Gustav Klimt · 1912 face à 1916

Pommier I et II : comparer les deux versions du verger

Même arbre fruitier, même format presque carré, mais deux expériences opposées. Pommier I est clair, tapissant et chargé de pommes rouges ; Pommier II est plus sombre, plus aérien et traversé d’éclats de ciel. Voici comment ne plus les confondre.

Gustav Klimt, Pommier I ou Petit Pommier, vers 1912, œuvre entière
Pommier Ivers 1912 · environ 109 × 110 cm
Gustav Klimt, Pommier II ou Pommier vert, 1916, œuvre entière
Pommier II1916 · 80 × 80 cm

Pommier I, aussi appelé Petit Pommier, vers 1912, huile sur toile, collection particulière. Image de l’œuvre entière, domaine public.

Pommier II, aussi appelé Pommier vert, 1916, huile sur toile, collection particulière. Image de l’œuvre entière, domaine public.

En une phrase

Le premier est un tapis de fleurs ; le second, une couronne dans l’air.

Dans Pommier I, l’œil reste au contact d’une surface verte continue où fleurs, feuilles et fruits ont presque la même importance. Dans Pommier II, le tronc porte une masse sombre monumentale : le ciel bleu apparaît autour et à travers le feuillage, rendant l’arbre plus volumineux.

Le moyen le plus simple de les reconnaître

Des pommes rouges et presque aucun ciel ? Vous regardez probablement Pommier I.

Des fruits jaune-vert cerclés de sombre, une large cime et du ciel bleu visible ? Il s’agit de Pommier II.

Les numéros ne désignent donc pas deux états d’une même toile. Ce sont deux tableaux autonomes, peints à plusieurs années d’écart, dans des contextes distincts.

Pommier Ivers 1912
Pommier II1916
Dominante Ivert clair + rouge
Dominante IIvert sombre + bleu

Le comparatif direct

Les titres français varient selon les catalogues : Pommier I peut être appelé Petit Pommier, tandis que Pommier II apparaît aussi sous le nom de Pommier vert. Les dates, les dimensions et surtout l’image permettent de les identifier.

Repère Pommier I Pommier II
Date Vers 1912 1916
Autre titre Petit Pommier Pommier vert
Dimensions Environ 109 × 110 cm 80 × 80 cm
Fruit Pommes rouges, petites mais très visibles Fruits jaune-vert, souvent cernés de sombre
Ciel Presque absent : la végétation tapisse la surface Présent aux bords et dans les ouvertures de la couronne
Tronc Fin, clair, absorbé par le jardin Central, sombre, portant une couronne massive
Effet Ornemental, lumineux, foisonnant Atmosphérique, monumental, plus grave
Collection Collection particulière Collection particulière ; cité dans des historiques d’exposition avec la Fondation Louis Vuitton

Regarder les deux arbres, pas seulement leurs pommes

Klimt ne traite pas le verger comme un relevé botanique. Il transforme un motif familier en problème de peinture : comment faire tenir une profondeur réelle dans un carré presque entièrement couvert de touches ?

Détail agrandi de Pommier I de Gustav Klimt Détail · Pommier I

Une surface sans repos

Fleurs du sol, feuilles et pommes se répondent comme les tesselles d’une mosaïque. La profondeur existe, mais elle est comprimée par la répétition des petites touches.

  • Rouge : les fruits ponctuent le vert avec netteté.
  • Sol : un tapis fleuri monte presque jusqu’au feuillage.
  • Contour : l’arbre se mêle au jardin au lieu de s’en détacher.
Détail agrandi de la couronne de Pommier II de Gustav Klimt Détail · Pommier II

Une masse qui respire

La couronne s’élargit comme une architecture. Les intervalles bleus empêchent le feuillage de devenir un simple motif et font circuler l’air dans la toile.

  • Jaune-vert : les fruits sont moins éclatants et plus intégrés.
  • Noir : des accents sombres renforcent les contours et le tronc.
  • Ciel : les trouées bleues donnent une profondeur nouvelle.
01

Le format

Les deux toiles sont presque carrées, mais Pommier I approche 110 cm tandis que Pommier II mesure 80 cm de côté.

02

La densité

En 1912, chaque intervalle est comblé. En 1916, des respirations de ciel organisent la masse du feuillage.

03

La couleur

Le couple vert-rouge anime le premier. Le second préfère des verts assourdis, du noir, de l’ocre et un bleu froid.

04

La touche

Pommier I accumule de petites marques. Pommier II conserve cette vibration mais l’ouvre par des gestes plus libres.

05

La profondeur

Le premier paraît presque textile. Dans le second, le tronc, la couronne et le fond forment trois plans plus lisibles.

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Le climat

L’abondance lumineuse de 1912 laisse place, pendant la guerre, à une image plus retenue et méditative.

La différence par la couleur

Deux palettes, deux températures du verger

Pommier I : la poussée du printemps

Le rouge des fruits contraste avec des verts frais et des jaunes lumineux. Le sol fleuri introduit des tons crème qui empêchent le tableau de devenir uniformément vert.

vertfeuillejaunepommefleur

Pommier II : l’arbre assombri

Les verts deviennent profonds, les fruits se rapprochent de l’ocre et des touches presque noires articulent la couronne. Le bleu du ciel agit comme un contrepoint froid.

ombremoussefruitnoirciel
Gustav Klimt observant le paysage à l’aide d’une longue-vue près de l’Attersee
Gustav Klimt avec sa longue-vue à l’Attersee, vers 1905. Le dispositif l’aide à isoler une portion du paysage et à construire ses cadrages serrés.
Du jardin d’avant-guerre aux derniers étés

Quatre années qui changent la respiration du paysage

Pommier I appartient à la phase colorée du début des années 1910. Le tableau est présenté au public à Dresde en 1912 et pousse très loin l’idée d’une nature devenue surface décorative.

Pommier II est peint en 1916, pendant le dernier des trois étés que Klimt passe sur la rive sud de l’Attersee, à proximité de Weißenbach et Steinbach. La base scientifique Gustav Klimt souligne son atmosphère plus ouverte et une touche dynamique qui révèle l’intérêt du peintre pour Van Gogh.

vers 1912Pommier I : fruits rouges, végétation lumineuse, profondeur aplatie.
1912Présentation de Pommier I à la Grande Exposition d’art de Dresde.
1914–1916Derniers séjours estivaux de Klimt sur la rive sud de l’Attersee.
1916Pommier II : cime monumentale, teintes retenues et ciel visible.
Provenance · ne pas confondre

Deux tableaux, deux dossiers de restitution très différents

Les titres proches ont entretenu une confusion jusque dans l’histoire récente. Pour parler de provenance, il faut repartir du visuel, des dimensions, des propriétaires et des numéros de catalogue — jamais du seul mot « Pommier ».

Pommier I : le dossier Altmann

L’œuvre a appartenu à Ferdinand Bloch-Bauer. En 2006, un tribunal arbitral autrichien ordonne sa restitution aux héritiers, avec quatre autres Klimt revendiqués par Maria Altmann.

À retenir : ce dossier est celui de Pommier I, distinct de l’erreur d’identification concernant Pommier II.

Pommier II : une restitution erronée

En 2001, l’Autriche restitue Pommier II aux héritiers de Nora Stiasny. Les recherches concluent ensuite que l’œuvre spoliée à Stiasny était en réalité Rosiers sous les arbres, aujourd’hui restituée par la France en 2022.

À retenir : l’erreur ne rend pas les deux tableaux interchangeables ; elle montre au contraire pourquoi l’identification matérielle doit être rigoureuse.

Prudence : les indications de collection peuvent évoluer. Les deux œuvres sont aujourd’hui données comme appartenant à des collections particulières ; Pommier II a été cité dans des expositions et documents liés à la Fondation Louis Vuitton, mais n’est pas une œuvre garantie en présentation permanente.
Où les voir ?

Pas de salle permanente à programmer

Contrairement au Baiser du Belvedere, ces deux pommiers ne constituent pas des rendez-vous permanents dans un musée public. Leur visibilité dépend des prêts et des expositions temporaires.

Avant de voyager pour une exposition

1. Vérifiez la liste exacte des œuvres sur le site de l’institution.

2. Comparez la date et les dimensions : vers 1912 / env. 109 × 110 cm pour I ; 1916 / 80 × 80 cm pour II.

3. Ne vous fiez pas uniquement à la traduction du titre : Apple Tree, Apfelbaum, Petit Pommier et Pommier vert ne sont pas employés uniformément.

Comparer aussi les deux compositions dans la boutique

Les deux fiches ci-dessous renvoient aux reproductions correspondantes. Les liens et visuels ont été vérifiés sur la boutique avant publication.

Reproduction peinte à la main de Pommier I de Gustav Klimt proposée dans la boutique
Pommier I · vers 1912

Le Pommier — Gustav Klimt

La version claire aux pommes rouges : un carré végétal dense où le jardin, les fleurs et l’arbre se confondent.

Voir la reproduction de Pommier I
Reproduction peinte à la main de Pommier II de Gustav Klimt proposée dans la boutique
Pommier II · 1916

Pommier II — Gustav Klimt

La version sombre à la cime monumentale : des fruits jaune-vert, un tronc central et des trouées de ciel bleu.

Voir la reproduction de Pommier II

Questions fréquentes

Pommier I et Pommier II sont-ils le même tableau ?

Non. Ce sont deux huiles sur toile autonomes, peintes vers 1912 et en 1916, avec des dimensions et des compositions différentes.

Quel tableau montre les pommes rouges ?

Pommier I. Ses petits fruits rouges se détachent sur une végétation beaucoup plus claire.

Quel tableau laisse voir le ciel bleu ?

Pommier II. Le ciel apparaît autour de la cime et dans plusieurs trouées du feuillage.

Pourquoi Pommier I est-il parfois appelé Petit Pommier ?

Il s’agit d’une variante de titre utilisée dans les catalogues. « Petit » ne décrit pas forcément la toile : elle mesure près de 110 cm de côté.

Lequel est le plus grand ?

Pommier I, environ 109 × 110 cm. Pommier II mesure 80 × 80 cm.

Où Klimt peint-il Pommier II ?

L’œuvre appartient à sa période tardive liée aux séjours sur la rive sud de l’Attersee, pendant les années de guerre.

Peut-on voir les deux tableaux dans un musée ?

Pas de manière permanente. Les deux œuvres sont en collections particulières et apparaissent ponctuellement dans des expositions.

Pourquoi parle-t-on de Van Gogh à propos de Pommier II ?

La base scientifique Gustav Klimt rapproche sa touche ouverte et dynamique de l’intérêt de Klimt pour Van Gogh, sans réduire le tableau à une imitation.

Sources et repères

  1. Gustav Klimt Database — The Final Years : séjours à l’Attersee, analyse de Pommier II et intérêt pour Van Gogh.
  2. Gustav Klimt Database — Expressive Farbenpracht : Pommier I, datation et exposition de Dresde en 1912.
  3. ArThemis, Université de Genève — Maria Altmann and Austria : arbitrage et restitution de cinq Klimt, dont Pommier I.
  4. Musée d’Orsay — restitutions d’œuvres MNR : confusion entre Pommier II et Rosiers sous les arbres.
  5. Wikimedia Commons — Pommier I et Wikimedia Commons — Pommier II : images du domaine public, recopiées sur le CDN Shopify.

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