Le Tournesol : une fleur dressée comme un portrait
Au centre d’un carré presque entièrement végétal, une unique tête solaire domine un manteau de feuilles et de fleurs. Klimt transforme une plante familière en présence frontale — ni simple étude botanique, ni portrait déclaré, mais un étonnant passage entre les deux genres.
Le Tournesol, 1907–1908, huile et feuille d’or sur toile, 110 × 110 cm, Belvedere, Vienne. Image de l’œuvre entière, domaine public.
Une fleur, mais une présence humaine.
Le tableau montre bien un tournesol. Pourtant, Klimt l’isole, le redresse et l’installe au centre comme il placerait un modèle. La tête florale devient visage, la tige devient corps, les grandes feuilles dessinent une robe et le bouquet inférieur forme un socle presque cérémoniel.
Pourquoi parle-t-on d’un « portrait végétal » ?
La base scientifique Gustav Klimt décrit une plante volontairement anthropomorphe : son feuillage ressemble à une Reformkleid, cette robe ample et moderne défendue à Vienne autour de 1900. Le tournesol se tient « comme sur un trône floral ».
Le mot portrait ne signifie donc pas que Klimt aurait caché un visage dans la fleur. Il désigne une construction picturale : une figure unique, frontale, hiératique, enveloppée par l’ornement et placée devant un fond qui réduit la profondeur.
Dans l’œuvre de Klimt, qui séparait habituellement paysages et portraits, Le Tournesol constitue l’un des rapprochements les plus nets entre ces deux domaines.
Quatre zones pour lire la métamorphose
La composition est moins spontanée qu’elle n’en a l’air. Elle organise une ascension très précise : les petites fleurs forment la base, les feuilles élargissent la silhouette, la tige conduit le regard et la corolle sombre fixe enfin le « visage ».
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La corolle-visage
Le disque noir bordé de pétales jaunes domine l’ensemble. Petit mais très contrasté, il agit comme le point d’identité d’un portrait.
Le corps-tige
Une verticale mince relie tête et base. Elle donne à la plante une posture debout et empêche la masse végétale de devenir un simple tapis.
La robe de feuilles
Les grandes feuilles triangulaires s’écartent comme des manches et des pans de tissu. Leur rythme remplace l’anatomie sans l’imiter.
Le trône floral
Les fleurs claires et les taches d’or accumulées dans la partie basse installent la figure sur un socle précieux, presque liturgique.
Le tableau ne copie pas un jardin : il fabrique un tissu de lumière



Emilie Flöge : un écho, pas une identification certaine
En 1906, à l’Attersee, Klimt photographie Emilie Flöge dans plusieurs robes amples. La silhouette est verticale, le vêtement masque la taille et le décor naturel absorbe presque le corps. Un an plus tard, le tournesol déploie à son tour une enveloppe feuillue, large et ornementale.
- PostureUne figure debout et centrée, saisie de face ou presque.
- SilhouetteLe volume s’élargit vers le bas, comme une robe réforme.
- SurfaceFeuilles et petites fleurs jouent le rôle de motifs textiles.
- DécorLa figure n’est pas détachée du jardin : elle en devient l’intensification.
Solitaire, tapis ou pyramide ?
Autour de 1906–1908, Klimt ne peint pas les fleurs d’une seule manière. Les trois carrés ci-dessous montrent comment une végétation semblable peut devenir portrait, surface continue ou architecture colorée.
Le Tournesol
Une figure unique se détache du champ végétal. Le regard monte vers une « tête » et lit la plante comme un corps.
Jardin de ferme avec tournesols
Les fleurs couvrent tout le carré. Des corolles coupées par les bords suggèrent que l’image est un prélèvement dans un jardin plus vaste.
Jardin paysan
La végétation se rassemble en pyramide. Le jardin paraît plus construit : rouges, blancs et verts composent un massif qui monte vers le centre.
Huile + feuille d’or
Pourquoi l’or ne transforme-t-il pas la fleur en icône plate ?
Selon la notice du Belvedere, l’œuvre associe l’huile et la feuille d’or. Mais l’or n’occupe pas ici le sujet principal comme dans certaines grandes figures de la période dorée : il ponctue surtout le fond et l’environnement. Ces éclats avancent visuellement tandis que les verts et les bruns créent une profondeur hésitante.
Le résultat est paradoxal. La surface semble décorative, presque textile, tout en conservant assez d’ombres, de chevauchements et de différences d’échelle pour que la plante reste vivante.
Un paysage de vacances retravaillé comme une composition de salon
Klimt passe plusieurs étés à Litzlberg, au bord de l’Attersee. Il observe les jardins fleuris autour de son lieu de séjour, utilise un viseur pour isoler des fragments carrés et reprend ensuite ses tableaux avec lenteur. Le carré ne cherche pas une vue panoramique : il rapproche, coupe et densifie.
Dans Le Tournesol, cette méthode change d’échelle. Le jardin n’est plus seulement un champ de sensations : une plante en sort et prend possession de l’espace. L’arrière-plan demeure presque sans horizon, comme un paravent de verdure.
Le Belvedere, mais pas forcément aujourd’hui
Le tableau appartient au Belvedere de Vienne, sous le numéro d’inventaire 10500. La fiche officielle fournit les dimensions, la technique, la provenance et une image en accès ouvert.
La notice du musée indique actuellement que l’œuvre n’est pas exposée. Les accrochages changent : il faut vérifier la fiche officielle avant d’organiser une visite uniquement pour ce tableau.
Consulter la fiche du Belvedere →Retrouver le portrait végétal dans la boutique
Les liens ci-dessous ont été vérifiés dans le catalogue Shopify. Les images produit montrent les reproductions proposées par la boutique, distinctes des images documentaires de l’original.

Le Tournesol — Gustav Klimt
Le format carré conserve la tension originale entre stabilité et croissance. La gamme de verts, les petites fleurs et les rehauts jaunes demandent une exécution patiente pour éviter qu’ils ne deviennent une simple texture uniforme.
Voir l’œuvre et les formats →Le Tournesol de Klimt en huit réponses
Quand Klimt a-t-il peint Le Tournesol ?
Le Belvedere date l’œuvre de 1907–1908, au sommet de la période dorée de Klimt.
Où se trouve le tableau ?
Il appartient au Belvedere de Vienne. La fiche officielle indique actuellement qu’il n’est pas exposé.
Quelles sont ses dimensions ?
La toile mesure 110 × 110 cm. Le carré est un format fréquent dans les paysages de Klimt.
Le tableau contient-il vraiment de l’or ?
Oui. La notice technique mentionne de l’huile et de la feuille d’or sur toile.
Est-ce un portrait d’Emilie Flöge ?
Pas au sens documentaire. La silhouette rappelle ses robes réforme photographiées en 1906, mais aucun visage ni modèle identifié n’est représenté.
Pourquoi la fleur paraît-elle humaine ?
Parce qu’elle est seule, centrée et verticale : tête, tige et feuilles peuvent se lire comme visage, corps et vêtement.
Quelle différence avec Jardin de ferme avec tournesols ?
Dans ce dernier, les fleurs forment un champ continu. Dans Le Tournesol, une plante singulière domine et organise toute la scène.
Le fond représente-t-il un lieu précis ?
Il renvoie aux jardins observés pendant les séjours à l’Attersee, mais la composition est fortement condensée et décorative.
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