Vienne · Sécession · vers 1901–1911
Période dorée de Gustav Klimt : origine, œuvres et fin d’un style
L’or de Klimt n’est ni un simple fond précieux ni une formule apparue d’un coup à Ravenne. Il transforme la peinture en surface, le portrait en icône et l’ornement en langage moderne.

Réponse directe
Une période célèbre, mais des frontières volontairement souples
On appelle « période dorée » la phase durant laquelle Gustav Klimt fait de l’or, de l’argent, de la surface plane et du motif ornemental des éléments structurants de ses tableaux. Elle commence généralement autour de 1901–1902 avec Judith I et la Frise Beethoven, atteint son sommet entre 1906 et 1909 avec Fritza Riedler, Adèle Bloch-Bauer I, L’Espoir II, Danaé et Le Baiser, puis se transforme autour de 1909–1911.
Cette chronologie n’est pas une boîte fermée. Klimt utilise déjà l’or avant son voyage à Ravenne de 1903, tandis que le projet du palais Stoclet prolonge la mosaïque dorée jusqu’en 1911. Dans le même temps, ses paysages restent largement peints à l’huile et ses œuvres tardives adoptent des couleurs plus franches sans renoncer à l’ornement.
La période dorée est donc moins un inventaire de tableaux « jaunes » qu’un système visuel : les corps réels émergent d’un espace abstrait, les vêtements deviennent des champs de signes et les métaux précieux modifient la lumière selon le déplacement du spectateur.
Vienne avant Ravenne
La Frise Beethoven montre que l’or est déjà devenu un langage
La Sécession viennoise fournit à Klimt un laboratoire où peinture, architecture, sculpture et décoration doivent former une œuvre totale.

Fondée en 1897, la Sécession rejette les hiérarchies académiques et veut rapprocher les beaux-arts des arts appliqués. Pour sa quatorzième exposition en 1902, consacrée à Beethoven, Josef Hoffmann organise un environnement commun autour d’une sculpture de Max Klinger. Klimt peint sur trois murs un cycle monumental inspiré de la Neuvième Symphonie.
La Frise Beethoven associe déjà figures isolées, espace presque sans profondeur, lignes expressives, signes géométriques et matières précieuses. La Sécession elle-même considère cette œuvre comme le début de la période dorée. L’or y est narratif : il accompagne l’armure, la quête du bonheur, les arts et l’étreinte finale.
Une surface assumée
La profondeur traditionnelle recule. Les figures semblent flotter sur un mur pensé comme un champ continu.
Un art total
La frise n’est pas indépendante de l’architecture : elle guide le visiteur vers la sculpture de Beethoven.
Un or symbolique
Le métal ne remplace pas la peinture. Il marque les moments de force, de désir et d’accomplissement.



Le choc byzantin de 1903
Ravenne n’invente pas l’or de Klimt : elle lui donne une nouvelle logique
En 1903, Klimt voit à Ravenne les mosaïques de San Vitale. La Neue Galerie rappelle l’importance particulière des images de l’impératrice Théodora pour le premier portrait d’Adèle Bloch-Bauer. Les silhouettes frontales, l’éclat sans ombre et la profusion de tesselles offrent au peintre un modèle historique pour unir présence humaine et surface sacrée.
Il serait pourtant inexact de faire du voyage l’unique point de départ. Judith I date de 1901 et la Frise Beethoven de 1902. Ravenne agit comme une confirmation et une accélération : Klimt comprend que l’or peut supprimer le temps ordinaire, isoler un visage et faire vibrer un tableau comme une mosaïque.
Son père, Ernst Klimt, était graveur sur or. Ce contexte artisanal aide à comprendre la familiarité de la famille avec les métiers du métal, mais il ne suffit pas à expliquer un style qui naît aussi de la Sécession, du symbolisme, des estampes japonaises et du dialogue avec les arts appliqués.
Quinze œuvres pour suivre l’évolution
De Judith à l’Arbre de vie : les tableaux essentiels de la période dorée
Chaque image de l’article est différente. L’ensemble montre que le style doré ne se limite ni au portrait ni à une seule gamme de jaune.

Judith I
Le visage et le corps restent charnels tandis que le fond et le collier transforment l’héroïne biblique en icône moderne. L’or précède ici Ravenne.

Emilie Flöge
La silhouette très allongée et la robe-réseau dissolvent presque le corps. Le portrait relie mode réformée, motif et identité.

Fritza Riedler
Le fauteuil ovale annonce le halo d’Adèle. La tête et les mains résistent à un décor presque entièrement construit par motifs.

Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I
Huile, or et argent font disparaître le siège, la robe et l’espace dans un réseau de triangles, d’yeux et d’initiales. Le visage demeure le principal foyer humain.

L’Espoir II
Une femme enceinte baisse la tête au-dessus d’un crâne caché dans son vêtement. Or et platine ne suppriment pas l’angoisse : ils la rendent cérémonielle.

Danaé
Le mythe est condensé dans un carré. Le flux d’or désigne Zeus, mais le raccourci du corps donne à la scène une intimité très moderne.

Serpents d’eau II
Les corps deviennent une frise horizontale. Cheveux, textiles et fleurs organisent une continuité décorative sans cadre spatial réaliste.

L’Arbre de vie
Les spirales relient attente et accomplissement dans le projet du palais Stoclet. Le dessin est traduit en mosaïque par les ateliers viennois.
Six œuvres supplémentaires
Avant, pendant et après l’apogée : une galerie dorée plus complète
Ces peintures élargissent la chronologie. Certaines contiennent de véritables accents métalliques ; d’autres montrent comment Klimt obtient un effet d’or par les ocres, les jaunes, le noir et la densité du motif.

Pallas Athéna
Le casque, l’armure et le cadre installent déjà une figure frontale prise dans une surface brillante. Cette peinture précède la phase dorée stricte, mais elle en prépare la force héraldique.

Poissons d’or
Des corps flottants, des cheveux et des écailles produisent une verticale provocante. L’or y est davantage chromatique que liturgique : il anime l’eau et répond aux critiques du peintre.

Les Trois Âges de la femme
Le groupe de la mère et de l’enfant est enveloppé d’un champ décoratif clair et ponctué d’or. À gauche, la vieillesse conserve un modelé plus terrestre : Klimt oppose deux régimes de présence.

Judith II
La silhouette se resserre dans un format très étroit. L’or n’a pas disparu, mais les rouges, verts, noirs et arabesques montrent que la transition vers la couleur est déjà engagée.

L’Attente
La danseuse égyptisante est construite comme un profil de mosaïque. Son vêtement triangulaire rassemble yeux, spirales et aplats métalliques dans une silhouette presque architecturale.

L’Accomplissement
Le couple enlacé prolonge le motif du Baiser. Les rectangles masculins et les cercles féminins fusionnent dans un manteau commun conçu pour devenir mosaïque.
Documents photographiques
Klimt, Emilie Flöge et le décor Stoclet dans la réalité
Ces photographies ne sont pas des illustrations inventées. Elles replacent les robes, les relations personnelles et l’ambition décorative dans des lieux et des corps réels.

Klimt et Emilie à l’Attersee
Le peintre apparaît dans sa longue blouse, Emilie dans une robe ample. Leur présence concrète éclaire l’importance des vêtements réformés et des séjours au bord du lac.

Emilie Flöge en robe réformée
La coupe libérée du corset transforme le corps en volume textile. Ce type de vêtement aide à comprendre pourquoi les robes peintes par Klimt deviennent de vastes surfaces de motifs.

La salle à manger et la frise en situation
La photographie historique montre que la frise n’était pas pensée comme un tableau isolé. Elle dialogue avec le marbre, le mobilier, les lignes de Josef Hoffmann et l’ensemble de la pièce.
Regarder la matière
Comment Klimt fabrique-t-il l’éclat ?
La reproduction photographique aplatit ce que le spectateur perçoit au musée : selon l’angle, certaines zones métalliques s’allument tandis que d’autres s’assombrissent.
Huile et feuille métallique
Klimt combine la peinture à l’huile avec la feuille d’or et, selon les œuvres, l’argent ou le platine. L’Espoir II associe ainsi huile, or et platine.
Motifs plutôt que modelé
Rectangles, cercles, spirales, yeux et fleurs remplacent souvent l’ombre pour différencier les textiles, les sexes ou les plans.
Visages peints, corps absorbés
La peau reçoit un modelé délicat alors que les vêtements et le fond fusionnent. Cette opposition rend le visage plus présent.
Reliefs et incrustations
Les surfaces peuvent inclure des rehauts, des reliefs et des matières qui rappellent la mosaïque et les objets de la Wiener Werkstätte.
Une lumière non illusionniste
L’or ne représente pas un soleil précis. Il renvoie la lumière réelle de la pièce et implique le déplacement du regardeur.
Une progression, pas une formule
Six étapes pour situer la période dorée
La Sécession
Klimt devient le premier président du groupe qui revendique la liberté artistique et l’unité des arts.
Judith I
L’or, le cadre et le corps produisent déjà une image plate, sensuelle et frontale.
Frise Beethoven
Le décor monumental constitue le grand seuil de la période dorée.
Ravenne
Les mosaïques byzantines donnent un précédent historique à l’espace doré de Klimt.
Apogée
Adèle, L’Espoir II, Danaé et Le Baiser condensent les recherches du peintre.
Transition
La frise Stoclet prolonge la mosaïque pendant que la palette picturale s’émancipe du métal.
Pourquoi le style change-t-il ?
La fin de l’or n’est pas un renoncement : c’est un déplacement vers la couleur
Autour de 1909, Klimt ne cesse pas soudainement d’utiliser l’or. Le Baiser est encore présenté et acheté en 1908, le projet Stoclet reste en cours, et des motifs métalliques survivent. Mais les portraits et allégories accordent progressivement plus de place aux roses, verts, bleus, noirs et motifs inspirés par les textiles et les arts d’Asie.
Le contexte artistique a changé. Klimt regarde l’impressionnisme, le postimpressionnisme, Van Gogh, Matisse et les nouvelles audaces colorées. Ses tableaux tardifs conservent la frontalité et l’ornement, mais la couleur peinte produit désormais une grande part de l’intensité que le métal assumait auparavant.
Ses paysages montrent que cette voie existait déjà pendant la période dorée. Dans Jardin de campagne aux tournesols, daté de 1907, la végétation forme un tapis dense sans feuille d’or dominante. Le tableau prouve que Klimt pouvait atteindre une sensation de scintillement par la seule juxtaposition des couleurs.

Ce qui disparaît peu à peu
Les vastes champs métalliques homogènes et l’effet d’icône byzantine deviennent moins systématiques après 1909.
Ce qui demeure
La frontalité, la silhouette, les tissus, les motifs répétés et la tension entre visage vivant et surface décorative restent essentiels.
Ce qui augmente
Les couleurs franches, les contrastes floraux, les emprunts textiles et un espace plus mobile caractérisent les œuvres tardives.
Voir juste avant de choisir
Comment reconnaître une bonne reproduction d’un Klimt doré ?
Une image simplement jaune peut sembler spectaculaire à distance tout en effaçant les différences qui structurent l’original.
| À vérifier | Dans l’œuvre | Erreur fréquente | Effet perdu |
|---|---|---|---|
| Nuances métalliques | Or chaud, argent plus froid, noirs, blancs et ocres dialoguent. | Un jaune uniforme sur toute la surface. | La séparation des plans et la vibration matérielle. |
| Visages et mains | Modelé délicat, carnation nuancée, contours souples. | Une peau trop lisse ou orange. | Le contraste entre présence humaine et décor abstrait. |
| Motifs | Chaque famille de signes a une taille, un rythme et une orientation. | Des motifs génériques ajoutés au hasard. | La construction symbolique du vêtement et de l’espace. |
| Noirs | Ils découpent, ancrent et font briller le métal. | Des noirs gris ou bouchés. | La force graphique de Judith, Adèle ou Danaé. |
| Format | Le carré du Baiser et les verticales des portraits organisent le regard. | Un recadrage décoratif trop serré. | Le rapport entre figure, marge et champ ornemental. |
Le Baiser
Un carré ample fonctionne au-dessus d’un canapé ou dans une chambre. Laissez une marge calme autour de la toile.
Judith ou Adèle
Ces formats conviennent à un mur étroit, une entrée ou un bureau. Le regard et la hauteur créent immédiatement une présence.
Arbre de vie
La frise accompagne un meuble long. Un cadre noir, brun ou doré mat doit rester plus sobre que les spirales.
Prolonger la visite
Explorer Gustav Klimt au-delà d’une seule image
Comparez les portraits, les allégories et les paysages. C’est le meilleur moyen de voir que l’or appartient à une période précise sans résumer toute l’œuvre.
Repères vérifiés
Sources muséales et institutionnelles
Belvedere · Pourquoi Klimt utilise-t-il l’or ?
Le musée replace Judith et Le Baiser dans la période dorée et explique le rôle des matériaux métalliques.
Lire le dossier →Sécession · Frise Beethoven
Histoire de l’exposition de 1902, programme iconographique, restauration et rôle de la frise au début de la période dorée.
Voir la Frise Beethoven →Neue Galerie · Adèle Bloch-Bauer I
Notice du portrait, matériaux, préparation depuis 1903, voyage à Ravenne et histoire de la collection Bloch-Bauer.
Découvrir la Femme en or →MAK · Frise Stoclet
Le musée documente le travail de Klimt de 1905 à 1909, l’exécution par les ateliers et l’installation à Bruxelles en 1911.
Consulter le MAK →MoMA · L’Espoir II
La fiche technique confirme la date 1907–08, le format carré et l’association de l’huile, de l’or et du platine.
Voir l’œuvre →Wien Museum · Emilie Flöge
Notice officielle du portrait de 1902, dimensions, technique et présentation dans le parcours consacré à Vienne vers 1900.
Voir la notice →Crédits photographiques : palais de la Sécession, Greymouser/Wikimedia Commons (CC BY-SA) ; mosaïque de Théodora, Petar Milošević/Wikimedia Commons ; Gustav Klimt et Emilie Flöge à l’Attersee, Heinrich Böhler, 1909 ; Emilie Flöge en robe réformée, photographie de Gustav Klimt, 1906 ; salle à manger du palais Stoclet, document historique via Wikimedia Commons. Les reproductions d’œuvres de Klimt sont dans le domaine public.
Questions fréquentes
La période dorée de Klimt en huit réponses
Quand commence la période dorée de Gustav Klimt ?
Elle commence généralement autour de 1901–1902, avec Judith I puis la Frise Beethoven. Cette dernière est considérée par la Sécession de Vienne comme une œuvre clé marquant le début de la période.
Le voyage à Ravenne est-il l’origine unique du style doré ?
Non. Klimt utilise déjà l’or avant son voyage de 1903. Les mosaïques byzantines de Ravenne renforcent et réorientent une recherche commencée à Vienne.
Pourquoi Klimt utilise-t-il de l’or ?
L’or lui permet de supprimer la profondeur ordinaire, de rapprocher le portrait de l’icône, de faire varier la lumière réelle et d’unir peinture, décoration et arts appliqués.
Quelles sont les œuvres majeures de la période dorée ?
Judith I, la Frise Beethoven, Fritza Riedler, Adèle Bloch-Bauer I, L’Espoir II, Danaé, Le Baiser et la frise Stoclet sont les repères essentiels.
Quel tableau représente l’apogée de cette période ?
Adèle Bloch-Bauer I est souvent présenté comme le sommet du portrait doré, tandis que Le Baiser constitue l’icône la plus synthétique et la plus universelle du style.
Quand la période dorée se termine-t-elle ?
La transition se situe autour de 1909–1911. Il n’existe pas de rupture instantanée : la frise Stoclet prolonge encore la mosaïque dorée alors que d’autres tableaux accordent davantage de place à la couleur.
Klimt a-t-il utilisé de l’or dans tous ses tableaux de ces années ?
Non. Ses paysages contemporains, comme Jardin de campagne aux tournesols, construisent leur éclat par la couleur. La période dorée et la peinture de paysage coexistent.
Où voir les principales œuvres dorées de Klimt ?
Le Belvedere de Vienne conserve Le Baiser et Judith I, la Sécession présente la Frise Beethoven, la Neue Galerie de New York conserve Adèle Bloch-Bauer I, le MoMA L’Espoir II et le MAK les cartons de la frise Stoclet.
0 commentaire