Autoportrait de Rembrandt de 1655
Béret, col relevé et visage modelé par une lumière chaude : dans ce petit format, Rembrandt transforme la maturité en autorité silencieuse. Le tableau paraît direct, mais sa date, son cadrage et son costume demandent une lecture précise.

Le béret encadre une nouvelle image de la maturité
L’autoportrait d’Édimbourg n’est ni une étude de grimace comme celles des années 1620, ni une proclamation mondaine comme le tableau de 1640. Rembrandt y concentre son art sur trois éléments : un béret noir qui élargit la silhouette de la tête, un col relevé qui stabilise le buste et une lumière souple qui rend visibles les textures d’un visage mûr sans les transformer en spectacle.
Son regard direct produit une forte proximité. Pourtant, l’œuvre n’est pas une photographie de l’humeur du peintre. Le costume est choisi, le cadrage est construit et la surface hiérarchisée. La maturité devient donc moins un aveu biographique qu’un problème pictural : comment faire sentir l’âge, la présence et le statut d’un artiste dans un espace très resserré ?
Six repères avant de regarder
Une date incomplète
La National Galleries Scotland transcrit la date « 165[5] » : le dernier chiffre est retenu avec prudence, même si le musée présente l’œuvre comme datant de 1655.
Un petit format
À 53 × 43 cm, le tableau installe une relation rapprochée. Le visage occupe presque tout le champ disponible.
Une œuvre autographe
La notice officielle donne Rembrandt comme auteur. Rien ne justifie de la présenter comme une copie ou une production d’atelier.
Un prêt historique
L’œuvre appartient au Bridgewater Collection Loan et porte le numéro NGL 072.46 dans la collection écossaise.
Un béret d’artiste
Déjà démodé au XVIIe siècle, le béret rappelle les maîtres du XVIe siècle et devient chez Rembrandt un signe visuel récurrent.
Un visage sans flatterie
Teintes roses, gris, bruns et accents clairs enregistrent l’âge sans effacer les asymétries ni lisser la peau.

1652 prépare la sobriété de 1655
Le grand autoportrait viennois de 1652 réintroduit Rembrandt dans sa propre peinture après plusieurs années sans grand autoportrait peint connu. Les mains aux hanches, le vêtement brun et la frontalité composent une image ample, presque monumentale. Les accessoires précieux de 1640 ont disparu : l’assurance vient désormais de la masse du corps et de la stabilité de la pose.
À Édimbourg, cette stratégie se resserre. Les bras ne sont plus nécessaires ; le béret et le col suffisent à former une architecture autour de la tête. Le spectateur passe d’une confrontation avec un corps à un face-à-face avec un regard. La sobriété n’indique donc pas une perte d’ambition. Elle montre que Rembrandt peut concentrer la même autorité dans un format quatre fois plus petit.
Cette comparaison permet aussi de résister à une lecture trop biographique. Les difficultés financières commencent à peser dans les années 1650, mais ni la posture de 1652 ni le regard de 1655 ne constituent une preuve de défaite. Ce sont des solutions de peintre, produites pour être vues et probablement appréciées par des collectionneurs.
Cinq images entre réussite et style tardif
L’artiste arrivé
Pose empruntée à Titien et Raphaël, costume précieux, maîtrise sociale.
Le corps sobre
Frontalité, mains aux hanches et vêtement d’atelier assourdi.
Le visage mûr
Béret noir, col relevé et proximité du petit format d’Édimbourg.
La matière s’amplifie
Frick, Washington et Met multiplient échelles et empâtements.
Le métier demeure
Outils, repentirs et liberté de surface structurent les dernières images.
La lumière n’éclaire pas tout de la même manière
La lumière arrive de la gauche du tableau et se concentre sur le front, l’arête du nez, la joue et les lèvres. Elle ne découpe pas le visage comme un projecteur théâtral ; elle progresse par transitions. Les zones claires restent chaudes, mêlant crème, rose et ocre, tandis que les demi-teintes verdâtres ou grises empêchent la chair de devenir uniforme.
Le côté ombré n’est pas vide. Des bruns transparents laissent deviner la structure de la joue, l’œil et la naissance de la barbe. Cette économie exige du spectateur un regard lent : à distance, le visage semble entier ; de près, il se décompose en touches, frottis et accents discontinus.
Le peintre traite également les deux yeux de manière inégale. L’un accroche davantage la lumière, l’autre demeure plus absorbé dans l’ombre. Cette asymétrie donne au regard sa mobilité. Elle peut sembler introspective, grave ou attentive, mais aucune émotion unique ne s’impose comme un fait.

Deux petits autoportraits, deux supports et deux datations
Édimbourg
Huile sur toile, 53 × 43 cm, date transcrite « 165[5] », Bridgewater Collection Loan. Le béret noir et le col relevé dessinent une silhouette ferme autour du visage.
Vienne
Huile sur bois de noyer, 48,8 × 40,5 cm, vers 1655–1657 selon la notice allemande actuelle du KHM. Le musée signale aussi que le format a été réduit ultérieurement.
Ces deux tableaux sont proches par l’échelle, la maturité du modèle et la simplicité du costume. Leur circulation en ligne sous des titres génériques — « petit autoportrait », « autoportrait au béret », « Rembrandt vers 1655 » — favorise les confusions. Pour les distinguer, le support est décisif : toile à Édimbourg, noyer à Vienne. Les dimensions et le numéro d’inventaire complètent l’identification.
Le mot « 1655 » désigne ici l’œuvre d’Édimbourg ; il ne doit pas transformer toutes les datations voisines en certitudes.

Une coiffe ancienne, pas un simple accessoire quotidien
Rembrandt porte fréquemment des bérets, bonnets et coiffes dans ses autoportraits. Le Metropolitan Museum rappelle que le bonnet de velours apparaît dans plusieurs de ses images, tandis que le Rijksmuseum note que ce type de couvre-chef était déjà associé à une mode ancienne. Chez lui, le béret fonctionne comme un instrument de variation visuelle et comme un signe de l’artiste.
En 1640, il complète une tenue somptueuse inspirée des maîtres de la Renaissance. Il contribue à présenter le peintre comme l’égal de Titien ou Raphaël. En 1655, le tissu noir absorbe davantage la lumière et s’accorde au manteau sombre. Sa large forme ne proclame plus le luxe ; elle encadre la tête et donne de l’ampleur à une image très rapprochée.
Il serait donc excessif d’y reconnaître automatiquement la tenue exacte portée chaque jour dans l’atelier. Le béret peut être réel et disponible, tout en jouant un rôle historique et symbolique. Rembrandt ne se contente pas de se regarder : il choisit comment un peintre doit apparaître.
Trois prolongements de la maturité



La toile d’Édimbourg n’est donc pas un épisode isolé. Elle se situe au début d’une séquence où Rembrandt varie l’échelle, le costume et la densité de peinture sans abandonner le face-à-face. La maturité ne produit pas une formule unique : elle ouvre plusieurs solutions, de la proximité silencieuse à la monumentalité.
Une palette courte, une surface très active
Le tableau repose sur une gamme réduite : noir brun du béret, terres chaudes du vêtement et du fond, rouge assourdi, crème, rose et gris dans la peau. Cette économie rend chaque variation importante. Un accent clair sur le nez avance ; une demi-teinte froide creuse la joue ; une bordure rouge réchauffe l’ensemble sans devenir décorative.
La matière ne semble pas également achevée partout. Le visage reçoit le plus d’attention, tandis que le vêtement et le fond peuvent être plus synthétiques. Ce contraste n’est pas une négligence : il guide le regard. Rembrandt construit la présence par degrés de précision et d’épaisseur, plutôt que par une finition uniforme.
Ce que l’œil perçoit
Touches visibles, passages fondus, contours absorbés par l’ombre, lumière chaude et concentration du travail autour des yeux, du nez et de la bouche.
Ce qu’il faut éviter d’inventer
Sans dossier technique publié spécifiquement pour chaque zone de l’œuvre, il ne faut pas affirmer la composition exacte des pigments ni attribuer chaque irrégularité à un repentir.

Du béret au peintre en action
À Kenwood, l’artiste apparaît avec palette, pinceaux et appui-main devant deux formes circulaires dont le sens reste discuté. La coiffe demeure, mais l’identité professionnelle n’a plus besoin d’être seulement suggérée : les outils la rendent visible. Le corps plus grand et le fond clair donnent à l’image une ampleur que le petit tableau d’Édimbourg concentrait dans la tête.
La comparaison révèle une continuité essentielle. Dans les deux œuvres, l’autorité ne dépend pas d’un sourire, d’une décoration honorifique ou d’un intérieur luxueux. Elle naît du contrôle de la pose et de la peinture. Rembrandt peut paraître sobre, âgé ou vêtu pour le travail sans renoncer à se placer dans l’histoire de l’art.
Les cercles ont été rapprochés de la légende de Giotto, capable de tracer une forme parfaite, mais English Heritage maintient l’interprétation ouverte. Cette prudence vaut aussi pour Édimbourg : le regard nous sollicite, sans fournir la légende psychologique que nous voudrions parfois lui imposer.
Ce que le tableau établit — et ce qu’il suggère seulement
Faits établis
- La National Galleries Scotland attribue l’œuvre à Rembrandt.
- La notice transcrit la date « 165[5] ».
- Le support est une toile et l’image mesure 53 × 43 cm.
- L’œuvre est conservée à Édimbourg dans le cadre du Bridgewater Collection Loan.
- Le peintre porte un béret sombre et un vêtement au col relevé.
Interprétations prudentes
- Le béret peut affirmer l’identité de l’artiste et rappeler les maîtres anciens.
- Le regard peut paraître grave, attentif ou introspectif, sans qu’une émotion soit prouvée.
- Les traces de l’âge peuvent participer à une stratégie de vérité picturale destinée aux amateurs.
- La situation financière de Rembrandt éclaire le contexte, mais ne traduit pas automatiquement l’expression.
- La proximité avec des autoportraits de 1657–1659 nourrit le débat chronologique sans annuler la notice du musée.
En 1669, le regard reste une construction
Dans l’Autoportrait à l’âge de 63 ans, peint l’année de sa mort, Rembrandt garde un béret et un manteau sombre, mais la matière est plus libre et le buste plus ample. La National Gallery a montré par radiographie que les mains et la coiffe avaient changé pendant l’exécution. Même face au miroir, l’artiste ne copie jamais passivement.
Le tableau d’Édimbourg annonçait déjà cette logique : costume réduit à quelques masses, lumière concentrée sur le visage et expression impossible à traduire par un seul mot. Quatorze ans plus tard, la peinture devient plus épaisse, mais le problème reste le même — fabriquer une présence crédible sans fermer son sens.
La maturité de 1655 ne doit donc pas être lue comme une arrivée immobile. Elle marque un seuil. Rembrandt a trouvé une image suffisamment simple pour pouvoir la transformer encore, jusqu’aux derniers mois de sa vie.

Huit autoportraits pour situer 1655
| Date | Œuvre | Institution | Fonction du béret ou de la coiffe | À regarder |
|---|---|---|---|---|
| 1640 | Autoportrait à 34 ans | National Gallery | Prestige historique | Pose, manche, parapet |
| 1652 | Grand Autoportrait | KHM, Vienne | Coiffe sobre sur corps frontal | Mains aux hanches, silhouette |
| 165[5] | Autoportrait | Scottish National Gallery | Cadre noir autour du visage | Yeux, col, transitions de peau |
| vers 1655–1657 | Petit Autoportrait | KHM, Vienne | Proximité quotidienne | Support en noyer, format réduit |
| 1658 | Autoportrait monumental | Frick Collection | Large béret d’autorité | Échelle, canne, costume doré |
| 1659 | Autoportrait | National Gallery of Art | Béret sombre retravaillé | Col relevé, mains jointes |
| 1660 | Autoportrait | Metropolitan Museum | Bonnet sur matière sculptée | Empâtements et incisions |
| 1669 | Autoportrait à 63 ans | National Gallery | Béret et dernier rôle construit | Repentirs, visage, mains |
Quatre étapes pour suivre cette évolution
Les conditions d’accrochage peuvent changer : vérifiez toujours la page du musée avant le déplacement.
Édimbourg
La Scottish National Gallery expose l’autoportrait NGL 072.46 en prêt de la Bridgewater Collection.
Vienne
Le Kunsthistorisches Museum conserve le grand autoportrait de 1652 et le petit panneau vers 1655–1657.
New York et Washington
La Frick, le Metropolitan Museum et la NGA permettent de comparer les solutions de 1658 à 1660.
Londres
Kenwood House conserve les deux cercles ; la National Gallery présente l’autoportrait de 63 ans.
Comment regarder l’autoportrait de 1655
Commencez par la silhouette
Regardez comment béret et col forment deux masses sombres autour d’un visage plus clair.
Comparez les deux yeux
Notez leur différence de netteté et de lumière avant de nommer une émotion.
Suivez les températures
Repérez roses, ocres, gris et bruns : la peau n’est jamais une couleur uniforme.
Changez de distance
De près, observez les touches ; en reculant, voyez comment elles redeviennent chair et regard.
Testez le rôle du costume
Demandez ce que le béret ajoute à l’identité professionnelle du peintre.
Séparez preuve et récit
Distinguez date, support et dimensions des hypothèses sur la tristesse ou la fierté.
Retrouver exactement l’autoportrait d’Édimbourg
La boutique propose une reproduction correspondant à l’œuvre NGL 072.46 de la Scottish National Gallery. La collection générale permet ensuite de comparer cette maturité sobre aux autoportraits de jeunesse, aux images d’atelier et aux œuvres tardives.
Voir la reproduction de l’Autoportrait de 1655Explorer les autoportraits de RembrandtFAQ sur l’autoportrait de Rembrandt de 1655
Où se trouve l’autoportrait de Rembrandt de 1655 ?
Il est conservé à la Scottish National Gallery d’Édimbourg, en prêt de la Bridgewater Collection, sous le numéro NGL 072.46.
La date de 1655 est-elle certaine ?
Le musée transcrit la date « 165[5] », avec crochets autour du dernier chiffre. Il présente l’œuvre comme datant de 1655, tout en rendant visible cette incertitude de lecture.
Quelles sont les dimensions et la technique ?
Il s’agit d’une huile sur toile. L’image mesure 53 × 43 cm selon la notice de la National Galleries Scotland.
Pourquoi Rembrandt porte-t-il un béret ?
Le béret, déjà ancien au XVIIe siècle, lui permet de dialoguer avec l’image des maîtres de la Renaissance et devient un signe récurrent de son identité d’artiste.
Le tableau montre-t-il Rembrandt triste ?
Le regard peut sembler grave ou introspectif, mais le tableau ne prouve pas une émotion déterminée. Le costume, la lumière et la pose sont construits.
Est-ce le même tableau que le Petit Autoportrait de Vienne ?
Non. Édimbourg conserve une huile sur toile de 53 × 43 cm ; Vienne possède une huile sur noyer d’environ 48,8 × 40,5 cm datée vers 1655–1657.
L’attribution à Rembrandt est-elle contestée ?
La notice actuelle de la National Galleries Scotland l’attribue à Rembrandt. L’incertitude principale signalée ici concerne surtout la lecture exacte de la date.
Existe-t-il une reproduction exacte dans la boutique ?
Oui. Le produit lié dans l’article correspond à l’autoportrait NGL 072.46 d’Édimbourg et l’identifie comme une œuvre de Rembrandt.
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Références muséales et institutionnelles
- National Galleries Scotland — Self-portrait, 165[5], NGL 072.46
- Kunsthistorisches Museum — Grand Autoportrait, 1652
- Kunsthistorisches Museum — Petit Autoportrait, vers 1655–1657
- Frick Collection — Self-Portrait, 1658
- National Gallery of Art — Self-Portrait, 1659, notice technique
- Metropolitan Museum of Art — Self-Portrait, 1660
- English Heritage — Autoportrait aux deux cercles
- National Gallery — Autoportrait à l’âge de 63 ans, 1669
Les neuf reproductions du corps de l’article sont différentes et servies depuis la médiathèque Shopify.
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