Histoire matérielle · Vandalisme · Conservation
Les attaques contre La Ronde de nuit
Deux agressions au couteau, une attaque à l’acide et près de quatre siècles de réparations : ce que le tableau a réellement subi, ce qui a été restauré et ce que la recherche de 2026 vient de corriger.

Réponse rapide
Trois attaques documentées
La Ronde de nuit a été volontairement attaquée à trois reprises au Rijksmuseum : avec un couteau en 1911, de nouveau avec un couteau le 14 septembre 1975, puis avec de l’acide sulfurique concentré le 6 avril 1990.
01 · Chronologie
Du premier coup de couteau à l’analyse chimique
Un homme frappe le tableau. La couche de vernis absorbe l’essentiel de l’agression et la toile n’est pas gravement ouverte.
Un visiteur lacère la partie inférieure avec un couteau à pain. Certaines coupures traversent complètement le support.
Un homme pulvérise de l’acide sur la zone du mousquetaire rouge. Le personnel rince immédiatement à l’eau déminéralisée.
L’imagerie et les microprélèvements révèlent de l’anglésite et une altération superficielle auparavant sous-estimée.
02 · L’attaque de 1911
Une première alerte, longtemps éclipsée par 1975
En 1911, un visiteur armé d’un couteau s’en prend déjà à l’œuvre. Les sources du Rijksmuseum précisent que, comme lors de l’attaque à l’acide de 1990 selon le diagnostic initial, les dommages visibles concernent surtout le vernis protecteur.
Cet épisode compte pourtant dans l’histoire du musée : il démontre que la célébrité du tableau le transforme très tôt en cible symbolique. Il invite aussi à distinguer une marque dans un vernis, remplaçable, d’une rupture du film de peinture ou de la toile originale.

03 · 14 septembre 1975
Douze coups qui traversent l’image
Le 14 septembre 1975, un visiteur lacère le tableau avec un couteau à pain. Le Rijksmuseum dénombre douze entailles. Elles se concentrent dans la moitié inférieure, traversant notamment des figures, des costumes et des zones d’ombre.
Ce ne sont pas de simples rayures : la toile est ouverte et certains lambeaux se replient. La peinture adhérant aux fibres se soulève, se fragmente ou disparaît par endroits. La restauration doit donc traiter simultanément la structure textile, la couche picturale et la continuité visuelle.

04 · Anatomie des dégâts
Toile, peinture et vernis ne réagissent pas de la même façon

Le support déchiré
Les fils de la toile sont rompus ou déplacés. Il faut remettre les lèvres des coupures bord à bord sans déformer la composition.

La peinture soulevée
Les écailles au bord des entailles risquent de se détacher. Elles doivent être fixées avant toute remise en tension.

La surface interrompue
Après stabilisation, les manques sont comblés et retouchés avec une matière distincte et réversible, limitée aux pertes.

05 · La restauration de 1975–1976
Réparer le support sans effacer son histoire
La campagne de 1975–1976 ne consiste pas à « repeindre » la toile. Les restaurateurs réalignent les déchirures, fixent les fragments, posent une nouvelle toile de doublage au revers et replacent l’ensemble sur un châssis. Le vernis jauni de 1947, déjà jugé cassant avant l’attaque, est retiré et remplacé.
Stabiliser
Empêcher les écailles et fibres déplacées de continuer à se détacher.
Rapprocher
Remettre les bords des douze coupures dans leur position sans créer de bosses.
Renforcer
Appliquer un rentoilage cire-résine et retendre le tableau sur un nouveau châssis.
Réintégrer
Combler puis retoucher seulement les lacunes pour rendre la scène lisible.
06 · Restaurer devant le public
Un chantier visible et documenté
Après l’attaque de 1975, le traitement devient lui-même un événement muséal. Les restaurateurs travaillent avec une documentation détaillée, photographiant et consignant les opérations. Ce dossier constitue aujourd’hui une source majeure pour l’Opération Ronde de nuit.
Le châssis de bois installé lors de cette campagne est resté en place jusqu’au traitement structurel de 2022. Il portait la toile avec 564 semences, avant son remplacement par un châssis d’aluminium à tension contrôlée.

07 · 6 avril 1990
L’acide sulfurique atteint le mousquetaire rouge
Le 6 avril 1990, de l’acide sulfurique concentré est pulvérisé sur une zone d’environ 79 × 52 cm. Les traînées touchent le visage, le cou et le bras droit de Jan van der Heede, le mousquetaire rouge situé à gauche, ainsi que le sergent Reijer Engelen et un bouclier gris.
Le protocole d’urgence est déclenché immédiatement. Le personnel pulvérise de l’eau déminéralisée pour diluer et évacuer l’acide, contrôle le pH, sèche la surface, décroche l’œuvre et l’examine hors cadre. Cette rapidité évite une destruction beaucoup plus profonde.

08 · Ce que 2026 a changé
Le vernis a protégé, mais la peinture n’est pas restée intacte
Conclusion de 1990
L’intervention rapide et l’épaisseur du vernis avaient conduit à penser que l’acide n’avait affecté que les couches de protection superficielles.
Résultat de 2026
Les chercheurs identifient de l’anglésite, un sulfate de plomb formé par réaction entre l’acide et le blanc de plomb, ainsi qu’une surface poreuse et localement fragilisée.
Dans les zones centrales des coulures, l’altération mesurée pénètre approximativement sur 5 à 10 micromètres ; là où l’acide est resté plus longtemps, elle atteint 30 à 40 micromètres. Les sommets de certaines touches sont aplatis ou abrasés, et les traces pourraient devenir plus visibles à mesure que les vernis anciens sont retirés.
09 · Voir l’invisible
Ultraviolet, rayons X et microprélèvements
L’Opération Ronde de nuit combine photographie ultraviolette, fluorescence X, diffraction des rayons X, tomographie par cohérence optique, microscopie et analyses de minuscules coupes de peinture.
Ces méthodes cartographient les éléments chimiques, différencient les vernis, repèrent les produits de corrosion et montrent comment les anciennes retouches se comportent. L’objectif n’est pas seulement de raconter l’attaque : il faut prévoir la réaction de la surface lors du traitement actuel.

10 · Attaque ou accident ?
Ne pas confondre vandalisme, découpe et usure
| Épisode | Nature | Dégât | Réponse |
|---|---|---|---|
| 1715 | Modification volontaire d’accrochage, pas une attaque | Quatre bandes découpées pour adapter le tableau à l’hôtel de ville | Reconstruction numérique à partir de la copie de Lundens |
| 1911 | Vandalisme au couteau | Atteinte surtout superficielle du vernis | Traitement local |
| 1975 | Vandalisme au couteau | Douze déchirures profondes dans la toile et la peinture | Rentoilage, consolidation, masticage, retouches et nouveau vernis |
| 1990 | Vandalisme à l’acide | Vernis attaqué et altérations microscopiques des couches picturales | Rinçage immédiat, contrôle du pH, traitement puis suivi scientifique |
| Vieillissement | Processus naturel et effets d’anciens traitements | Vernis jauni, déformations, tensions inégales et retouches vieillies | Opération Ronde de nuit depuis 2019 |
11 · Opération Ronde de nuit
La restauration actuelle traite aussi l’héritage des attaques
Lancé en 2019, le programme étudie l’ensemble de l’œuvre à une échelle inédite. En 2022, le support a été placé sur un châssis d’aluminium muni de ressorts afin de répartir la tension. Depuis la fin de 2024, l’équipe retire progressivement les couches de vernis appliquées lors des restaurations des années 1970 et 1990.
La méthode principale emploie un tissu microfibre imprégné d’une quantité minimale de solvant. Les résidus plus anciens et certaines retouches sont ensuite retirés sous microscope au coton-tige. Dans la zone touchée par l’acide, la fragilité révélée en 2026 impose une surveillance et pourra nécessiter une consolidation locale.



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Vandalisme et restaurations de La Ronde de nuit
Combien de fois La Ronde de nuit a-t-elle été attaquée ?
Trois fois au Rijksmuseum : au couteau en 1911 et 1975, puis à l’acide sulfurique en 1990.
Quelle attaque a causé les dégâts les plus visibles ?
Celle du 14 septembre 1975, avec douze entailles dont plusieurs traversaient la toile.
Quel couteau a été utilisé en 1975 ?
Les sources du Rijksmuseum parlent d’un couteau à pain.
L’attaque de 1975 est-elle encore visible ?
La restauration a rendu l’image cohérente à distance, mais les cicatrices restent détectables en lumière rasante et par l’imagerie scientifique.
Quel acide a été utilisé en 1990 ?
De l’acide sulfurique concentré, pulvérisé sur une zone située autour du mousquetaire rouge.
Pourquoi l’acide n’a-t-il pas détruit le tableau ?
Le vernis épais, le rentoilage cire-résine et surtout le rinçage immédiat à l’eau déminéralisée ont limité la pénétration.
Seul le vernis a-t-il été touché en 1990 ?
Non. C’était le diagnostic initial, mais l’étude de 2026 a identifié des transformations microscopiques dans les couches supérieures de peinture.
La découpe de 1715 était-elle un acte de vandalisme ?
Non. Elle fut décidée pour adapter l’œuvre à un nouvel emplacement, même si elle constitue une perte matérielle majeure et irréversible.
La restauration actuelle est-elle visible au public ?
Oui. L’Opération Ronde de nuit se déroule dans une enceinte vitrée au Rijksmuseum.
Le tableau a-t-il été entièrement repeint après les attaques ?
Non. Les restaurateurs stabilisent les matériaux originaux et limitent les retouches aux zones perdues, avec des matériaux identifiables et réversibles.
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