Quel était le vrai nom de Léonard de Vinci ?
« Da Vinci » ne signifie pas « de la famille Vinci » au sens d’un patronyme moderne. L’expression rattache Léonard au bourg toscan de Vinci et s’insère dans une manière de nommer où le père, la profession et le lieu comptent autant que le nom de famille.



Il n’avait pas un « nom complet » figé comme le nôtre
Son prénom était Lionardo
Le grand-père Antonio note en 1452 : l’enfant « eut pour nom Lionardo ». La graphie Lionardo est celle que l’artiste emploie lui-même dans plusieurs notes et dans sa souscription de 1483. Leonardo est la forme italienne aujourd’hui normalisée ; Léonard, son adaptation française.
On rencontre dans les documents des formulations plus ou moins longues, notamment Lionardo di ser Piero da Vinci. Elles identifient une personne par son prénom, son père et son origine, sans constituer un état civil moderne.
Forme toscane attestée dans la note de naissance et sous la plume de l’artiste. « Leonardo » en est la normalisation moderne.
« Fils de ser Piero ». Le mot ser est le titre professionnel d’un notaire, pas un second prénom.
« De Vinci » ou « venant de Vinci ». Le toponyme sert déjà à désigner la lignée paternelle.

Le premier document dit : « Ebbe nome Lionardo »
La source fondamentale n’est pas un biographe tardif. Antonio da Vinci, grand-père paternel, inscrit la naissance de son petit-fils au dernier feuillet d’un ancien registre notarial familial. Il précise que l’enfant est le fils de son fils ser Piero, donne l’heure et énumère les témoins du baptême.
Cette note permet de séparer trois choses souvent mélangées : le prénom reçu, Lionardo ; la filiation, par ser Piero ; et l’appartenance territoriale des da Vinci. Elle ne fournit pas une longue chaîne présentée comme un « nom officiel », car ce concept n’existait pas encore sous sa forme contemporaine.

L’artiste se reconnaissait dans la graphie « Lionardo »
La différence entre Leonardo et Lionardo ne révèle pas deux personnes. L’orthographe des noms propres n’était pas encore uniformisée. Les formes pouvaient varier selon la langue du document, le notaire, la région ou le copiste : Lionardo, Leonardo, et en latin Leonardus.
Dans ses propres notes, l’artiste écrit à plusieurs reprises Io Lionardo, « moi, Lionardo ». Le français a retenu Léonard de Vinci ; l’italien et l’anglais modernes préfèrent Leonardo da Vinci. Ces usages sont légitimes dès lors qu’on ne transforme pas da Vinci en patronyme moderne indépendant de son sens.
Que signifie chaque élément ?
Le nom se lit comme une petite phrase généalogique et géographique. La version longue peut remonter plusieurs générations, mais trois éléments suffisent pour identifier l’artiste.
Une formule, pas quatre prénoms
- Lionardo
- Le nom personnel donné à l’enfant.
- di
- « De » au sens de filiation : le fils de.
- ser Piero
- Piero est le père ; ser signale sa qualité de notaire.
- da Vinci
- Une désignation toponymique : de la famille venue ou établie à Vinci.
Une publication officielle consacrée à Léonard dans le duché de Milan donne la chaîne Lionardo di ser Piero di Antonio di ser Piero di ser Guido di ser Michele da Vinci. Elle déroule les ascendants ; ce n’est pas le nom qu’il prononçait chaque fois qu’il se présentait.

« De Vinci », et non « monsieur Da Vinci »
La préposition italienne da marque ici la provenance ou l’association avec un lieu. Leonardo da Vinci signifie littéralement « Leonardo de Vinci ». En français, la traduction traditionnelle a donc produit Léonard de Vinci.
Il serait néanmoins trop simple d’affirmer que da Vinci n’a jamais rien eu d’un nom de famille. Le père, le grand-père et les ancêtres sont eux aussi désignés comme da Vinci. Le toponyme fonctionne déjà comme une appellation familiale transmissible, sans être un patronyme fixé exactement comme ceux de l’état civil actuel.

Pourquoi le titre « ser » compte autant que le lieu
Le père de Léonard, Piero, exerce comme notaire. Dans la Toscane du XVe siècle, ser est une marque professionnelle et sociale utilisée pour les notaires, comparable à une qualification honorifique. Il ne faut pas la traduire mécaniquement par le britannique Sir, titre de chevalerie.
Dire Lionardo di ser Piero situe donc immédiatement l’enfant : il est le fils d’un homme identifié, membre d’une lignée de juristes et de propriétaires. Cette origine facilite son installation à Florence et son entrée dans l’atelier de Verrocchio, même si sa naissance hors mariage l’exclut normalement de la carrière notariale familiale.
Le contraste est fécond : Léonard ne devient pas notaire, mais remplit des milliers de pages. Il transforme l’écriture professionnelle de sa famille en une autre archive, faite de dessins, d’expériences et de projets.
Quatre manières de le nommer
Les variations ne signalent pas une identité incertaine. Elles reflètent le contexte : registre familial, corporation florentine, acte notarié milanais ou note privée.
La note de naissance
Le grand-père Antonio le présente comme le fils de ser Piero et écrit qu’il reçut le nom de Lionardo.
Ebbe nome Lionardo
La corporation des peintres
Le registre de Saint-Luc identifie le jeune professionnel par son père, son lieu et son métier.
Lionardo di ser Piero da Vinci, dipintore
Le contrat milanais
L’acte de La Vierge aux rochers latinise son identité et précise qu’il est florentin.
Magister Leonardus de Vintiis Florentinus
La souscription autographe
Dans le même contrat, Léonard écrit lui-même son nom en langue vernaculaire.
Io Lionardo da Vinci

« Io Lionardo da Vinci » : ce qu’il écrit lui-même
Le contrat conclu à Milan pour le retable de la Confrérie de l’Immaculée Conception est un document capital. Le notaire désigne le peintre en latin ; Léonard ajoute une formule de témoignage en écriture ordinaire, de gauche à droite, alors que ses carnets emploient fréquemment l’écriture spéculaire.
Cette souscription est plus utile qu’une prétendue signature cachée dans un tableau. Léonard ne signe pas systématiquement ses peintures. Les petites lettres supposées découvertes dans la Joconde ou ailleurs sont régulièrement exagérées par des récits sensationnalistes.

Pourquoi sa signature n’est-elle pas en miroir ?
Léonard, gaucher, prend de nombreuses notes de droite à gauche. Le geste peut limiter le passage de la main sur l’encre fraîche et lui convenir naturellement. Il ne s’agit pas d’un code secret universel : il savait écrire dans le sens habituel lorsqu’un texte devait être lu par un notaire, un prince ou un collaborateur.
La souscription de 1483 appartient précisément à cette seconde catégorie. Elle est publique, contractuelle et destinée à faire foi. La forme du nom ne change pas, mais le sens d’écriture s’adapte à la fonction du document.
Français, italien, anglais : quelle forme employer ?
Le choix dépend de la langue du texte. Pour un article français, « Léonard de Vinci » reste la forme la plus naturelle. Dans une notice internationale, « Leonardo da Vinci » est standard.
| Forme | Usage | Commentaire |
|---|---|---|
| Lionardo | Documents toscans et autographes | Forme historiquement proche de celle que l’artiste écrivait lui-même. |
| Leonardo da Vinci | Italien moderne et usage international | Forme standard dans les catalogues et les musées anglophones. |
| Léonard de Vinci | Français | Traduction traditionnelle correcte : prénom francisé et préposition « de ». |
| Da Vinci | Abréviation moderne | Compréhensible, mais historiquement moins précis que « Léonard » employé seul. |
| Leonardus de Vintiis | Latin documentaire | Adaptation grammaticale rencontrée dans des actes officiels. |
« Da » était un titre de noblesse
Non. La préposition indique un lieu d’origine ou d’appartenance. Elle n’équivaut ni à une particule nobiliaire française ni à un titre.
« Vinci » n’était pas du tout un nom de famille
Le toponyme désigne déjà plusieurs générations. Il fonctionne comme nom familial, mais dans un système moins fixe que le nôtre.
Il cachait son vrai nom
Les sources donnent des formes cohérentes. Les différences viennent de l’orthographe, de la langue et du type de document.
Trois tableaux du jeune Lionardo
Ces reproductions permettent de suivre le peintre au moment où les archives florentines commencent à l’identifier comme professionnel. Les liens correspondent à des produits réellement actifs dans la boutique.
Le nom de Léonard en six réponses
Quel était le nom complet de Léonard de Vinci ?
La forme historique la plus utile est « Lionardo di ser Piero da Vinci » : Lionardo, fils du notaire Piero, de Vinci. Une chaîne généalogique plus longue peut citer plusieurs ancêtres, mais elle n’était pas un nom officiel fixe au sens moderne.
Que signifie exactement « da Vinci » ?
En italien, da Vinci signifie « de Vinci » ou « venant de Vinci ». C’est une désignation toponymique devenue familiale au fil des générations.
Son prénom était-il Leonardo ou Lionardo ?
Les premiers documents et plusieurs autographes donnent Lionardo. Leonardo est la forme italienne moderne normalisée ; Léonard est la forme française.
Que signifie « ser » dans « ser Piero » ?
Ser est un titre professionnel porté par les notaires en Toscane. Piero, le père de Léonard, était notaire. Il ne s’agit pas du titre anglais Sir.
Peut-on l’appeler simplement « Da Vinci » ?
C’est courant et compréhensible aujourd’hui, surtout en anglais, mais historiquement « Léonard » est plus précis : da Vinci indiquait l’origine, pas un patronyme autonome exactement comparable aux nôtres.
Léonard signait-il ses tableaux ?
Pas systématiquement. Sa souscription la plus célèbre figure sur le contrat de La Vierge aux rochers en 1483 : « Io Lionardo da Vinci ». Les tableaux eux-mêmes sont généralement attribués par les documents, la provenance et l’étude matérielle.



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