Les œuvres détruites de Klimt
Le 8 mai 1945, le château d’Immendorf brûle avec un dépôt d’œuvres évacuées de Vienne. Les trois tableaux de faculté, Schubert au piano, des paysages et des portraits de la collection Lederer disparaissent. Il reste des photographies, quelques reproductions en couleur et une histoire encore partiellement incertaine.



Que s’est-il passé à Immendorf ?
Le château d’Immendorf, en Basse-Autriche, servait pendant la guerre de dépôt pour des collections jugées plus sûres hors de Vienne. Dans les derniers jours du conflit, le bâtiment prend feu. Les œuvres qui y avaient été transportées sont considérées comme détruites.
La date du 8 mai 1945 est retenue par l’exposition organisée en 2025 par le MAK et la Klimt Foundation. De nombreux récits attribuent l’incendie à des troupes allemandes en retraite. Mais les recherches récentes soulignent que la séquence précise, les responsabilités et l’état exact du dépôt au moment du feu ne sont pas entièrement clarifiés.
La catastrophe est aussi indissociable des spoliations nazies. Plusieurs tableaux provenaient de la collection d’August et Serena Lederer, une famille juive qui avait réuni le plus important ensemble privé de Klimt. Expropriées, déplacées puis brûlées, ces œuvres ont subi à la fois la persécution, la dépossession et la destruction matérielle.
Une catastrophe préparée par des années de déplacements
Les tableaux de faculté
Klimt peint Philosophie, Médecine et Jurisprudence pour l’Université de Vienne. Le scandale conduit à l’abandon de la commande.
Spoliations
Après l’Anschluss, les collections juives, dont celle des Lederer, sont saisies, dispersées ou placées sous contrôle nazi.
Immendorf devient dépôt
Le château accueille des œuvres et objets évacués de Vienne, supposément protégés des bombardements.
Le feu
Dans le chaos de la fin de guerre, le château brûle. Les tableaux conservés sur place ne sont pas récupérés.
Philosophie, Médecine et Jurisprudence
Ces immenses peintures de plafond devaient incarner la puissance rationnelle des disciplines universitaires. Klimt choisit au contraire l’obscurité, la vulnérabilité des corps, la maladie, le désir et la menace. Refusées par l’institution, elles deviennent après leur destruction un sommet invisible de son œuvre.

Philosophie
Une colonne de corps semble dériver dans un cosmos sans réponse. La connaissance n’éclaire pas le monde : elle apparaît comme un visage isolé au bas de la composition.

Médecine
La vie, la mort et la maladie forment un fleuve de corps. Hygie, déesse de la santé, nous regarde sans promettre la guérison.

Jurisprudence
Un condamné nu est pris dans les tentacules d’une pieuvre. Les Erinyes et les figures lointaines de la Loi transforment la justice en puissance d’enfermement.

Pourquoi les reconstitutions restent approximatives
Les photographies complètes des tableaux de faculté sont en noir et blanc. Le détail coloré d’Hygie, des descriptions d’époque et des œuvres voisines donnent des indices, mais ils ne restituent pas chaque teinte avec certitude.
Le projet du Belvedere et de Google Arts & Culture a proposé en 2021 une recolorisation fondée sur la recherche historique et un algorithme. Le musée précise qu’elle ne revendique pas l’authenticité : il s’agit d’une approximation permettant de réfléchir à l’échelle et à l’effet chromatique.
Voir le projet du Belvedere →Schubert au piano et La Musique II
Nikolaus Dumba commande à Klimt deux supraportes pour son palais de la Ringstrasse. Conçues pour un intérieur précis, elles survivent au démantèlement du décor mais périssent à Immendorf.

Schubert au piano, 1899
La musique devient lumière sociale : bougies, étoffes, silhouettes et concentration silencieuse entourent le compositeur. La photographie couleur ancienne qui circule aujourd’hui constitue un témoignage capital.

La Musique II, 1897–1898
Figure hiératique, instrument et masque condensent l’écoute en allégorie. Cette œuvre ne doit pas être confondue avec d’autres versions du thème musical peintes par Klimt.
Une galerie de tableaux que l’on ne verra plus
Les images ci-dessous sont des reproductions d’archives. Leur qualité varie, mais elles permettent de mesurer la diversité de la perte : paysage, portrait, couple, jardin et mythologie.

Le Pommier d’or
Un arbre frontal, saturé de fruits et de feuilles, transforme le jardin en surface presque cosmique.

Wally
Le visage clair et la robe colorée appartiennent à la période tardive, plus ouverte et chromatique.

Les Amies II
Deux corps, des étoffes et un oiseau exotique s’assemblent dans un carré où le motif dissout la profondeur.

Chemin de jardin avec des poules
La perspective centrale subsiste, mais les fleurs l’absorbent dans une tapisserie végétale.

Léda
Klimt compresse le mythe de Léda et du cygne dans une forme carrée, intime et enveloppante.

Gastein
Un paysage tardif connu par photographie. La Klimt Database le compte parmi les œuvres détruites à Immendorf.
Quelles œuvres de Klimt ont brûlé ?
L’exposition MAK–Klimt Foundation de 2025 cite les ensembles et tableaux suivants. Des listes plus larges ajoutent des études, des esquisses de composition et Gastein.
| Ensemble | Œuvres citées | Type de documentation conservée |
|---|---|---|
| Tableaux de faculté | Philosophie, Médecine, Jurisprudence | Photographies noir et blanc ; détail couleur d’Hygie ; études et descriptions. |
| Projets de composition | Esquisses peintes ou compositions liées à Philosophie et Jurisprudence | Reproductions et notices anciennes ; présence variable dans les listes de sauvetage. |
| Palais Dumba | La Musique II, Schubert au piano | Reproductions d’époque, dont des images en couleur. |
| Collection Lederer | Le Pommier d’or, Jardin de campagne avec crucifix, Wally, Les Amies II, Chemin de jardin avec des poules, Léda | Photographies et reproductions imprimées de qualité inégale. |
| Autres listes | Gastein et œuvres d’autres artistes | Notices de catalogue, photographies et archives de provenance. |
Photographie, recolorisation et mémoire des originaux
Une reproduction ne remplace ni l’échelle, ni la matière, ni les couleurs réelles d’un tableau. Elle peut cependant préserver une composition et rendre possible une nouvelle enquête.
La preuve la plus proche
Les clichés anciens documentent les contours, les valeurs et certains états des œuvres. Ils ne disent pas toujours la couleur ni la texture.
Des hypothèses argumentées
Elles combinent sources historiques et calcul. Elles doivent rester étiquetées comme approximations, non comme résurrections authentiques.
Une mémoire matérielle distincte
Une copie peut transmettre une composition ou un motif, mais son auteur, sa date et sa technique doivent être clairement indiqués.
Jardins, musique et symbolisme encore accessibles
Les œuvres perdues éclairent les tableaux survivants : les mêmes structures végétales, figures allégoriques et surfaces décoratives y demeurent visibles.

Frise Beethoven
Une œuvre murale conservée pour mesurer l’ambition des tableaux perdus.

Le Pommier
Un arbre conservé pour comprendre le Pommier d’or perdu.

Jardin aux tournesols
La végétation transformée en mur de couleur.

Le Baiser
Une icône conservée de la maturité viennoise.
Comprendre Immendorf et les tableaux perdus
Quand le château d’Immendorf a-t-il brûlé ?
La date du 8 mai 1945 est retenue par l’exposition du MAK et de la Klimt Foundation. Le feu survient dans les tout derniers jours de la guerre en Europe.
Qui a incendié le château ?
De nombreux récits attribuent l’incendie à des troupes allemandes en retraite. Les recherches récentes rappellent toutefois que les circonstances précises ne sont pas totalement éclaircies.
Combien de Klimt ont été détruits ?
Il n’existe pas un chiffre simple accepté pour tous les périmètres. Les sources citent trois tableaux de faculté, deux supraportes, plusieurs peintures de la collection Lederer, des esquisses de composition et d’autres œuvres comme Gastein.
Les couleurs des tableaux de faculté sont-elles connues ?
Seulement en partie. Les œuvres complètes sont surtout connues par des photographies noir et blanc. Un détail couleur d’Hygie et des descriptions historiques ont servi à produire des recolorisations hypothétiques.
Les tableaux pourraient-ils avoir été volés avant le feu ?
Cette possibilité nourrit des récits et spéculations, mais aucune preuve publique solide n’établit aujourd’hui la survie des grandes œuvres. Elles restent classées comme détruites.
Peut-on voir les ruines d’Immendorf aujourd’hui ?
Le château incendié n’a pas survécu comme musée Klimt. Les photographies de ruines, plans et modèles sont conservés dans des archives et ont été présentés par le MAK et la Klimt Foundation.
Expositions, bases scientifiques et archives
Les images sont des reproductions d’œuvres de Gustav Klimt tombées dans le domaine public et hébergées sur le CDN de la boutique pour éviter les liens cassés. Les photographies en noir et blanc sont conservées comme telles ; aucune recolorisation n’est présentée ici comme un original.
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