Gustav Klimt · 1916–1917 · Plaisance
Portrait d’une dame : vol, redécouverte et double portrait caché
Une jeune femme se retourne sur un fond vert. Sous son visage en existe pourtant un autre. Volée en 1997 puis retrouvée vingt-trois ans plus tard dans un mur de son propre musée, cette toile tardive de Klimt possède deux histoires et deux images.

Réponse directe
Pourquoi le Portrait d’une dame est-il si célèbre ?
Le Portrait d’une dame — Ritratto di signora en italien — est une huile sur toile peinte par Gustav Klimt vers 1916–1917. L’œuvre appartient à la Galleria d’arte moderna Ricci Oddi de Plaisance, en Italie. Son importance vient autant de son langage tardif que de son histoire matérielle exceptionnelle.
En 1996, Claudia Maga, lycéenne de Plaisance, remarque que le visage et la pose ressemblent fortement à un portrait plus ancien de Klimt connu seulement par une photographie. Des analyses confirment que la toile visible recouvre une première peinture. Un an plus tard, au moment où le musée prépare une exposition autour de cette découverte, le tableau disparaît.
Le vol reste inexpliqué. Pendant près de vingt-trois ans, fausses pistes et déclarations douteuses se multiplient. Puis, en décembre 2019, des jardiniers dégagent du lierre sur un mur extérieur du musée. Derrière une petite porte sans serrure, ils découvrent un sac en plastique contenant une toile. Les examens établissent qu’il s’agit bien du Klimt volé.
Deux peintures
Klimt transforme une première jeune femme en un nouveau portrait sans changer la toile.
Un vol opaque
Le cadre sur le toit et la proximité d’une lucarne n’ont jamais suffi à expliquer la disparition.
Un retour intact
Les cachets et marques au revers, puis les examens, permettent d’authentifier l’œuvre retrouvée.
La découverte de 1996
Un portrait peint sur un autre portrait
La comparaison ne montre pas deux femmes simplement ressemblantes. Elle révèle comment Klimt a gardé un visage et une orientation générale tout en reconstruisant le vêtement, les cheveux et l’environnement coloré.


Même inclinaison générale, regard latéral et volume des joues : c’est l’indice qui a déclenché la comparaison.
Le grand chapeau du premier état est remplacé par une masse de cheveux noirs qui resserre la tête.
L’étole sombre devient une blouse claire, fleurie, construite par des touches rapides et colorées.
L’espace brun et dense laisse place à un vert lumineux qui rapproche la figure du spectateur.
Claudia Maga ne dispose pas d’une radiographie sous les yeux lorsqu’elle formule son intuition. Elle rapproche la toile de Plaisance d’une photographie du tableau plus ancien, alors considéré comme perdu. L’hypothèse est ensuite soumise à des examens scientifiques qui confirment la présence de la première composition.
Cette découverte ne permet pas de nommer les modèles. La formule selon laquelle Klimt aurait recouvert le portrait d’une amante morte est souvent répétée, mais elle n’est pas établie par un document décisif. La lecture la plus solide reste matérielle : Klimt réemploie une toile déjà peinte et transforme profondément l’identité visuelle de la figure.

Lecture guidée
Une présence construite par la couleur, non par l’or
Le tableau appartient aux dernières années de Klimt. La surface ne repose plus sur les réseaux métalliques continus du Baiser ou d’Adèle Bloch-Bauer I. Le fond vert est posé de manière visible, avec des variations qui empêchent l’aplat de devenir neutre.
Le visage se situe légèrement au-dessus du centre. Le buste pivote vers la droite tandis que la tête revient vers le spectateur. Cette torsion crée une présence immédiate : la jeune femme semble surprise au moment où elle se retourne.
La blouse fleurie absorbe plusieurs couleurs du tableau. Des roses, des jaunes, des blancs et des verts y circulent sans contour uniforme. Le vêtement sert ainsi de transition entre la peau claire, les cheveux noirs et le fond. L’unité ne vient pas d’un dessin fermé, mais d’une répétition de touches.
Les contours restent plus fermes autour des yeux, de la bouche et du menton. Klimt réserve donc la précision à ce qui porte l’identité. Tout le reste — fond, tissu, bijoux, cheveux — peut vibrer et se défaire.
1997–2020
Du vol à la restitution : une chronologie sans scénario définitif
Les dates sont connues. Le mode opératoire et l’identité des responsables ne le sont pas. L’histoire réelle est donc plus prudente — et plus étrange — que les versions romancées.
Le portrait caché
Claudia Maga rapproche la toile visible d’un ancien portrait de jeune femme. Les analyses confirment que Klimt a peint une image sur l’autre.
La disparition
Le musée découvre que le tableau a été volé pendant la préparation d’une exposition. Les circonstances exactes ne sont jamais clarifiées.
Le cadre sur le toit
Le cadre est retrouvé près d’une lucarne. Cette scène spectaculaire peut correspondre à une sortie, à une mise en scène ou à une fausse piste.
Le sac dans le mur
Des jardiniers retirant du lierre découvrent une cavité fermée par une petite porte. Un sac en plastique contient le tableau.
L’authentification
Les examens de la toile, de son revers, des sceaux et des marques conduisent les experts à confirmer qu’il s’agit de l’original volé.
Le retour
L’œuvre est officiellement rendue à la Galleria Ricci Oddi, avant de retrouver le public dans des expositions consacrées à Klimt.

Le chef-d’œuvre retrouvé
Le retour au musée transforme l’enquête en objet d’exposition
Après l’authentification, le tableau n’est pas présenté comme si rien ne s’était passé. Son absence, son retour et son double fond deviennent une partie de sa réception. Les expositions peuvent désormais juxtaposer l’œuvre, l’ancienne photographie du premier portrait et le récit de la découverte.
Cette histoire change également la manière de regarder la surface. Les visiteurs savent qu’une autre image subsiste sous la couche visible. Chaque contour devient potentiellement ambigu : appartient-il entièrement à la figure de 1916–1917, ou reprend-il une structure déjà en place ?
L’œuvre a notamment été présentée au Museo di Roma dans le cadre de l’exposition consacrée à Klimt et à l’Italie. Les vues d’installation rappellent son échelle réelle : avec 60 × 55 cm, le tableau est plus intime que de nombreux grands portraits mondains du peintre.
Voir l’œuvre
À la Galleria Ricci Oddi de Plaisance
Giuseppe Ricci Oddi acquiert le tableau en 1925 pour sa collection. La galerie qu’il offre à sa ville ouvre au public en 1931. Le portrait de Klimt y occupe une place singulière au sein d’un ensemble principalement consacré à l’art italien des XIXe et XXe siècles.
L’accrochage peut changer en fonction des prêts et des expositions. Avant un déplacement, vérifiez les informations du musée. Devant l’œuvre, commencez à deux ou trois mètres pour lire le fond vert et la torsion du buste, puis approchez-vous des yeux, du collier et des fleurs du vêtement.
La photographie agrandie révèle les gestes du pinceau, mais elle ne remplace pas la perception de la surface. Les différences de matité et de densité entre visage, cheveux, fond et blouse deviennent plus nettes face à la toile.

La dernière manière de Klimt
Trois œuvres pour situer la liberté tardive
Le Portrait d’une dame n’est pas une anomalie isolée. Autour de 1916–1918, Klimt remplace souvent la continuité de l’or par des fonds ouverts, des couleurs franches et des passages volontairement visibles.

Amalie Zuckerkandl
Le visage précis surgit d’un corps et d’un fond encore ouverts. L’œuvre montre comment Klimt hiérarchise volontairement l’achèvement.

Danseuse avec cape
Les fleurs, la peau, le vert et les étoffes se rencontrent par touches. La figure est tenue par la couleur autant que par le dessin.

La Mariée
Cette vue réelle de musée montre une composition tardive restée en chantier, où groupes, tissus et figures se forment à des degrés différents.
| Élément | Période dorée | Portrait d’une dame | Effet produit |
|---|---|---|---|
| Fond | Or, mosaïque, surface fermée | Vert modulé et visible | Une atmosphère plus mobile |
| Contour | Formes enchâssées dans l’ornement | Contour ferme au visage, plus libre ailleurs | Le regard porte l’identité |
| Vêtement | Motifs réguliers et symboliques | Fleurs peintes par touches | Une matière plus picturale |
| Lumière | Réflexion métallique | Contraste de couleurs | Une présence moins cérémonielle |
Œuvres et collections liées
Du portrait retrouvé aux grands visages de Klimt
Ces sélections renvoient vers les reproductions et collections disponibles dans la boutique. Chaque fiche indique les formats et les options de réalisation.
Œuvre principale · 1916–1917Portrait de femmeRetrouvez la figure au fond vert et sa blouse fleurie dans la fiche consacrée à la reproduction.
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Période dorée · 1907Adèle Bloch-Bauer IUn contrepoint essentiel pour mesurer le passage de l’or continu à la couleur tardive.
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Portrait tardif · 1916–1917La DanseuseUne autre figure reconstruite par les fleurs, les étoffes et un état matériel complexe.
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Portraits, Klimt et Art nouveau
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Documentation vérifiée
Sources principales
Belvedere · Google Arts & Culture
Dossier institutionnel sur la datation, l’achat par Ricci Oddi, le portrait sous-jacent, le vol, la redécouverte et le retour de l’œuvre.
Lire le dossier →Museo di Roma
Notice de l’exposition, synthèse de la découverte de Claudia Maga, dates du vol et de la redécouverte, photographies réelles de l’accrochage.
Consulter la notice →Google Arts & Culture · fiche de l’œuvre
Titre, auteur, datation, dimensions, technique et collection de conservation.
Voir l’œuvre en détail →Wikimedia Commons
Image haute définition du tableau, reconstitution du premier état et photographies de la Galleria Ricci Oddi.
Voir les fichiers →Crédits visuels : œuvres de Gustav Klimt dans le domaine public via Wikimedia Commons ; photographies d’exposition fournies par le Museo di Roma ; façade et jardin de la Galleria Ricci Oddi via Wikimedia Commons selon les licences indiquées sur chaque fichier ; images des reproductions via Alpha Reproduction. Chaque adresse d’image visible est utilisée une seule fois dans le corps de l’article.
Questions fréquentes
Le Portrait d’une dame en huit réponses
Quand Klimt a-t-il peint le Portrait d’une dame ?
L’œuvre visible est datée de 1916–1917. Elle recouvre un premier portrait généralement situé vers 1910.
Qui est la femme représentée ?
L’identité du modèle n’est pas établie avec certitude. Il faut éviter de présenter comme un fait la légende d’une amante morte.
Comment le double portrait a-t-il été découvert ?
En 1996, Claudia Maga, lycéenne de Plaisance, a rapproché le visage et la pose de la toile d’une ancienne photographie montrant un portrait de Klimt considéré comme perdu. Des examens ont confirmé le réemploi de la toile.
Quand le tableau a-t-il été volé ?
La disparition a été découverte le 22 février 1997 à la Galleria Ricci Oddi, pendant la préparation d’une exposition.
Où le tableau a-t-il été retrouvé ?
Le 10 décembre 2019, des jardiniers ont trouvé la toile dans un sac en plastique, à l’intérieur d’une petite cavité aménagée dans un mur extérieur du musée et masquée par du lierre.
Le voleur a-t-il été identifié ?
Non. Les circonstances exactes du vol, de la cache et d’un éventuel déplacement ultérieur de la toile restent non résolues publiquement.
Où voir le Portrait d’une dame ?
L’œuvre appartient à la Galleria d’arte moderna Ricci Oddi de Plaisance, en Italie. Il est conseillé de vérifier l’accrochage avant la visite.
Existe-t-il une reproduction du tableau ?
Oui. La boutique Alpha Reproduction propose une fiche « Portrait de femme – Gustav Klimt » et plusieurs collections consacrées aux portraits et à Klimt.
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