Papier · Ligne · Expérience
Comment Léonard dessinait-il ?
Pointe métallique disciplinée, sanguine sensuelle, plume rapide et lavis atmosphérique : Léonard change d’outil selon qu’il observe, invente, démontre ou prépare une peinture.
La réponse courte
Il dessinait pour penser, pas seulement pour préparer
Une feuille de Léonard peut chercher la torsion d’un bras, enregistrer une dissection, comparer dix profils, calculer un mécanisme ou laisser surgir une composition. L’écriture en miroir, les schémas et les images partagent le même espace de recherche.
Le dessin est une méthode de connaissance
La précision ne signifie pas immobilité. Même dans ses études anatomiques les plus rigoureuses, Léonard multiplie points de vue, coupes, notes et variantes afin de comprendre un fonctionnement.
La boîte à outils
Cinq médiums, cinq comportements
Pointe métallique
Trait gris fin sur papier préparé, difficile à effacer et peu sensible à la pression.
Sanguine
Craie rouge naturelle, fine ou large, idéale pour les chairs, visages et anatomies.
Pierre noire
Noir modulable pour les ombres, les études de tête et les compositions préparatoires.
Plume et encre
Trait net, hachures, notes et inventions rapides ; l’encre ferro-gallique a bruni avec le temps.
Lavis et blanc
Encre diluée au pinceau pour les masses ; rehauts clairs sur papier teinté.
I · Pointe d’argent
Une ligne qui ne pardonne pas

Le papier doit d’abord devenir abrasif
Un stylet d’argent ne marque pas une feuille ordinaire. Le papier est enduit d’une préparation, souvent à base de poudre d’os finement broyée et parfois colorée. Le métal dépose alors une trace grise au contact de cette surface légèrement abrasive.
- le trait ne s’efface pratiquement pas ;
- la pression change peu son intensité ;
- le modelé se construit par réseaux de lignes et hachures ;
- une reprise à la plume peut renforcer certains contours.
Ce médium, courant dans la formation florentine du XVe siècle, oblige à anticiper le geste. Léonard l’utilise surtout dans ses jeunes années.
II · Sanguine et pierre noire
La craie libère la pression, le ton et le volume

Du trait à la masse
À partir des années 1490, les craies naturelles rouges et noires prennent une place croissante. Elles peuvent être taillées pour une ligne fine, inclinées pour une zone large, renforcées, estompées et combinées.
Sur papier teinté, Léonard peut réserver la teinte moyenne du support, approfondir les ombres à la pierre noire ou au fusain, réchauffer la chair à la sanguine et ajouter quelques lumières blanches. La feuille ne se remplit plus seulement de contours : elle devient un champ lumineux.
III · Plume, encre et lavis
Une ligne pour inventer et expliquer

La plume accélère la pensée
Taillée dans une plume d’oiseau, elle produit un trait qui varie selon la coupe, l’angle et la charge d’encre. Léonard s’en sert pour écrire, contourner, hachurer, comparer et multiplier les variantes sur une même page.
L’encre ferro-gallique, noire à l’origine, a souvent pris une teinte brune. Diluée et appliquée au pinceau, elle devient lavis : une masse transparente capable de poser une ombre, un nuage ou le volume d’un organe.
IV · Papier et préparation
Le support fait déjà partie du dessin
| Support | Préparation | Avantage | Usage |
|---|---|---|---|
| Papier blanc | Aucune ou légère préparation selon le médium. | Lisibilité des traits et des notes. | Plume, encre, études scientifiques. |
| Papier rose ou rouge-brun | Fond coloré appliqué ou papier teinté. | La teinte sert de valeur moyenne. | Craies rouges, noires et blanches. |
| Papier bleu-gris | Surface colorée préparée. | Contraste entre métalpoint, encre et rehauts blancs. | Études particulièrement achevées. |
| Papier préparé pour métalpoint | Couche abrasive à base de poudre minérale ou osseuse. | Le stylet métallique laisse sa trace. | Études de jeunesse et dessins d’après nature. |
Le papier de Léonard : généralement fabriqué à partir de chiffons de chanvre ou de lin. Son coût baisse au cours du XVe siècle, ce qui favorise un usage plus quotidien et expérimental.
Huit feuilles à observer
Le même artiste, huit fonctions du dessin

Études de composition
Pointe d’argent reprise à l’encre sur préparation rose.

Tête de la Vierge
Trois tons de craie pour une présence presque picturale.

Études de cheval
Observation, mouvement et variations sur une même feuille.

Anatomie de l’épaule
Hachures et vues comparées pour expliquer la structure.

Mouvements de l’eau
La ligne transforme un phénomène fluide en rythme analysable.

Fœtus dans l’utérus
Coupe anatomique, volume, notes et hypothèses.

Homme de Vitruve
Mesure, géométrie, corps et texte réunis.

Codex sur le vol
Observation de l’oiseau, mécanique et écriture en miroir.
Choisir le médium
Quel outil pour quelle question ?
| Si Léonard veut… | Outil dominant | Pourquoi |
|---|---|---|
| Former sa main | Pointe métallique | La ligne indélébile impose contrôle et économie. |
| Chercher rapidement une composition | Plume ou pierre noire | La vitesse permet variantes, superpositions et corrections. |
| Modeler un visage | Sanguine, pierre noire, parfois blanc | Pression, largeur et estompe construisent la chair. |
| Décrire une dissection | Plume, encre et lavis sur traces de craie | Précision, légendes et volumes coexistent. |
| Étudier une atmosphère | Craies, encre diluée, lavis | Les masses et valeurs comptent autant que le contour. |
Sources institutionnelles
Techniques et collections
Matériaux de Léonard
Papier, métalpoint, craies, plume et encres.
Analyse scientifiqueA Closer Look
Papiers, préparations et photographie spécialisée.
Metropolitan MuseumLe métalpoint
Principe technique et exemple de Léonard.
British MuseumÉtude anatomique
Sanguine sur papier préparé rouge-orangé.
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Du dessin à la peinture
FAQ
Questions sur le dessin
Qu’est-ce que la pointe d’argent ?
Un stylet métallique traçant sur un papier spécialement préparé et légèrement abrasif.
Pourquoi le trait ne s’efface-t-il pas ?
Le métal dépose une trace dans la préparation ; contrairement au graphite, elle ne se gomme pratiquement pas.
Léonard dessinait-il à la sanguine ?
Oui, surtout à partir des années 1490, pour les têtes, anatomies, cheveux et modelés sur papiers teintés.
Quelle encre utilisait-il ?
Notamment une encre ferro-gallique, noire à l’origine et souvent devenue brune avec le temps.
Pourquoi écrivait-il en miroir ?
Gaucher, Léonard écrivait couramment de droite à gauche. Ce fonctionnement ne signifie pas que tous ses carnets étaient un code secret.
Utilisait-il la pierre noire ?
Oui, seule ou combinée avec sanguine, fusain, encre, lavis et parfois rehauts blancs.

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