Le catalogue raisonné des gravures de Rembrandt
Bartsch, Hind et le New Hollstein ne donnent pas trois noms concurrents à la même liste : ils représentent trois moments de la recherche, trois ordres de classement et trois manières d’identifier une estampe, son état et son authenticité.

Quel numéro faut-il employer aujourd’hui ?
Pour une référence actuelle, le New Hollstein est généralement le point de départ le plus complet : il classe chronologiquement 314 estampes, distingue de nombreux états, étudie papiers, filigranes, cuivres, tirages posthumes et copies. Mais le numéro Bartsch reste indispensable, parce qu’il est encore utilisé par les musées, les catalogues de vente et la littérature ancienne. Le numéro Hind demeure utile pour retrouver une œuvre dans les publications anglophones du XXe siècle et pour son ordre chronologique.
Une notice rigoureuse donne donc, lorsque c’est possible, plusieurs concordances : par exemple « B. 78 ; H. 270 ; NH 274 », suivies de l’état en chiffres romains. Le numéro n’est pas une preuve d’authenticité : il indique une entrée bibliographique dont il faut encore lire l’attribution, l’état, le support et la qualité d’impression.
Pourquoi les catalogues ne se remplacent-ils pas simplement ?
La langue commune
Adam von Bartsch refond les catalogues antérieurs et impose une suite thématique devenue la numérotation historique : portraits, sujets bibliques, paysages, scènes de genre. Sa liste comprend aussi des œuvres que la recherche postérieure a rejetées ou réattribuées.
La carrière dans le temps
Arthur M. Hind organise les estampes chronologiquement et les illustre intégralement. Sa seconde édition révisée distingue un corpus authentique numéroté H. 1 à H. 303 et place ensuite les pièces rejetées.
L’objet matériel
Erik Hinterding et Jaco Rutgers, sous la direction de Ger Luijten, intègrent des décennies d’étude des états, filigranes, papiers, plaques et copies. Les sept volumes séparent textes, planches et copies.
Du premier inventaire au laboratoire du papier
Gersaint
Le catalogue posthume d’Edme-François Gersaint ouvre une longue tradition d’inventaires de l’œuvre gravé de Rembrandt.
Bartsch
À Vienne, Bartsch publie une édition entièrement refondue, corrigée et augmentée. Sa numérotation deviendra la référence abrégée « B. ».
Hind
La première édition paraît en 1912 ; l’édition révisée et complètement illustrée de 1923, en deux volumes, est celle que citent couramment les musées.
Hollstein puis New Hollstein
White et Boon renouvellent le corpus en 1969. En 2013, le New Hollstein Rembrandt reprend la recherche à une échelle matérielle et documentaire beaucoup plus fine.
« B. 78, H. 270, NH 274, IV/V » : que signifie cette formule ?
Les trois premiers éléments renvoient aux entrées de trois catalogues. Ils ne décrivent pas trois œuvres, mais trois systèmes de classement appliqués à la même plaque des Trois Croix. La dernière partie, « IV/V », signifie quatrième état sur cinq selon le catalogue adopté. Un état correspond à une modification durable de la plaque : nouvelles hachures, figures effacées, signature ajoutée ou composition profondément reprise.
L’épreuve, elle, est une feuille individuelle tirée de cette plaque. Deux épreuves du même état peuvent différer par le papier, l’encrage, le ton de surface, l’essuyage, l’usure ou les marges. C’est pourquoi un numéro de catalogue ne suffit jamais à décrire précisément ce que l’on a devant soi.

Une même estampe change de place selon le catalogue
| Estampe | Bartsch | Hind | New Hollstein | Ce que révèle l’écart |
|---|---|---|---|---|
| La Chasse au lion, petite planche, avec deux lions, vers 1629 | B. 115 | H. 21 | NH 28 | Bartsch classe par sujet ; Hind et NH replacent l’œuvre dans les débuts. |
| Adam et Ève, 1638 | B. 28 | H. 159 | NH 168 | Le numéro Bartsch, très bas, ne signifie pas que l’estampe est précoce. |
| Les Trois Arbres, 1643 | B. 212 | H. 205 | NH 214 | Les numéros proches sont une coïncidence, pas une équivalence structurelle. |
| Les Trois Croix, 1653 | B. 78 | H. 270 | NH 274 | L’ordre chronologique fait basculer l’œuvre tardive vers la fin du corpus. |
| Saint Jérôme lisant dans un paysage italien, vers 1653 | B. 104 | H. 267 | NH 275 | La date approximative et les états doivent accompagner les concordances. |
| Titus, vers 1656 | B. 11 | H. 261 | NH 297 | Un portrait placé tôt chez Bartsch devient une œuvre tardive chez NH. |
Les numéros ci-dessus doivent être lus avec l’état propre à chaque épreuve. Les bases du Rijksmuseum et du British Museum affichent souvent plusieurs références en parallèle, ce qui en fait d’excellents outils de vérification.
Les états ne sont pas de simples variantes de contraste


Le catalogue raisonné ne répond pas seulement à « quelle image ? », mais à « quelle plaque, à quel moment de son histoire, imprimée quand, sur quel papier et sous quelle attribution ? »

Pourquoi le « B. » reste partout
La force de Bartsch est sa stabilité. Pendant plus de deux siècles, marchands, collectionneurs et conservateurs ont écrit « B. 28 » ou « B. 78 ». Une ancienne étiquette de montage, un inventaire de collection ou un catalogue de vente devient immédiatement consultable dès que cette référence est reconnue.
Sa limite est celle de toute entreprise fondatrice : le corpus et les attributions ont changé. Une entrée chez Bartsch ne signifie donc pas automatiquement « authentique Rembrandt ». Certaines feuilles ont été retranchées, déplacées vers un élève ou un imitateur, ou reconnues comme copies. Bartsch reste une adresse historique ; le New Hollstein fournit plus souvent le diagnostic actuel.
Le choix décisif de l’ordre chronologique
Arthur Mayger Hind, conservateur au British Museum, veut rendre visible l’évolution du graveur. Son catalogue permet de passer des petites études hésitantes de Leyde aux grands chefs-d’œuvre de pointe sèche. L’édition révisée de 1923 comprend un volume de texte et un volume de planches ; elle donne 303 numéros aux estampes alors tenues pour authentiques, puis isole les pièces rejetées.
L’ordre chronologique reste pourtant une construction. Beaucoup de plaques ne sont pas datées, et la position d’une estampe peut être proposée d’après le style, les filigranes ou des rapprochements techniques. Hind est donc précieux pour l’histoire de la discipline autant que pour l’identification : il montre ce que l’on pensait savoir en 1923 et fournit une passerelle vers une immense bibliographie anglophone.

Sept volumes pour suivre 314 œuvres, leurs états et leurs copies
Volumes I–II : textes
Les notices couvrent les numéros 1 à 314, avec attributions, datation, inscriptions, états, cuivre, papiers et filigranes. Les changements sont illustrés par des détails agrandis.
Volumes III–V : planches
Ils reproduisent les états en entier, si possible à l’échelle réelle. La comparaison visuelle devient une méthode et non un simple complément.
Volumes VI–VII : copies
Ils recensent et illustrent les copies d’après Rembrandt, plus de deux fois plus nombreuses que dans les références antérieures selon l’éditeur.
Le progrès essentiel n’est pas seulement le chiffre 314. Il réside dans la distinction entre états contemporains, interventions posthumes, usure de plaque, retirages et copies. Les recherches sur les filigranes permettent aussi de regrouper des feuilles imprimées à des périodes proches.
Quatre œuvres, quatre problèmes différents





Ce que le catalogue établit — et ce qu’il propose
Faits matériels
Dimensions de la plaque et de la feuille, filigrane observable, technique, inscription, modifications visibles, localisation d’une épreuve, présence d’une marque de collection.
Conclusions argumentées
Attribution à Rembrandt, datation d’une plaque non datée, ordre des états, distinction entre reprise contemporaine et intervention posthume. Ces conclusions peuvent évoluer avec de nouvelles épreuves.
Interprétations
Identité d’un modèle, signification d’un geste, source littéraire exacte ou intention commerciale. Une notice sérieuse signale les hypothèses au lieu de les convertir en certitudes.
Comment lire soi-même une estampe cataloguée
Identifier la plaque
Comparer composition, sens de l’image, dimensions de l’élément imprimé, monogramme et date. Attention aux copies inversées.
Repérer l’état
Chercher les traits ajoutés ou effacés dans les zones diagnostiques signalées par le catalogue, plutôt que de juger seulement la noirceur générale.
Décrire l’épreuve
Noter papier, filigrane, marges, ton de plaque, essuyage, usure, accidents et marques de collection. Deux feuilles du même état restent deux objets distincts.
Croiser les sources
Donner au moins la référence NH et la concordance Bartsch ; consulter la notice du musée qui conserve l’épreuve précise.
Les meilleurs points d’entrée
Le New Hollstein est un ouvrage imprimé spécialisé, disponible surtout dans les bibliothèques de musées, cabinets d’estampes et grandes bibliothèques de recherche. Pour une première identification à distance, les bases publiques du Rijksmuseum et du British Museum sont particulièrement utiles : elles affichent les références bibliographiques, l’état, la technique, les dimensions et souvent une image agrandissable.
Rijksprentenkabinet
Le Rijksmuseum conserve une collection majeure et sa base associe fréquemment Bartsch et New Hollstein à chaque épreuve.
British Museum
Les notices donnent Hind, White & Boon et New Hollstein, ainsi que commentaires, provenance et état de nombreuses feuilles.
BnF, NGA et Met
Ces institutions permettent de comparer des épreuves, des papiers et parfois plusieurs états de la même plaque. Les estampes ne sont pas toujours exposées en permanence pour des raisons de conservation.

Du catalogue à l’expérience visuelle
La boutique ne propose pas un fac-similé des sept volumes du New Hollstein. Pour prolonger l’étude sans confondre document savant et reproduction décorative, explorez la collection générale Rembrandt et les analyses consacrées à ses grandes eaux-fortes.
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Que signifie « Bartsch » ou « B. » après un titre ?
Il s’agit du numéro donné par Adam von Bartsch dans son catalogue de 1797. Cette référence historique reste très répandue, même quand l’attribution ou le nombre d’états ont été révisés.
Quelle est la différence entre Hind et Bartsch ?
Bartsch organise principalement le corpus par sujets ; Hind le présente chronologiquement et l’illustre. Leurs numéros ne sont donc pas convertibles par simple addition ou soustraction.
Le New Hollstein remplace-t-il Bartsch ?
Il constitue la référence critique la plus récente et la plus détaillée, mais Bartsch reste nécessaire pour comprendre les anciennes publications, inscriptions de collection et catalogues de vente.
Combien de gravures de Rembrandt le New Hollstein retient-il ?
L’édition Rembrandt de 2013 décrit 314 estampes numérotées, réparties chronologiquement entre 1625 et 1665. Ce total ne doit pas être confondu avec le nombre d’épreuves ni avec celui des états.
Qu’est-ce qu’un état d’estampe ?
Un état correspond à une phase durable de la plaque après modification. Une variation d’encrage ou de papier entre deux tirages ne constitue pas automatiquement un nouvel état.
Pourquoi une estampe a-t-elle parfois plusieurs titres ?
Les titres sont souvent descriptifs et postérieurs à Rembrandt. La recherche peut remplacer une identification traditionnelle, comme « Faust », par une formulation plus prudente telle qu’« Un savant dans son cabinet ».
Un numéro Bartsch prouve-t-il que l’œuvre est authentique ?
Non. Bartsch a inclus des estampes depuis rejetées ou attribuées à des imitateurs. Il faut lire la conclusion du catalogue récent et vérifier la notice de l’épreuve précise.
Comment citer correctement une épreuve ?
Indiquez artiste, titre, date, technique, dimensions de plaque, institution et numéro d’inventaire, puis les concordances — idéalement B., H. et NH — avec l’état exact.
Références institutionnelles et bibliographiques
- Rijksmuseum Research Library — Adam von Bartsch, Catalogue raisonné…, Vienne, 1797.
- British Museum — Arthur M. Hind, A Catalogue of Rembrandt’s Etchings, 2 vol., 1923.
- Hollstein — Erik Hinterding et Jaco Rutgers, dir. Ger Luijten, Rembrandt, New Hollstein, 7 vol., 2013.
- Rijksmuseum — The Goldsmith, exemple de concordance B. 123 / NH 289 et de description d’état.
- Rijksmuseum — The Small Lion Hunt, with Two Lions, B. 115 / NH 28.
- Rijksmuseum — Titus, B. 11 / NH 297.
- Rijksmuseum — Saint Jerome Reading in an Italianate Landscape, B. 104 / NH 275.
- Bibliothèque nationale de France — Les Trois Croix, notice bibliographique et références Bartsch, White & Boon, New Hollstein.
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