Gustav Klimt · paysage · vers 1904–1905

Rosiers sous les arbres : lumière filtrée et mosaïque végétale

Dans ce carré presque sans ciel, trois rosiers se glissent sous trois pommiers. Klimt ne décrit pas un jardin plante par plante : il transforme feuilles, fleurs et lumière en une surface vibrante où l’espace semble respirer par petites touches colorées.

Rosiers sous les arbres de Gustav Klimt, reproduction du tableau carré
Œuvre étudiéeRosiers sous les arbres, huile sur toile, 110 × 110 cm, vers 1904–1905. Restituée aux héritiers de Nora Stiasny ; collection privée.
Vers 1904–1905Datation généralement retenue
110 × 110 cmUn format strictement carré
Huile sur toileTouche fragmentée et dense
AtterseeLe paysage comme laboratoire
Collection privéeAprès restitution aux héritiers

Réponse directe

Pourquoi ce jardin paraît-il éclairé de l’intérieur ?

Parce que Klimt évite le grand soleil frontal et les ombres profondes. La lumière traverse les couronnes des pommiers, se fragmente dans le feuillage puis réapparaît sous forme de petites notes jaunes, vert clair, roses et blanches. Elle n’éclaire pas les objets de l’extérieur : elle semble circuler entre les touches.

Le peintre réduit aussi la profondeur. Les troncs courts donnent quelques repères, mais les masses végétales s’emboîtent comme les pièces d’une tapisserie. Les trois rosiers du premier plan ne sont pas posés devant un décor : ils appartiennent au même réseau coloré que les trois grandes couronnes d’arbres.

Premier regard

Trois rosiers

Leur floraison basse anime le bord inférieur et introduit des accents roses et blancs.

Structure

Trois pommiers

Leurs couronnes ovales ferment l’espace et constituent l’architecture principale.

Atmosphère

Un ciel minuscule

La petite ouverture en haut à droite suffit à situer le jardin sans rompre son immersion.

Rosiers sous les arbres photographié au musée d’Orsay avant sa restitution
Vue documentaire. Le tableau photographié lors de sa présentation au musée d’Orsay, avant la restitution. Le cadre permet de mesurer l’effet du carré et la densité de la surface végétale.

Architecture du regard

Un carré sans point de fuite

Le format carré refuse toute direction dominante. Ni panorama horizontal, ni élévation verticale : l’image se déploie dans toutes les directions avec une stabilité presque architecturale. Le spectateur n’entre pas par une allée ; il se trouve immédiatement face à un mur vivant.

La composition reste pourtant très construite. Les trois couronnes d’arbres occupent la moitié supérieure ; leurs troncs étroits descendent vers les rosiers. À droite, un petit triangle de ciel et une colline lointaine créent une respiration. Sans cette échappée, la surface deviendrait totalement décorative.

1

Une masse supérieure

Les arbres forment une canopée continue, mais leurs couronnes restent lisibles comme trois volumes emboîtés.

2

Une bande florale basse

Les rosiers allègent le premier plan et interrompent la monotonie du vert par des rythmes plus fins.

3

Une profondeur comprimée

Les superpositions indiquent l’espace, tandis que la touche uniforme rapproche chaque plan de la surface.

Lumière filtrée

Le soleil devient une poussière de couleur

Klimt ne peint ni rayon spectaculaire ni ombre noire. Il fait sentir la lumière par des écarts de température et de valeur : un vert plus jaune, une rose plus pâle, un bleu-vert soudain plus froid.

Pommier II de Gustav Klimt
Pommier II. Dans un autre verger, Klimt utilise déjà le tronc comme axe et les fruits comme points colorés dispersés dans un champ végétal.

Le feuillage agit comme un filtre. Chaque touche reçoit une quantité différente de lumière, si bien que le vert cesse d’être une couleur unique. Il devient une famille : olive, émeraude, sauge, bleu-vert, jaune acide et gris argenté.

Les roses jouent un rôle décisif. Elles attirent d’abord l’œil par contraste, puis l’obligent à revenir vers les feuillages où des teintes proches se cachent. Ce mouvement répété — fleur, feuille, fleur — transforme la lecture en parcours plutôt qu’en identification immédiate.

Cette méthode doit davantage à l’impressionnisme et au postimpressionnisme qu’au naturalisme académique. Mais Klimt ne suit pas une division scientifique de la couleur. Ses petites marques varient librement, deviennent parfois des virgules, parfois des écailles ou des ponctuations.

Palette observée

Une mosaïque végétale, pas un vert uniforme

À distance, le tableau semble dominé par le vert. De près, sa stabilité repose sur une multitude de variations qui font avancer ou reculer les feuilles sans recourir à un modelé traditionnel.

Vert profondDonne du poids aux zones abritées.
Vert mousseRelie les différents plans du jardin.
Rose carminFixe les accents floraux les plus nets.
Rose poudréCapte la lumière sans devenir blanc.
Jaune doréSuggère les éclaircies dans le feuillage.
Important : parler de « mosaïque » décrit l’effet visuel, pas la technique matérielle. Klimt travaille ici à l’huile sur toile ; les tesselles sont des touches peintes, irrégulières et vivantes.

Trois comparaisons utiles

Du jardin respirant au tapis presque abstrait

Ces paysages montrent que Klimt ne répète pas une formule : il déplace l’équilibre entre profondeur, structure végétale et intensité décorative.

Le paysage vécu

Litzlberg et l’Attersee : un laboratoire d’été

Entre 1904 et 1907, Klimt passe ses étés à Litzlberg, sur l’Attersee. Les environs lui offrent vergers, prairies fleuries, plans d’eau et architectures isolées : autant de motifs qu’il cadre avec une concentration presque photographique.

Vue actuelle de l’Attersee et du château de Litzlberg
L’Attersee aujourd’hui. La lumière du lac, les rives boisées et les changements atmosphériques éclairent le contexte de ses paysages, sans prétendre identifier l’emplacement exact du jardin.
Emilie Flöge et Gustav Klimt à l’Attersee en 1909
Emilie Flöge et Gustav Klimt à l’Attersee, 1909. Une photographie de Heinrich Böhler qui documente le rythme estival de l’artiste dans la région.

Le repos n’est pas l’absence de travail. Klimt observe, cadre et simplifie. Les paysages d’Attersee lui permettent de déplacer vers la nature des questions déjà présentes dans ses portraits : comment faire tenir une profusion de motifs dans une surface unifiée ? Comment opposer une structure claire à une matière visuelle foisonnante ?

Le croquis associé à Rosiers sous les arbres se trouve dans le carnet rouge de Sonja Knips, utilisé entre 1897 et 1905. Il confirme que le tableau résulte d’une élaboration construite, même si la touche finale paraît spontanée.

Histoire de propriété

De Victor Zuckerkandl à la restitution aux héritiers de Nora Stiasny

La beauté du jardin ne doit pas masquer son histoire au XXe siècle. Le tableau est aussi un cas important de recherche de provenance et de réparation des spoliations nazies.

1911Acquisition

Victor Zuckerkandl achète l’œuvre, alors connue sous le titre de Pommier.

1938Vente forcée

Après l’Anschluss, Nora Stiasny est contrainte de la céder très en dessous de sa valeur afin de tenter de fuir.

1980Entrée à Orsay

La France acquiert le tableau pour le musée d’Orsay, sans que toute son histoire de propriété soit alors établie.

2021–2022Restitution

Après de nouvelles recherches, l’œuvre est restituée aux héritiers de Nora Stiasny. Elle appartient aujourd’hui à une collection privée.

Pourquoi la précision compte : certains catalogues ou anciennes pages indiquent encore « musée d’Orsay ». Il faut aujourd’hui distinguer l’ancienne conservation publique de la situation actuelle : le tableau a été restitué et n’est plus exposé en permanence à Orsay.

Nora Stiasny, nièce de Victor et Paula Zuckerkandl, avait reçu l’œuvre dans le cadre de la succession familiale. En 1942, elle fut assassinée avec sa mère, son mari et son fils. La restitution annoncée par le musée d’Orsay en mars 2021 résulte de recherches croisées menées en France et en Autriche.

L’enquête a également permis de corriger une confusion antérieure avec Pommier II, restitué par l’Autriche en 2001 aux héritiers Stiasny avant que des recherches de 2017 ne concluent qu’il ne s’agissait probablement pas de l’œuvre possédée par Nora. Ce dossier montre combien titres anciens, photographies, ventes et archives familiales doivent être confrontés avec prudence.

Continuer le jardin

Reproductions et paysages de Klimt à associer

Pour une décoration cohérente, privilégiez un ensemble de formats carrés et laissez les verts dialoguer. Les images ci-dessous sont toutes différentes de celles déjà montrées dans l’article.

Questions fréquentes

Rosiers sous les arbres en huit réponses

Quand Klimt a-t-il peint Rosiers sous les arbres ?

L’œuvre est généralement datée vers 1904–1905. Le croquis conservé dans le carnet rouge de Sonja Knips, utilisé jusqu’en 1905, soutient cette datation.

Quelles sont les dimensions du tableau ?

La toile mesure 110 × 110 cm. Ce format carré contribue à l’équilibre sans direction dominante et rapproche le paysage d’une tapisserie.

Quels arbres sont représentés ?

Les sources de référence identifient trois pommiers à l’arrière-plan, devant lesquels se déploient trois petits rosiers.

Le tableau est-il pointilliste ?

Il montre une influence du pointillisme et du postimpressionnisme, mais Klimt n’applique pas une méthode scientifique stricte. Ses touches restent libres, irrégulières et adaptées à chaque élément.

Le tableau est-il encore au musée d’Orsay ?

Non. L’œuvre, longtemps conservée au musée d’Orsay, a été restituée aux héritiers de Nora Stiasny en 2021–2022. Elle se trouve aujourd’hui dans une collection privée.

Pourquoi voit-on si peu de ciel ?

Klimt veut produire une sensation d’immersion sous les arbres. La petite ouverture en haut à droite suffit à donner un horizon tout en maintenant la densité de la canopée.

Où le paysage a-t-il probablement été étudié ?

Le tableau est associé aux étés de Klimt à Litzlberg, sur l’Attersee, où il peint des prairies et jardins proches du Bräuhof. L’emplacement exact du motif ne doit toutefois pas être affirmé sans preuve.

Comment choisir une reproduction ?

Conservez le format carré afin de respecter la composition. Dans une pièce claire, un cadre en bois naturel, brun sombre ou vert profond laisse les roses jouer leur rôle d’accent sans concurrencer le tableau.

Faire entrer la lumière filtrée de Klimt dans votre intérieur

Découvrez la reproduction de Rosiers sous les arbres, puis comparez les autres vergers et jardins carrés de l’artiste pour composer un ensemble cohérent.

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