Le laboratoire sur papier

Les dessins et croquis de Léonard de Vinci

Guide complet des techniques, sujets, carnets et feuilles majeures d’un artiste qui dessinait pour voir, concevoir et comprendre.

Étude de mains de femme par Léonard de Vinci
Étude de mains de femme, vers 1490, pointe métallique et rehauts, Royal Collection.
Près de 600Dessins conservés dans la Royal Collection
1473Premier dessin daté connu : un paysage
283 foliosRéunis dans le Codex Arundel
Plus de 40 ansD’observation et d’expérimentation graphique

Pourquoi sont-ils essentiels ?

La partie la plus vaste de son œuvre

Les peintures reconnues de Léonard de Vinci sont peu nombreuses. Ses dessins, en revanche, documentent presque tous les domaines qu’il étudie : figures humaines, draperies, animaux, plantes, paysages, machines, fortifications, eau, optique, anatomie et cartographie.

Il ne sépare pas nettement le croquis artistique du schéma scientifique. Une même feuille peut accueillir une tête, un engrenage, une note de dépense et une hypothèse sur le mouvement. Cette juxtaposition n’est pas du désordre : elle montre une pensée qui procède par comparaison visuelle.

La clé de lecture : un dessin de Léonard peut préparer une œuvre, enregistrer une observation, tester une idée ou servir d’outil de raisonnement. Sa fonction compte autant que sa beauté.

Matériaux et techniques

Quatre manières de construire une feuille

Léonard dispose d’une gamme limitée de matériaux, mais les combine avec une grande liberté. Les analyses techniques révèlent souvent plusieurs étapes invisibles à l’œil nu.

1

Pointe métallique

Un stylet, souvent d’argent, trace sur un papier enduit d’une préparation abrasive. La ligne fine ne s’efface pas et oblige à une grande maîtrise.

2

Plume et encre

La plume d’oie permet des traits rapides, des hachures et des écritures serrées. L’encre ferro-gallique, noire à l’origine, a souvent bruni avec le temps.

3

Sanguine et pierre noire

À partir des années 1490, les craies rouges et noires permettent des modelés plus souples, des ombres fondues et une étude sensible des chairs.

4

Lavis et rehauts

L’encre diluée pose de grandes ombres ; la craie blanche éclaire les papiers teintés. Léonard superpose parfois plusieurs médiums sur une même feuille.

Les grands sujets

Du cheval au tourbillon

Chaque sujet appelle un vocabulaire graphique différent : lignes de construction pour la mécanique, contours précis pour la botanique, hachures superposées pour l’anatomie.

Études de cheval par Léonard de Vinci
Mouvement animal

Chevaux

Mesures, profils, musculature et allures préparent les monuments Sforza et Trivulzio.

Étoile de Bethléem et plantes dessinées par Léonard de Vinci
Botanique

Plantes

Les feuilles tournent autour de la tige et deviennent des structures vivantes plutôt que des ornements.

Études d’eau en mouvement par Léonard de Vinci
Hydraulique · vers 1510–1513

Eau, vagues et obstacles

Léonard recherche des formes répétables : tourbillons, remous, bulles et cercles qui se propagent.

Fœtus dans l’utérus dessiné par Léonard de Vinci
Anatomie · vers 1511

Le fœtus

Observation, hypothèse et mise en page circulaire donnent à cette feuille une force exceptionnelle.

Études anatomiques du cœur et des vaisseaux par Léonard de Vinci
Anatomie cardiovasculaire

Cœur et vaisseaux

Les dessins associent dissections, sections, schémas et explications du fonctionnement.

Projet de machine volante de Léonard de Vinci
Mécanique du vol

Machines volantes

L’aile d’oiseau devient un problème de force, d’articulation et de contrôle par le corps humain.

Plan d’Imola dessiné par Léonard de Vinci en 1502
Cartographie · 1502

Plan d’Imola

La ville est mesurée et reconstruite en vue verticale avec une précision remarquable.

Étude de physionomies par Léonard de Vinci
Physionomies

Visages et caractères

Profils idéaux, vieillards et déformations explorent le rapport entre apparence, émotion et caractère.

Un Déluge dessiné par Léonard de Vinci
Vers 1517–1518 · dernière période

Le Déluge

Dans onze feuilles visionnaires, roches, eau, vent et nuages se confondent en une catastrophe universelle.

L’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci
L’Homme de Vitruve, pointe métallique, plume, encre et lavis, Gallerie dell’Accademia, Venise.

Comment lire une feuille

Texte, image et correction

Une page de Léonard ne se lit pas toujours de gauche à droite ni comme une composition achevée. Elle conserve les étapes de la recherche.

1
Identifier le médiumPointe métallique, encre ou craie indiquent des vitesses et des fonctions différentes.
2
Repérer les reprisesContours doublés, traits plus sombres et lavis révèlent les choix successifs.
3
Suivre les hachuresLe gaucher Léonard incline souvent ses hachures dans une direction reconnaissable, sans que ce signe suffise seul à authentifier une feuille.
4
Relier texte et dessinLes notes ne légendent pas toujours l’image voisine ; elles peuvent appartenir à une autre étape de la réflexion.
5
Regarder le versoBeaucoup de feuilles sont dessinées des deux côtés et ont été découpées, remontées ou réordonnées après sa mort.

Carnets et codex

Des feuilles dispersées, pas des livres achevés

Le mot « codex » désigne souvent des regroupements constitués après la mort de Léonard. L’ordre actuel ne reflète donc pas toujours son organisation de travail.

Feuillet du Codex Atlanticus de Léonard de Vinci
Biblioteca Ambrosiana · Milan

Codex Atlanticus

La plus vaste réunion de textes et dessins de Léonard : machines, mathématiques, architecture, armes, vol, botanique et notes personnelles sur plusieurs décennies.

British Library · Londres

Codex Arundel

283 folios, datés globalement de 1478 à 1518. Le noyau est une collection commencée à Florence en 1508, décrite par Léonard lui-même comme rassemblée « sans ordre » avant un classement futur.

Victoria and Albert Museum

Codex Forster

Cinq carnets reliés en trois volumes, vers 1487–1505. Ils traitent notamment d’hydraulique, de mécanique, de mesures et de géométrie, avec l’écriture spéculaire caractéristique.

Croquis, étude ou dessin fini ?

Cinq fonctions à distinguer

01

Notation rapide

Quelques lignes captent une pose, une idée mécanique ou une forme aperçue avant qu’elle ne disparaisse.

02

Étude d’après nature

Plante, cheval, visage ou corps disséqué sont observés avec précision et parfois mesurés.

03

Préparation d’une œuvre

Draperies, mains, têtes et compositions testent une solution destinée à une peinture ou une sculpture.

04

Schéma explicatif

Sections, flèches, légendes et vues multiples cherchent à exposer un fonctionnement invisible.

05

Feuille autonome

Certaines études, comme les Déluge, atteignent une intensité visuelle qui dépasse tout projet utilitaire connu.

06

Carton grandeur nature

Un grand dessin peut présenter la composition au commanditaire ou préparer son transfert sur le support final.

Où voir les originaux ?

Les collections essentielles

Les œuvres sur papier sont fragiles : elles ne sont pas exposées en permanence et apparaissent souvent par rotation.

Gallerie dell’Accademia

Venise conserve L’Homme de Vitruve, rarement exposé pour des raisons de conservation.

Voir la notice →

British Library et V&A

Le Codex Arundel est numérisé par la British Library ; le V&A permet d’explorer les Codex Forster.

Explorer le Codex Forster →

Prolonger la découverte

Des études aux peintures

Ces œuvres permettent d’observer comment les recherches graphiques deviennent gestes, visages, draperies et compositions peintes.

Voir toute la collection Léonard de VinciDécouvrir la collection →

Questions fréquentes

Comprendre les dessins de Léonard

Combien de dessins de Léonard de Vinci sont conservés ?

Le nombre dépend de la manière de compter les feuilles recto-verso et les dessins attribués. La Royal Collection conserve à elle seule près de 600 dessins ; d’autres ensembles se trouvent à Paris, Londres, Milan, Venise, Turin et dans plusieurs musées internationaux.

Pourquoi Léonard écrivait-il de droite à gauche ?

Son écriture spéculaire est probablement liée au fait qu’il était gaucher : écrire de droite à gauche limite le frottement de la main sur l’encre fraîche. Ce n’est pas la preuve d’un système destiné à cacher tous ses secrets.

Quelle différence entre un croquis, une étude et un carton ?

Le croquis saisit rapidement une idée ; l’étude approfondit une partie ou un problème ; le carton est un grand dessin de composition, parfois à l’échelle de l’œuvre finale, destiné à la présentation ou au transfert.

L’Homme de Vitruve est-il toujours exposé à Venise ?

Non. Le dessin est très sensible à la lumière et n’est pas exposé en permanence. Il apparaît lors de présentations exceptionnelles, selon les exigences de conservation des Gallerie dell’Accademia.

Les machines de Léonard ont-elles été construites ?

La plupart sont des études, variantes ou projets sur papier. Certains mécanismes utilisent des principes viables, mais un dessin ne prouve pas qu’une machine complète fut construite ou testée par Léonard.

Peut-on consulter ses carnets en ligne ?

Oui. Le Codex Arundel est numérisé par la British Library, les Codex Forster par le Victoria and Albert Museum, le Codex Atlanticus par la Biblioteca Ambrosiana et de nombreux dessins par la Royal Collection.

Sources de référence

Images de feuilles du domaine public via Wikimedia Commons. Datations et techniques rapprochées des notices des institutions conservatrices. Dernière vérification : 28 juillet 2026.

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