Guide illustré des manuscrits

Les carnets et codex de Léonard de Vinci

Machines, eau, anatomie, peinture, architecture, mots nouveaux et listes de courses : ces milliers de pages sont moins une encyclopédie achevée qu’un laboratoire de pensée en mouvement.

≈ 7 000feuillets ou pages conservés selon les modes de comptage
12 carnetsà l’Institut de France, désignés de A à M
500+feuilles de Léonard dans la Royal Collection
Page du Codex Atlanticus de Léonard de Vinci
Le Codex Atlanticus rassemble des décennies d’idées, de dessins et de notes.
Schéma de la lumière cendrée dans le Codex Leicester
Le Codex Leicester : eau, Terre, fossiles et lumière de la Lune.
Page du Codex sur le vol des oiseaux de Léonard de Vinci
Observer l’oiseau pour comprendre la mécanique du vol.
La réponse essentielle

Que contiennent vraiment les carnets ?

Le chantier quotidien d’un artiste-ingénieur

Ils contiennent des observations prises sur le vif, des expériences, des calculs, des schémas de mécanismes, des études d’eau et de vol, des dessins d’anatomie, des projets d’architecture, des réflexions sur la peinture, mais aussi des adresses, des dépenses, des jeux de mots et des listes de livres. Léonard revient sans cesse sur une idée, la corrige et la relie à une autre. La plupart de ces pages ne sont donc ni un journal intime ni des traités prêts à imprimer.

01Des noms postérieurs« Atlanticus », « Arundel » ou « Leicester » désignent des ensembles baptisés ou reliés après Léonard.
02Un ordre souvent recomposéDes feuilles ont été découpées, déplacées, montées en albums et parfois dispersées.
03Des sujets entremêlésUne page peut passer d’un engrenage à une remarque d’optique puis à une dépense domestique.
04Un savoir par le dessinChez Léonard, l’image ne décore pas le texte : elle démontre, compare et pense.
Carte des manuscrits

Les grands codex, un par un

Les datations restent parfois approximatives parce que Léonard réutilisait ses cahiers. Les volumes conservés aujourd’hui ne correspondent pas toujours aux carnets qu’il tenait matériellement en main : certains sont des montages plus tardifs.

Page mécanique du Codex Atlanticus
Milan

Codex Atlanticus

1470s–1519 · Biblioteca Ambrosiana · près de 1 119 folios

Le plus vaste ensemble : machines, armes, hydraulique, géométrie, architecture, botanique, cartographie, vol et projets de fêtes.

Consulter le codex
Double page du Codex Leicester
Collection privée

Codex Leicester

vers 1504–1508 · 18 bifolia, 72 pages

Un dossier très cohérent sur l’eau, l’érosion, les fossiles, la structure de la Terre et la lumière cendrée de la Lune.

Explorer les thèmes
Codex Arundel, folio 19 recto
Londres

Codex Arundel

1478–1518 · British Library · 283 folios

Un ensemble volontairement hétérogène : mécanique, géométrie, vol, optique et notes personnelles. Son noyau fut commencé en 1508 comme une « collection sans ordre ».

Voir la notice et le fac-similé
Codex Madrid I, folio 90 verso
Madrid

Codex Madrid I

vers 1492–1497 · BNE · Ms. 8937

Le manuscrit le plus proche d’un traité technique organisé : statique, mécanique, engrenages, transmission du mouvement et machines de levage.

Découvrir l’édition de la BNE
Études du monument Sforza dans le Codex Madrid II
Madrid

Codex Madrid II

1491–1493 et 1503–1505 · BNE · Ms. 8936

Architecture, fortifications, canalisation de l’Arno, géométrie, vagues, musique et préparation de la fonte du gigantesque cheval Sforza.

Comprendre les deux secteurs
Codex Forster I, folio 44 recto
V&A Londres

Codex Forster I

vers 1487–1490 et 1505

Deux carnets réunis : hydraulique et élévation de l’eau dans le plus ancien ; transformation et mesure des solides dans le plus tardif.

Ouvrir Forster I
Codex Forster II, folio 19 recto
V&A Londres

Codex Forster II

vers 1495–1497

Proportions, poids, balances, traction, métiers à tisser, casques, peinture et examen critique du mouvement perpétuel.

Ouvrir Forster II
Page du Codex Forster III
V&A Londres

Codex Forster III

vers 1490–1493

Le plus disparate des Forster : géométrie, hydraulique, jambes de cheval, costumes de fête et anatomie de la tête humaine.

Découvrir les trois Forster
Page du Codex Trivulzianus
Milan

Codex Trivulzianus

vers 1487–1490 · 55 folios conservés sur 62

Près de huit mille mots copiés pour enrichir le vocabulaire de Léonard, avec architecture milanaise, machines, physionomies et études d’ombre.

Lire l’histoire des mots
Pages du Codex sur le vol des oiseaux
Turin

Codex sur le vol des oiseaux

vers 1505 · Biblioteca Reale · 18 feuillets

Centre de gravité, résistance de l’air, battement d’ailes, vent et équilibre : l’oiseau devient un problème de mécanique expérimentale.

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Manuscrit B de Léonard conservé à l’Institut de France
Paris

Manuscrits A à M

vers 1487–1508 · Institut de France · 12 carnets

Architecture et vol (B), ombre et lumière (C), vision (D), peinture (A), poids, géométrie, eau et projets militaires : chaque petit volume a son centre de gravité.

Accéder au corpus numérisé
Études anatomiques de Léonard de Vinci conservées à Windsor
Windsor

Feuilles de la Royal Collection

vers 1478–1518 · plus de 500 dessins

Ce ne sont pas un seul codex : anatomie, botanique, eau, cartes, chevaux, costumes et études de figures furent réunis dans l’album de Pompeo Leoni.

Explorer l’anatomie
Deux architectures du savoir

Atlanticus et Leicester ne se lisent pas de la même manière

Le premier est une immense archive réorganisée après la mort de Léonard ; le second est un dossier resserré où une interrogation en appelle une autre. Les comparer évite d’imaginer tous les « codex » comme des livres homogènes.

Folio 309 verso du Codex Atlanticus

Codex Atlanticus : l’archive-monde

Le nom vient du grand format « atlas » des feuilles de montage, pas de l’océan Atlantique. À la fin du XVIe siècle, le sculpteur Pompeo Leoni découpe et rassemble des feuilles d’époques et de formats différents. On y suit près d’un demi-siècle d’activité : une arbalète géante voisine avec un plan de ville, une machine hydraulique, un problème de géométrie ou un projet de spectacle.

Force
La variété et la durée : presque toute la carrière.
Piège
Prendre la reliure actuelle pour l’ordre voulu par Léonard.
À regarder
Les changements d’encre, de papier, d’échelle et de densité.
Études de l’eau et des tourbillons par Léonard de Vinci

Codex Leicester : penser avec l’eau

Ici, Léonard cherche une explication générale : pourquoi trouve-t-on des coquillages au sommet des montagnes ? Comment les rivières creusent-elles la Terre ? Pourquoi l’eau forme-t-elle des vortex ? D’où vient la faible lumière visible sur la partie sombre de la Lune ? Les réponses sont parfois erronées, mais la méthode est moderne par son exigence d’observation et de causalité.

Force
Un ensemble thématique cohérent sur la planète et l’eau.
Piège
Lire chaque hypothèse comme une découverte exacte.
À regarder
Le va-et-vient entre schéma, expérience, analogie et correction.
Ce que les pages révèlent

Cinq grands champs de recherche

Léonard ne sépare pas strictement art, technique et science. Un même principe — équilibre, flux, lumière, proportion — circule entre la peinture d’un visage, la construction d’une machine et l’observation d’un fleuve.

01

Mécanique

Engrenages, roulements, treuils, grues, ressorts et transmissions. Le dessin décompose la machine pour montrer où passe la force.

02

Eau et Terre

Tourbillons, canaux, érosion, vagues, fossiles et déluges. L’eau devient à la fois matière, énergie et modèle du changement.

03

Corps vivant

Os, muscles, cœur, cerveau, fœtus et mouvement. Léonard transpose plans, coupes et vues éclatées de l’ingénieur vers l’anatomie.

04

Voir et peindre

Perspective, ombre, lumière, atmosphère, proportions et gestes. La théorie picturale naît de problèmes visuels concrets.

05

Villes et vol

Fortifications, églises, rues à niveaux, cartes, ailes et résistance de l’air : imaginer exige de mesurer les contraintes réelles.

Écriture miroir de Léonard de Vinci
Une page écrite de droite à gauche. Un miroir permet d’en retrouver immédiatement le sens de lecture habituel.
Lire la page

L’écriture miroir était-elle un code secret ?

Probablement pas au sens d’un chiffre destiné à cacher des inventions. Léonard, gaucher, écrivait généralement de droite à gauche avec des lettres inversées. Ce geste pouvait limiter le frottement de la main dans l’encre fraîche et lui convenir naturellement.

Il savait aussi écrire normalement lorsqu’il s’adressait à d’autres. Ses abréviations, son italien mêlé de formes toscanes et lombardes, l’absence fréquente de ponctuation et les reprises rendent les textes difficiles ; l’effet de secret vient donc autant de la langue et de la vitesse de travail que du miroir.

Pour bien lire un folio

Commencez par identifier le sujet principal, repérez les flèches et les numéros, retournez mentalement l’écriture, puis observez si le dessin décrit une chose vue, une hypothèse ou une machine encore impossible.

Une histoire mouvementée

Comment les carnets ont été dispersés

L’état actuel des manuscrits doit autant à l’histoire des collections qu’à Léonard lui-même. C’est pourquoi la reconstruction numérique des ensembles est aujourd’hui essentielle.

1519Léonard lègue manuscrits et dessins à Francesco Melzi.
1570Après la mort de Melzi, les papiers commencent à se disperser.
fin XVIePompeo Leoni découpe et remonte de nombreuses feuilles en albums.
1637Galeazzo Arconati donne de grands ensembles à l’Ambrosiana.
1796Les douze carnets A–M sont transférés de Milan à Paris.
aujourd’huiLa numérisation rapproche virtuellement Milan, Paris, Londres, Madrid et Turin.
Le Traité de la peinture n’est pas un carnet achevé

Ce texte célèbre est une compilation posthume élaborée principalement à partir des écrits de Léonard par son élève Francesco Melzi. Il transmet sa théorie, mais ne doit pas être confondu avec un volume final ordonné et publié par le maître.

Questions fréquentes

Comprendre les carnets sans légende

Combien de carnets de Léonard de Vinci subsistent ?

Il n’existe pas un nombre simple, car certains volumes réunissent plusieurs carnets et d’autres ensembles sont composés de feuilles séparées. L’Institut de France conserve douze carnets A–M ; le V&A cinq carnets reliés en trois volumes ; s’ajoutent notamment les codex Atlanticus, Arundel, Leicester, Madrid I–II, Trivulzianus et le Codex sur le vol des oiseaux.

Où se trouve le plus grand ensemble ?

Le Codex Atlanticus de la Biblioteca Ambrosiana à Milan est le plus vaste recueil de notes et dessins de Léonard, avec près de 1 119 folios. Pour les dessins séparés, la Royal Collection à Windsor conserve plus de cinq cents feuilles.

Pourquoi le Codex Leicester est-il célèbre ?

Parce qu’il forme un dossier relativement cohérent sur l’eau, la géologie, les fossiles, les fleuves et l’astronomie. Il est aussi connu pour son histoire de collection : Bill Gates l’a acquis en 1994.

Léonard écrivait-il à l’envers pour cacher ses inventions ?

L’explication la plus prudente est pratique : gaucher, il écrivait naturellement de droite à gauche. Il n’en demeure pas moins que cette écriture rendait la lecture moins immédiate. Elle n’est cependant pas un cryptage sophistiqué.

Les machines dessinées ont-elles toutes été construites ?

Non. Certaines décrivent des dispositifs existants, d’autres améliorent des mécanismes connus, d’autres encore sont des explorations impossibles avec les matériaux et l’énergie disponibles. Le dessin peut analyser un principe sans constituer un plan de fabrication complet.

Peut-on consulter les originaux ?

Ils sont rarement exposés longtemps, car le papier et les encres sont fragiles. Plusieurs institutions présentent des rotations temporaires. Les fac-similés numériques officiels offrent aujourd’hui l’accès le plus complet et permettent souvent un grossissement supérieur à une présentation en vitrine.

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