Gustav Klimt · Attersee · 1908–1912
Château de Kammer : cinq tableaux pour un même motif
Entre 1908 et 1912, Klimt regarde le même château depuis l’eau, la colline, la rive et enfin son allée. Cinq peintures suffisent pour faire passer l’architecture du panorama lumineux à l’écran végétal presque abstrait.
Réponse directe
Quels sont les cinq tableaux de la série ?
Le groupe de référence comprend Château de Kammer sur l’Attersee I vers 1908, la version II de 1909, les versions III et IV de 1910, puis Allée devant le château de Kammer de 1912. Les catalogues raisonnés les relient par leurs numéros 159, 166, 171, 172 et 181.
Le cinquième tableau n’est donc pas couramment appelé « version V ». Klimt abandonne le face-à-face avec le bâtiment et se place dans l’allée qui conduit au château. Cette dernière étape montre comment une série peut continuer sans répéter exactement le même cadrage.
Lecture chronologique
Le château se rapproche, disparaît, puis devient une destination
Les cinq tableaux ne forment pas une progression mécanique. Ils révèlent plutôt cinq solutions au même problème : comment faire tenir une architecture massive dans un paysage carré sans perdre la sensation du lac et de la végétation ?

Le château comme bande lumineuse
Dans la première version, la surface se partage entre l’eau réfléchissante et la rive occupée par le château avec l’église de Seewalchen. L’horizon élevé comprime le ciel. Les reflets ne reproduisent pas fidèlement les bâtiments : ils prolongent leurs couleurs et transforment le lac en seconde architecture.

La seule vue prise depuis le jardin
Klimt quitte la rive opposée et regarde depuis une hauteur de Schörfling. Les pentes du terrain deviennent des compartiments souples, presque des vagues terrestres. Le château se glisse entre les masses végétales au lieu de dominer le paysage. Cette version fut présentée à la Biennale de Venise de 1910 puis à Rome en 1911.
Vue n° 3 · œuvre du hero
La façade se transforme en mosaïque verticale
La troisième version, visible en ouverture de l’article, revient face au château depuis la zone de l’ancien Hotel Seehof. Le cadrage se resserre : la façade claire, les arbres et leur reflet remplissent presque tout le carré. La ligne d’eau est difficile à localiser, ce qui trouble la séparation entre bâtiment réel et image réfléchie.
Les fenêtres alignées fournissent une grille régulière. Klimt la confronte aux feuillages vibrants et aux bandes souples de l’eau. L’architecture reste reconnaissable, mais elle devient surtout un rythme de rectangles clairs, d’ombres vertes et de reflets.

Le château derrière un écran de feuillage
La quatrième version conserve l’eau, la végétation et l’architecture, mais les branches et les feuillages gagnent en présence. Le bâtiment n’est plus un sujet isolé : il doit être retrouvé dans un réseau de verts, de blancs et de reflets. Présentée à la Grande exposition d’art de Dresde en 1914, cette variante pousse plus loin la fusion entre le motif et la surface.

L’allée remplace la façade
Le dernier tableau du groupe suit la langue de terre plantée de tilleuls qui reliait l’ancien château d’eau au rivage. Les couronnes se rejoignent en une voûte sombre ; leurs troncs irréguliers encadrent l’allée. Au fond, le bâtiment baroque jaune devient un point d’arrivée. Le motif architectural n’a pas disparu : il s’est éloigné et organise tout le chemin.
Comparer peinture et lieu
Un ancien château d’eau devenu péninsule
Le château s’avance dans le lac sur une péninsule étroite. Cette situation explique la variété des points de vue : depuis l’eau ou la rive opposée, la masse paraît flotter ; depuis Schörfling, elle se fond dans les pentes et les jardins ; depuis l’allée, elle devient la destination d’un axe terrestre.
Klimt séjourne à la Villa Oleander, sur l’autre rive, entre 1908 et 1912. Il peut observer le château au fil des heures, emprunter une barque, marcher dans les environs et modifier son cadrage selon la lumière. Le motif fixe devient ainsi une expérience mobile.
Ce que Klimt élimine
Pas d’anecdote, presque pas d’histoire
Le peintre ne raconte ni les propriétaires du château, ni la vie mondaine autour du lac. Les fenêtres sont rarement habitées, les embarcations deviennent secondaires et les promeneurs disparaissent. Cette absence de figures transforme le lieu en objet de contemplation.
Le bâtiment sert de mesure. Ses façades, fenêtres et toits imposent des lignes droites que l’eau et les arbres déforment. À chaque tableau, Klimt teste un nouvel équilibre entre géométrie et croissance naturelle.
Le même motif, cinq décisions
La série montre comment Klimt construit un paysage
À partir de 1900, ses paysages adoptent presque toujours le carré. Il utilisait un petit viseur percé pour isoler des fragments du réel et vérifier si un cadrage pouvait devenir tableau.
Lac, colline, rive ou allée : le déplacement physique change toute la composition.
Le ciel se réduit et la surface du lac ou du jardin occupe presque tout le carré.
Les plans restent lisibles, mais s’empilent comme les bandes d’une tapisserie.
Fenêtres, feuilles et reflets deviennent des unités colorées qui se répondent.
Œuvres voisines
Le parc et l’étang ne sont pas deux versions supplémentaires
Ils appartiennent au même séjour et éclairent la fascination de Klimt pour le domaine, mais les catalogues distinguent ces compositions de la série des cinq vues du château.
Le Parc
Les couronnes serrées deviennent un mur de touches. Le château disparaît entièrement : seule demeure la sensation d’une voûte végétale.
L’Étang du château
L’eau devient le sujet principal. Les rives et la végétation se reflètent sans que l’architecture gouverne la composition.
Prolonger le voyage
Reproductions liées à l’Attersee
Ces quatre œuvres différentes complètent la série sans réutiliser les images déjà montrées dans l’article.
Sources de référence
Pour vérifier la série
Questions fréquentes
Le château de Kammer en huit réponses
Combien de tableaux Klimt a-t-il consacrés au château de Kammer ?
Le groupe de référence compte cinq peintures réalisées entre 1908 et 1912 : les versions I à IV, puis l’allée devant le château.
Existe-t-il un tableau appelé « Château de Kammer V » ?
Cette appellation n’est pas celle généralement utilisée. Le cinquième numéro du catalogue raisonné correspondant au groupe est Allée devant le château de Kammer, peinte en 1912.
Où se trouve la version III ?
Château de Kammer sur l’Attersee III, daté de 1909–1910, appartient au Belvedere de Vienne.
Quelle version fut exposée à la Biennale de Venise ?
La version II, peinte en 1909, fut présentée dans la salle Klimt de la Biennale de Venise de 1910.
Pourquoi les tableaux sont-ils carrés ?
Le carré stabilise la composition et permet à Klimt d’équilibrer architecture, végétation et reflets sans privilégier l’horizontale panoramique.
Klimt peignait-il depuis une barque ?
Il utilisait parfois une barque sur l’Attersee et travaillait en plein air. Pour chaque version, il faut toutefois distinguer ce contexte général des points de vue précisément documentés.
Le Parc du château appartient-il aux cinq vues ?
Non. C’est une œuvre associée au domaine, datée de 1909, mais elle est cataloguée séparément de la série des cinq.
Peut-on visiter le château de Kammer ?
Le bâtiment est une propriété privée et s’observe surtout depuis les espaces extérieurs et les itinéraires autour de Schörfling. Les conditions d’accès peuvent évoluer : consultez les informations touristiques locales avant le déplacement.
Comparer les cadrages de Klimt chez vous
Commencez par la façade réfléchie de la version III, puis associez-la à une vue d’eau ou à l’allée pour faire dialoguer deux manières de regarder le même lieu.




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