Gustav Klimt · 1900–1916 · Salzkammergut
Klimt à l’Attersee : étés, photographie et invention du paysage carré
Au bord d’un lac turquoise, Klimt transforme la villégiature en laboratoire. Photographies privées, longue-vue, viseur en carton et toiles carrées l’aident à rapprocher l’eau, les jardins et les villages jusqu’à en faire des surfaces presque abstraites.

Réponse directe
Pourquoi l’Attersee est-il décisif dans l’œuvre de Klimt ?
De 1900 à 1916, Gustav Klimt passe presque tous ses étés autour de l’Attersee, en Haute-Autriche, souvent avec la famille Flöge. Loin des commandes monumentales et des controverses viennoises, il peint pour lui-même. Le lac, les vergers, les sous-bois, les façades fleuries et le château de Kammer deviennent ses motifs les plus réguliers.
Ces séjours ne sont pourtant pas de simples vacances. Klimt commence ses toiles en plein air, travaille plusieurs motifs à la fois et termine parfois les peintures dans son atelier viennois lorsque la météo ou le calendrier l’obligent à partir. Sa routine associe observation précise, marche, baignade, barque et longues séances devant le paysage.
L’Attersee lui permet surtout d’élaborer une conception très personnelle du paysage. Le format carré stabilise l’image. Le point de vue élevé réduit le ciel. La longue-vue rapproche les architectures éloignées. Les touches fragmentées transforment les feuilles et les reflets en mosaïque. La nature reste identifiable, mais elle commence à fonctionner comme un décor autonome.
La Sommerfrische
La villégiature estivale libère Klimt des obligations sociales de Vienne sans interrompre son travail.
Le carré
Ni vertical ni panoramique, le format égalise les directions et favorise une composition très construite.
Une nature-mosaïque
Reflets, feuilles, fleurs et fenêtres deviennent des unités colorées qui remplissent toute la surface.

Quatre moments, trois rives
Où Klimt séjourne-t-il autour du lac ?
Les photographies, les lettres et les lieux encore conservés permettent de suivre un déplacement progressif du nord vers le sud de l’Attersee.
Litzlberg
Klimt loge au Bräuhof, une auberge avec chambres et hangar à bateaux sur la rive nord. Il peint l’eau, l’île, les vergers et les bois voisins.
Villa Oleander
À Kammerl, la famille Flöge et Klimt disposent d’un accès direct au lac. Le château de Kammer devient un motif majeur, repris sous plusieurs angles.
Intermède
Après un été surtout passé au lac de Garde, Klimt revient brièvement à l’Attersee. Les seules photographies couleur connues de lui datent de cette année.
Weißenbach
Il recherche davantage de calme sur la rive sud et loue une maison forestière. Unterach et les pentes boisées nourrissent ses dernières toiles du lac.

Lever tôt, peindre, nager, recommencer
À quoi ressemble une journée de Klimt au lac ?
Une lettre d’août 1902 décrit un rythme très précis. Klimt se lève vers six heures, parfois un peu plus tôt ou plus tard. Si le temps le permet, il part peindre dans les bois voisins avant le petit-déjeuner. Il se baigne ensuite dans le lac, « avec toute la prudence nécessaire ».
Le reste de la journée alterne nouvelles séances de peinture, lecture, sieste et déplacements vers les motifs. Le soir, une partie de quilles peut clore le programme. Cette régularité contredit l’image d’un artiste qui ne ferait que se reposer en vacances.
La météo reste le principal adversaire. Le vent, la pluie et les changements de lumière l’obligent à interrompre certaines séances. Les tableaux commencés au bord du lac peuvent donc être repris et achevés à Vienne.
Première séance
Le calme du matin et la lumière basse favorisent l’observation de l’eau et des sous-bois.
Plusieurs toiles
Klimt travaille simultanément sur différents motifs plutôt que d’attendre l’achèvement d’un seul tableau.
Une marche de recherche
Le motif se découvre en avançant, en cadrant et en revenant au même lieu.
Un artiste très photographié
Que nous apprennent les photographies de l’Attersee ?
Elles documentent une intimité, une silhouette et des outils de regard. Elles ne doivent toutefois pas être confondues avec des preuves directes de chaque séance de peinture.



Les clichés pris par Emma Bacher-Paulick, Heinrich Böhler, Friedrich G. Walker et d’autres proches montrent Klimt au bord de l’eau, en barque, dans un jardin ou avec Emilie Flöge. Ils reconstruisent l’atmosphère de la Sommerfrische et la circulation d’un groupe familial et amical.
Mais aucune photographie connue ne montre Klimt en train de peindre un paysage à l’Attersee. Cette absence est importante. Les images historiques documentent les conditions de vie et les lieux ; la méthode picturale doit être reconstruite avec les lettres, les outils conservés et l’analyse des tableaux.
Avant et après 1900
Comment le paysage carré est-il inventé ?
Le carré ne vient pas d’une seule influence. Il réunit photographie, cadrage décoratif, japonisme et volonté de donner la même force aux quatre côtés de l’image.


Le carré neutralise la narration
Sans direction horizontale dominante, le regard ne « voyage » plus facilement de gauche à droite. Il explore la surface.
Le carré rapproche la photographie
Les tirages et appareils de l’époque encouragent l’attention au fragment, au bord et à l’instantané, sans que le tableau soit une copie de cliché.
Le carré favorise l’ornement
Branches, fleurs, vaguelettes et fenêtres peuvent se répéter comme des unités d’un tissu ou d’une mosaïque.

Voir avant de peindre
Viseur, longue-vue et photographie : trois manières de cadrer
Klimt utilise un Sucher, un viseur découpé dans un morceau de carton, pour isoler un motif. Ce petit cadre permet d’exclure le panorama, de tester rapidement la relation entre les masses et de retrouver les proportions carrées de la toile.
La longue-vue et les jumelles de théâtre rapprochent les villages et les bâtiments situés de l’autre côté du lac. La profondeur se compresse : l’église de Seewalchen, le château de Kammer et les rives peuvent paraître plus proches qu’ils ne le sont réellement.
La photographie renforce enfin le goût du fragment et de la découpe. Il faut néanmoins éviter une équation trop simple. Klimt ne photographie pas nécessairement chaque motif avant de le peindre ; il partage avec la photographie une culture du cadrage.
Le viseur
Il choisit ce qui entre dans le carré et supprime tout ce qui disperse l’attention.
La longue-vue
Elle rapproche les lointains et réduit les écarts de profondeur entre architecture et végétation.
La photographie
Elle encourage le fragment, l’instantané et la conscience très nette des bords.
Six façons de remplir un carré
Les paysages de l’Attersee ne se ressemblent pas tous
L’eau presque abstraite des débuts laisse place aux châteaux, aux parcs, aux façades et aux villages. Le format reste stable, mais la relation entre profondeur et surface change.

Château Kammer III
La façade claire, les arbres et l’eau sont ramenés dans un même réseau de petites unités colorées.

Parc au château de Kammer
La végétation forme un mur presque impénétrable. Le lac n’apparaît que par éclats entre les troncs.

Versant boisé à Unterach
Le village disparaît. La pente devient une tapisserie de verts, coupée par des troncs et quelques passages de lumière.

Avenue vers Kammer
La perspective existe, mais les troncs verticaux et la canopée ferment l’allée comme un décor de scène.

Maison de campagne
Le toit et les fenêtres subsistent, tandis que fleurs et feuillages envahissent presque entièrement la construction.

Église d’Unterach
La longue-vue semble rapprocher le bourg : clochers, toits et montagnes se superposent sans profondeur atmosphérique classique.
Du motif au tableau
Que reste-t-il aujourd’hui des lieux de Klimt ?
Le lac et plusieurs bâtiments subsistent. La comparaison montre surtout tout ce que Klimt élimine pour obtenir une image dense, silencieuse et sans anecdote.



Le Gustav Klimt Zentrum de Schörfling et le sentier thématique autour du lac permettent de replacer les tableaux dans la géographie de leurs motifs. Plusieurs stations disposent de cadres de visée carrés qui invitent à expérimenter le cadrage. Les horaires du centre et l’accessibilité des sites doivent être vérifiés avant la visite.
Reproductions et collections
Composer un ensemble de paysages de Klimt
Le carré permet d’associer plusieurs motifs sans créer de hiérarchie trop forte. Étang et village forment un diptyque cohérent, complété par la grande surface turquoise d’Attersee.

Étang du château de Kammer
Voir la reproduction →
Maison à Unterach
Voir la reproduction →Retrouvez le format carré turquoise de 1900, ses tailles et ses options de reproduction peinte à la main.
Documentation vérifiée
Sources principales
Klimt Database · Attersee
Chronologie des résidences, liens avec les familles Flöge et Paulick, routine de travail, lieux et motifs.
Consulter le dossier →Klimt Database · Salzkammergut
Premier paysage carré de 1899, séjour à Golling et passage de l’Egelsee à l’Attersee.
Lire la chronologie →Leopold Museum · Attersee
Date, collection, composition radicale du tableau et réception enthousiaste lors de l’exposition de 1901.
Voir la notice →Leopold Museum · paysages de Klimt
Analyse du premier format carré, de l’Attersee, de la surface d’eau et des paysages de Litzlberg.
Explorer le dossier →Wien Museum · Klimt et Flöge en barque
Photographie de 1909, dimensions, inventaire 157541 et licence CC0.
Voir la photographie →Neue Galerie · Klimt Landscapes
Rapport entre paysages, villégiature, photographie, format carré et évolution de la couleur.
Lire la présentation →Crédits visuels : peintures de Gustav Klimt dans le domaine public, via Wikimedia Commons et les collections citées ; photographie de la barque, Wien Museum, CC0 ; photographies historiques et vues de l’Attersee via Wikimedia Commons selon les licences de chaque fichier ; reproductions, Alpha Reproduction. Les images importées sont servies par le CDN Shopify et chaque adresse n’apparaît qu’une fois dans le corps de l’article.
Questions fréquentes
Klimt et l’Attersee en huit réponses
Quand Klimt séjourne-t-il à l’Attersee ?
Il y passe presque tous ses étés de 1900 à 1916, avec un long séjour au lac de Garde en 1913 et seulement de brefs passages à l’Attersee cette année-là.
Avec qui Klimt passe-t-il ses vacances ?
Il séjourne surtout dans le cercle de la famille Flöge et des Paulick. Emilie Flöge, sa confidente et proche compagne, est présente lors de nombreux étés.
Où loge-t-il autour du lac ?
Au Bräuhof de Litzlberg de 1900 à 1907, à la Villa Oleander de 1908 à 1912, puis dans une maison forestière à Weißenbach de 1914 à 1916.
Klimt invente-t-il le paysage carré à l’Attersee ?
Pas exactement. Son premier paysage carré connu, Un matin près de l’étang, est peint en 1899 à l’Egelsee près de Golling. L’Attersee est le lieu où le carré devient sa règle paysagère.
Pourquoi ses paysages paraissent-ils plats ?
Le point de vue élevé, le cadrage serré, la longue-vue et la répétition des touches rapprochent les plans et réduisent la profondeur classique.
Klimt photographiait-il ses motifs avant de peindre ?
Sa fascination pour la photographie est documentée, mais il n’est pas établi qu’il photographiait systématiquement chaque motif. Il utilise surtout un viseur, une longue-vue et l’observation directe.
Existe-t-il des photographies de Klimt en train de peindre à l’Attersee ?
Aucune photographie connue ne le montre effectivement en train de peindre un paysage au bord du lac. Les clichés conservés documentent les lieux, les proches et les loisirs.
Peut-on visiter les lieux de Klimt à l’Attersee ?
Le Gustav Klimt Zentrum et le sentier thématique permettent d’explorer plusieurs motifs. Certaines villas sont privées ; il faut donc vérifier les horaires et respecter les accès.
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