l’espace où Klimt peint la Frise Beethoven. Puis, à partir de 1905, le palais Stoclet transforme l’expérience temporaire de l’exposition en maison permanente. L’architecture sévère de Hoffmann et le jardin d’or de Klimt s’y répondent sans se confondre.

Cette relation dure jusqu’à la mort de Klimt en 1918. Hoffmann assiste à ses funérailles et dessine vers 1935 un projet de stèle funéraire qui ne sera jamais réalisé. Leur amitié survit donc aux ruptures de groupe, aux changements de style et à l’éloignement progressif de la Vienne impériale qui les avait réunis.

Deux tempéraments

Le peintre de la surface et l’architecte du détail

Klimt a huit ans de plus que Hoffmann. L’un vient de la peinture décorative monumentale, l’autre de l’école d’Otto Wagner et d’une réflexion sur l’habitation moderne.

Photographie de Gustav Klimt dans sa blouse d’atelier en 1914
1862–1918 · peintre

Gustav Klimt

Formé à l’École des arts et métiers, Klimt travaille d’abord aux décors de théâtres et de bâtiments publics avec son frère Ernst et Franz Matsch. Sa crise avec la commande officielle l’oriente vers une peinture symboliste où la figure réelle rencontre l’ornement.

  • Président fondateur de la Sécession
  • Frises, portraits et allégories
  • Or, mosaïque et surface décorative
Portrait de Josef Hoffmann réalisé par Emil Orlik en 1903
1870–1956 · architecte et designer

Josef Hoffmann

Né à Pirnitz, actuelle Brtnice, Hoffmann étudie à l’Académie des beaux-arts de Vienne et suit l’enseignement d’Otto Wagner. Son voyage d’étude en Italie en 1895–1896 renforce son goût pour des volumes simples et des surfaces nettes.

  • Architecte, enseignant et scénographe
  • Cofondateur de la Wiener Werkstätte
  • Mobilier, textile, métal et architecture

Premiers contacts

Les réunions d’artistes rapprochent peintres, architectes et décorateurs qui souhaitent quitter le système du Künstlerhaus.

Sécession

Klimt, Hoffmann, Moser, Olbrich et d’autres fondent une association ouverte aux arts internationaux.

Paris

Hoffmann conçoit les espaces où Klimt présente notamment Sonja Knips, Pallas Athéna et La Philosophie.

Beethoven

L’exposition expérimente l’unité de l’architecture, de la sculpture, de la peinture et du parcours.

Départ

Le groupe Klimt quitte la Sécession, mais maintient son idéal d’exposition et de création collective.

Stoclet

Le palais achevé donne une forme durable et privée à l’ambition de l’œuvre d’art totale.

Bâtiment réel de la Sécession viennoise conçu par Joseph Maria Olbrich
Le bâtiment de la Sécession, conçu par Joseph Maria Olbrich et ouvert en 1898. Sa coupole dorée affirme qu’une exposition moderne exige une architecture spécifique.

Vienne, 1897

La Sécession : inventer un lieu avant d’inventer un style

La Sécession viennoise n’est pas un style unique mais une association fondée pour libérer l’exposition artistique des routines académiques. Peintres, sculpteurs, architectes et designers veulent inviter des artistes étrangers, publier une revue et concevoir chaque présentation comme un ensemble cohérent.

Klimt donne au groupe un visage public. Hoffmann fournit une méthode spatiale. Avec Koloman Moser, il dessine des salles, des vitrines, des cadres et des dispositifs de circulation. Les œuvres ne sont plus simplement alignées sur un mur neutre : leur taille, leur intervalle, leur éclairage et leur relation au mobilier deviennent une composition.

Cette pratique est décisive pour comprendre le palais Stoclet. Avant de travailler dans une maison privée, les deux hommes apprennent à collaborer dans des architectures temporaires. Une exposition agit comme un laboratoire : les matériaux peuvent être essayés, les hiérarchies déplacées et l’unité du parcours testée devant le public.

1

Une architecture flexible

Les salles sont adaptées aux œuvres et non l’inverse.

2

Une revue commune

Ver Sacrum relie typographie, illustration et pensée artistique.

3

Une ambition internationale

Le groupe expose les avant-gardes étrangères et présente l’art autrichien hors de Vienne.

L’image-programme

L’affiche de 1898 : Klimt dessine, l’association met en scène

Pour la première exposition de la Sécession, Klimt représente Thésée combattant le Minotaure sous le regard d’Athéna. Le sujet proclame la victoire d’une génération nouvelle sur les forces anciennes. Mais l’affiche doit être modifiée : des arbres cachent la nudité du héros dans la version censurée.

Ce compromis résume l’environnement dans lequel Klimt et Hoffmann travaillent. La modernité doit négocier avec la morale, les institutions et les commanditaires. Leur réponse n’est pas seulement provocatrice. Ils construisent des cadres où un vocabulaire nouveau devient visible, intelligible et désirable.

La grille, les vides et la typographie de l’affiche annoncent aussi une conception partagée de la surface. Chez Hoffmann, le carré ordonne le meuble et la façade. Chez Klimt, la figure est progressivement absorbée par un champ de signes. Leurs formes ne sont pas identiques, mais elles peuvent habiter un même espace.

Affiche de Gustav Klimt pour la première exposition de la Sécession en 1898
Gustav Klimt, affiche pour la première exposition de la Sécession, version censurée, 1898.

XIVe exposition · 1902

Beethoven : l’exposition comme œuvre d’art totale

Hoffmann assure la direction artistique et la conception des salles. Au centre du parcours se trouve la statue monumentale de Beethoven par Max Klinger. Klimt déploie sa frise sur trois murs comme une narration du désir humain.

Détail réel de la Frise Beethoven peinte par Gustav Klimt en 1902
La Frise BeethovenKlimt conçoit une séquence murale d’environ 34 mètres. Les figures avancent du désir de bonheur aux forces hostiles, puis à l’apaisement par les arts.
Portrait de Sonja Knips peint par Gustav Klimt en 1898
Présenter une peintureHoffmann sait offrir aux œuvres de Klimt un environnement précis. Le portrait de Sonja Knips est montré à Paris en 1900 dans des espaces qu’il conçoit.
L’exposition Beethoven ne juxtapose pas les arts : elle oblige le visiteur à les traverser comme les parties d’une même expérience.Principe de lecture

La frise était pensée comme un décor temporaire. Sa technique légère et son inscription directe dans la salle répondent au caractère éphémère de l’événement. Pourtant, elle survit. Cette conservation permet aujourd’hui de voir comment Hoffmann et Klimt ont testé, avant Stoclet, la relation entre une paroi architecturale et un récit décoratif continu.

La différence reste essentielle. Hoffmann organise le silence blanc des salles, les axes et les seuils. Klimt peuple la surface de corps minces, de monstres, de chevaliers et d’or. L’un contrôle la mesure ; l’autre crée une tension qui fait vibrer cette mesure. Le terme Gesamtkunstwerk ne signifie donc pas uniformité, mais coordination de forces différentes.

À partir de 1903

La Wiener Werkstätte : faire entrer la modernité dans les objets

Josef Hoffmann, Koloman Moser et l’industriel Fritz Waerndorfer fondent la Wiener Werkstätte. Klimt n’en est pas cofondateur, mais son art partage ses réseaux, ses commanditaires et son ambition d’un environnement cohérent.

Fauteuil conçu par Josef Hoffmann et Koloman Moser en 1903
Fauteuil, 1903Bois et cannage montrent comment une structure lisible peut devenir décor par le rythme des montants et des vides.
Fauteuil Kubus conçu par Josef Hoffmann vers 1910
Kubus, vers 1910Le quadrillage du capitonnage transforme le fauteuil en volume architectural. Le confort devient une géométrie répétée.
Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I peint par Gustav Klimt en 1907
Adèle Bloch-Bauer I, 1907Chez Klimt, la robe et le fond forment eux aussi un environnement total de triangles, yeux, carrés et feuilles d’or.

La Werkstätte fabrique des meubles, objets métalliques, textiles, reliures, bijoux et aménagements intérieurs. Elle veut effacer la frontière entre « grand art » et arts appliqués. Chaque objet doit être dessiné avec exigence et chaque pièce peut devenir un système de relations entre formes, matières et usages.

Cette ambition possède une limite sociale : les objets sont coûteux et s’adressent surtout à une clientèle aisée. Le palais Stoclet sera l’expression la plus accomplie de cette liberté rendue possible par une fortune exceptionnelle. Mais le projet ne se réduit pas au luxe. Il invente des solutions formelles qui annoncent l’Art déco et une part du modernisme architectural.

Bruxelles · 1905–1911

Le palais Stoclet : une maison où rien n’est secondaire

Adolphe et Suzanne Stoclet rencontrent à Vienne les artistes de la Sécession et de la Wiener Werkstätte. Leur commande offre à Hoffmann une liberté esthétique et financière exceptionnelle.

Vue réelle d’ensemble du palais Stoclet à Bruxelles
Une composition de volumesLa façade n’est pas symétrique au sens classique. Des blocs de tailles différentes sont unifiés par le parement clair, les lignes sombres et la tour verticale.
Détail réel de la tour et des sculptures du palais Stoclet
La tour comme signalLes sculptures de Franz Metzner couronnent un volume qui donne au palais une silhouette reconnaissable à distance.

Architecture

Hoffmann règle volumes, axes, ouvertures et parcours. La géométrie austère annonce des formes plus tard associées à l’Art déco et au mouvement moderne.

Intérieurs

Murs, sols, luminaires, meubles et objets sont conçus comme les parties d’un seul environnement plutôt que comme des ajouts successifs.

Jardin

Les parterres prolongent les axes du bâtiment. L’œuvre d’art totale dépasse la façade et organise aussi le terrain.

Collaborateurs

Klimt, Moser, Metzner, Luksch, Powolny, Czeschka et d’autres contribuent sous la coordination générale de Hoffmann.

Le projet naît autour de 1904–1905, après le séjour viennois des Stoclet. La construction se développe jusqu’en 1911. Hoffmann ne dessine pas seulement une enveloppe destinée à recevoir une collection : il conçoit un mode de vie réglé par les proportions, les surfaces et les objets. Le commanditaire suit le chantier de près et intervient dans les décisions. L’œuvre totale est donc aussi le produit d’un dialogue exigeant avec un collectionneur cultivé.

En 1906, Klimt visite le chantier avec Hoffmann et d’autres collaborateurs au retour d’un voyage à Londres. Il réfléchit déjà à un décor utilisant abondamment métal et émail. Pourtant, la forme définitive de la frise demande plusieurs années. Les cartons grandeur nature datent surtout de 1910–1911. Klimt ne voit l’ensemble achevé qu’en 1914, lors d’une nouvelle visite à Bruxelles.

Photographie historique réelle de la salle à manger du palais Stoclet en 1914
Salle à manger du palais Stoclet, photographie historique vers 1914. La frise de Klimt occupe la zone haute des parois de marbre tandis que le mobilier de Hoffmann organise l’axe central.

Le cœur de la collaboration

La salle à manger : quand le cadre devient partenaire de l’image

La pièce est longue, régulière et centrée sur une grande table. Les chaises hautes créent une suite verticale, le sol alterne les motifs et les murs de marbre fournissent une surface claire. La frise n’est ni un tableau accroché ni un papier peint continu : elle court sur trois parois à hauteur du regard levé.

Hoffmann prépare ainsi une architecture de contrastes. Les lignes de la salle sont stables et rectilignes. Klimt introduit des spirales, des branches, des fleurs et des silhouettes couvertes de signes. Le fond clair du marbre isole l’or et les couleurs. L’ornement organique gagne en intensité parce qu’il est contenu par un système géométrique.

La fonction de la pièce ajoute un autre niveau. Les convives mangent, se regardent et conversent sous un arbre symbolique. L’Attente et l’Accomplissement se font face de part et d’autre. La narration devient une présence quotidienne, intégrée à l’usage plutôt que séparée dans un musée.

1905–1911

La frise Stoclet : un jardin d’or traduit en mosaïque

Klimt conçoit les cartons, mais l’œuvre murale est exécutée avec les artisans de la Wiener Werkstätte, notamment le mosaïste Leopold Forstner. Le passage du dessin au mur exige une traduction matérielle précise.

L’Arbre de vie de Gustav Klimt, motif central de la frise Stoclet
L’Arbre de vieLes branches spiralées traversent la longueur de la salle et relient les figures. L’arbre n’est pas un paysage naturaliste : il est un réseau de croissance, de rythme et de circulation.
L’Attente, carton de Gustav Klimt pour la frise Stoclet
L’AttenteUne danseuse de profil, inspirée par plusieurs traditions visuelles, répond au couple situé sur le mur opposé.
L’Accomplissement, carton de Gustav Klimt pour la frise Stoclet
L’AccomplissementLe couple enlacé disparaît presque sous les rectangles, cercles et fleurs. L’étreinte devient architecture textile.
Le Chevalier d’or, élément de la frise Stoclet de Gustav Klimt
Le chevalierLa figure verticale ferme l’une des extrémités et rappelle que la frise est organisée comme un ensemble tripartite, non comme une image isolée.

Or

Feuille et tesselles accrochent une lumière réelle qui change avec le déplacement.

Argent

Les tons froids évitent que l’ensemble se réduise à une seule chaleur dorée.

Nacre

Les reflets irisés introduisent une profondeur instable dans la surface.

Émail

Les couleurs saturées donnent aux yeux, fleurs et signes une intensité durable.

Pierres

Des éléments précieux renforcent l’idée d’une image construite comme un objet.

Carton et mosaïque ne sont pas la même œuvre. Les neuf dessins conservés au MAK indiquent formes, couleurs et matériaux. Le décor installé à Bruxelles résulte ensuite du savoir-faire des ateliers. Regarder les cartons comme de simples reproductions du mur efface cette traduction collective.

Deux logiques

Géométrie contre spirale ? Une opposition trop simple

On décrit souvent Hoffmann comme l’homme du carré et Klimt comme celui de la ligne organique. Le palais montre une relation plus subtile.

Josef Hoffmann

Le carré n’est pas une prison

Hoffmann utilise la grille pour coordonner des échelles différentes : façade, fenêtre, meuble, capitonnage, sol et vaisselle. Cette répétition rend possible une grande variété de matériaux. La règle crée une famille de formes plutôt qu’un uniforme.

Gustav Klimt

La spirale n’est pas le désordre

Les branches de l’arbre semblent libres, mais elles suivent un réseau précis. Les figures sont construites par des zones, des bordures et des motifs répétés. Klimt organise lui aussi ; il rend simplement la règle moins immédiatement visible.

Le dialogue fonctionne parce que chacun reconnaît l’autonomie de l’autre. Hoffmann ne demande pas à Klimt de produire un motif discret correspondant servilement au mobilier. Klimt accepte cependant la contrainte d’une pièce, d’une hauteur et de trois murs. La liberté se situe à l’intérieur d’une tâche spatiale très définie.

Des lettres montrent que Klimt doute, retarde et envisage même de se retirer. La frise n’est donc pas l’application fluide d’une idée immédiatement partagée. Elle naît d’un travail long, de négociations et de la capacité des ateliers à transformer une vision picturale en matière durable.

Exposer Klimt

Hoffmann ne construit pas seulement autour des œuvres : il construit leur regard

À Paris en 1900, lors de l’exposition Beethoven en 1902, à Mannheim en 1907 puis à la Kunstschau de Vienne en 1908, Hoffmann conçoit des environnements qui influencent la manière dont Klimt est perçu. La scénographie peut isoler une œuvre, la confronter à une architecture ou organiser une progression entre plusieurs tableaux.

Cette compétence est essentielle à une époque où le musée neutre n’est pas encore le modèle absolu. Les cadres, tentures, murs colorés, hauteurs d’accrochage et meubles participent au sens. Le visiteur n’est pas seulement devant une image : son corps est dirigé par l’espace.

Le portrait d’Adèle Bloch-Bauer, les trois âges de la femme ou les peintures de faculté ne reçoivent pas la même signification selon qu’ils sont serrés dans une salle officielle ou présentés comme des points culminants d’un parcours moderne. Hoffmann aide Klimt à devenir une expérience publique.

Héritage

Du Jugendstil à l’Art déco et au modernisme

Le palais Stoclet est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2009. L’organisation souligne sa cohérence, son intégrité et son rôle dans le renouvellement de l’architecture européenne.

Héritage Chez Hoffmann Chez Klimt Au palais Stoclet
Art nouveau Unité de l’espace, dessin des objets et rythme décoratif. Symbolisme, ligne, figure et surface ornée. Les arts coopèrent sans hiérarchie rigide.
Art déco Volumes nets, luxe géométrique, matériaux précieux. Plans colorés, silhouettes stylisées et or. La façade et les intérieurs annoncent une décoration plus structurée.
Modernisme Lisibilité des volumes, fonction et continuité du projet. Moins directement architectural, mais radicalité de la surface. L’unité du bâtiment préfigure la conception globale moderne.
Design contemporain Identité visuelle appliquée du meuble au bâtiment. Puissance d’un langage graphique reconnaissable. Un cas fondateur de direction artistique à l’échelle d’un lieu.

Le palais ne faut pourtant pas être simplifié en « premier bâtiment Art déco » ou en manifeste fonctionnaliste. Sa valeur vient précisément de sa position intermédiaire. Il conserve le luxe artisanal du Jugendstil, adopte une géométrie annonciatrice et reste une résidence profondément personnalisée.

La collaboration Klimt–Hoffmann rappelle aussi une idée actuelle : les disciplines gagnent à dialoguer sans disparaître. L’architecture n’est pas un fond, la peinture n’est pas un remplissage et le mobilier n’est pas une finition. Chacun produit du sens tout en participant à l’ensemble.

Voir les œuvres aujourd’hui

Vienne, Bruxelles : où comprendre le duo Klimt–Hoffmann ?

Le palais demeure une propriété privée et n’est pas un musée ouvert à la visite ordinaire. Les meilleures clés de lecture se trouvent donc aussi à Vienne.

Vienne

MAK

Le musée conserve les neuf cartons préparatoires de la frise Stoclet, les archives de la Wiener Werkstätte et une collection majeure d’objets de Hoffmann. C’est le lieu essentiel pour étudier la traduction du dessin en décor.

Vienne

Sécession

La Frise Beethoven permet de comprendre l’étape de 1902 : une peinture conçue pour une exposition organisée par Hoffmann avant le projet permanent de Bruxelles.

Bruxelles

Palais Stoclet

L’extérieur se voit depuis l’avenue de Tervueren. L’intérieur, la salle à manger et la mosaïque appartiennent toujours à un ensemble privé ; il faut éviter de promettre une visite publique régulière.

Avant de vous déplacer : vérifiez toujours les horaires et conditions sur les sites officiels du MAK et de la Sécession. Les rotations d’œuvres sur papier et les périodes de fermeture peuvent changer.

Prolonger la lecture

Explorer Klimt par l’or, le portrait et le décor

La période dorée et la relation avec Emilie Flöge montrent comment peinture, vêtement, photographie et design se rencontrent autour du même réseau viennois.

Sources et méthode

Des institutions pour replacer la collaboration dans son contexte

Gustav Klimt Database · Josef Hoffmann

Biographie, fondation de la Sécession, expositions conçues par Hoffmann, Stoclet et amitié jusqu’à la mort de Klimt.

Consulter le dossier →

Gustav Klimt Database · Stoclet

Genèse du projet, commanditaires, chantier, évolution des esquisses et cartons de la frise.

Lire la chronologie →

MAK · Josef Hoffmann

Rétrospective de l’architecte et documents sur ses meubles, Purkersdorf, la Kunstschau et la salle à manger Stoclet.

Voir le dossier →

MAK · Attente et Accomplissement

Présentation des neuf cartons, restauration, genèse du décor et rôle des commanditaires Stoclet.

Consulter l’exposition →

UNESCO · Maison Stoclet

Valeur universelle exceptionnelle, intégrité de l’ensemble et importance comme œuvre d’art totale annonçant l’Art déco et le mouvement moderne.

Lire la notice →

Gustav Klimt Database · Sécession

Fondation, fonctionnement de l’association, départ du groupe Klimt en 1905 et histoire ultérieure du bâtiment.

Explorer la Sécession →

Crédits visuels : photographies du palais Stoclet par Busoni et Cmckd, vues du bâtiment et du mobilier via Wikimedia Commons sous licences libres indiquées sur les fichiers ; portrait de Josef Hoffmann par Emil Orlik, œuvres de Gustav Klimt, domaine public ; photographie historique de la salle à manger, archives MAK/Wiener Werkstätte reproduites via source libre. Les images sont toutes différentes et ne sont utilisées qu’une fois dans l’article.

Questions fréquentes

Klimt, Hoffmann et le palais Stoclet en dix réponses

Qui était Josef Hoffmann ?

Josef Hoffmann était un architecte, designer et enseignant austro-morave né en 1870. Élève d’Otto Wagner, il fut cofondateur de la Sécession viennoise et de la Wiener Werkstätte.

Comment Gustav Klimt et Josef Hoffmann se sont-ils rencontrés ?

Ils se fréquentent probablement dès le début des années 1890 dans les réseaux d’artistes réformateurs de Vienne. Leur collaboration devient structurée avec la fondation de la Sécession en 1897.

Hoffmann a-t-il conçu le bâtiment de la Sécession ?

Non. Le bâtiment fut conçu par Joseph Maria Olbrich. Hoffmann joua toutefois un rôle majeur dans la conception de nombreuses expositions organisées à l’intérieur.

Quel rôle Hoffmann joue-t-il dans l’exposition Beethoven de 1902 ?

Il assure la direction artistique et la conception spatiale de l’exposition. La Frise Beethoven de Klimt est créée pour ce parcours organisé autour de la statue de Max Klinger.

Klimt a-t-il fondé la Wiener Werkstätte ?

Non. Elle est fondée en 1903 par Josef Hoffmann, Koloman Moser et Fritz Waerndorfer. Klimt appartient au même réseau et collabore avec ses ateliers, notamment pour Stoclet.

Qui a commandé le palais Stoclet ?

Le banquier, ingénieur et collectionneur belge Adolphe Stoclet et son épouse Suzanne commandent la maison à Hoffmann après leur séjour à Vienne.

Qui a réalisé la frise Stoclet ?

Gustav Klimt conçoit les dessins et cartons. La traduction en mosaïque et matériaux précieux est exécutée avec la Wiener Werkstätte, notamment par Leopold Forstner et les artisans associés.

Que signifie Gesamtkunstwerk ?

Le terme désigne une œuvre d’art totale où architecture, peinture, sculpture, mobilier, objets et jardin sont coordonnés dans un même projet.

Peut-on visiter le palais Stoclet ?

Le palais est une propriété privée et n’est pas ouvert comme un musée ordinaire. Son extérieur est visible depuis l’avenue de Tervueren à Bruxelles.

Où voir les cartons de la frise Stoclet ?

Les neuf cartons conservés appartiennent au MAK à Vienne, qui possède également les archives de la Wiener Werkstätte et une importante collection de Josef Hoffmann.

Conclusion

Hoffmann donne une architecture au regard ; Klimt donne à cette architecture une mémoire d’or.

De la Sécession au palais Stoclet, leur collaboration progresse du temporaire au permanent. Elle ne supprime pas la différence entre peinture et architecture : elle la rend productive. Le palais reste leur démonstration la plus complète, parce que chaque objet appartient au lieu et que la frise transforme ce lieu en récit.

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