Enquête · copies · archives · dessins

Les œuvres
perdues
de Léonard

Peintures effacées, sculpture monumentale détruite, cartons disparus et projets jamais exécutés : ce qui manque à l’œuvre de Léonard est presque aussi célèbre que ce qui subsiste.

Copie de la Bataille d’Anghiari d’après Léonard de Vinci
La Lutte pour l’étendard, copie et reprises postérieures d’après la composition perdue.

La réponse courte

Quelles œuvres de Léonard ont disparu ?

Les pertes les mieux documentées sont la peinture murale de la Bataille d’Anghiari, le modèle colossal en argile du monument équestre à Francesco Sforza et une Léda et le Cygne connue par des dessins et des copies d’atelier. D’autres œuvres ne sont attestées que par un texte ancien, tandis que plusieurs « projets perdus » n’ont probablement jamais dépassé le dessin.

Perduel’original a existé, puis a disparu
Détruitela disparition est historiquement documentée
Non réaliséele projet existe, pas l’œuvre définitive
Attribution incertainele témoignage ne suffit pas à conclure

I · Les preuves

Comment connaît-on une œuvre qui n’existe plus ?

Les documents

Contrats, paiements, correspondances et récits anciens établissent qu’un travail fut commandé, commencé ou vu.

Les dessins

Les études autographes révèlent le motif, la recherche du mouvement et parfois plusieurs solutions concurrentes.

Les copies

Des élèves et artistes postérieurs préservent une composition, mais leur fidélité et leur date doivent être évaluées.

II · Inventaire raisonné

Huit disparitions, abandons et projets

Bataille d’Anghiari, copie d’après Léonard

Original commencé puis détruit

1. La Bataille d’Anghiari

Commandée pour la salle du Grand Conseil du Palazzo Vecchio en 1503, l’immense composition devait montrer une victoire florentine. Léonard expérimenta une technique murale qui se révéla instable. La partie exécutée resta visible assez longtemps pour être copiée, puis disparut lors des transformations de la salle au XVIe siècle.

Le célèbre dessin associé à Rubens ne fut pas exécuté devant la fresque : il dérive d’intermédiaires et fut largement repris.

Copie ancienne de la lutte pour l’étendard d’après Léonard

Témoin ancien

2. La Tavola Doria

Ce panneau n’est pas un Léonard perdu retrouvé. Il s’agit d’une interprétation ancienne de la lutte pour l’étendard. Il aide à reconstruire couleurs, enchevêtrement et énergie, mais demeure le témoignage d’un autre peintre.

L’illustration montre une autre copie de la composition : elle permet de comprendre la famille des témoins sans être confondue avec la Tavola Doria elle-même.

Léda et le Cygne, copie d’après Léonard de Vinci

Peinture perdue · copies conservées

3. Léda et le Cygne

Léonard étudia d’abord une Léda agenouillée, puis une figure debout entourée de ses enfants. Plusieurs copies du XVIe siècle suggèrent qu’un tableau achevé ou très avancé exista. Son parcours après son arrivée en France reste obscur et l’original disparaît des inventaires.

Les copies ne s’accordent ni sur le paysage ni sur tous les détails : elles documentent une famille d’images plutôt qu’un fac-similé.

Étude de Léda agenouillée par Léonard de Vinci

Projet abandonné

4. La Léda agenouillée

Les dessins montrent une première solution très différente de la version debout. Rien ne prouve qu’elle fut transformée en peinture autonome. Elle illustre une distinction essentielle : une idée abandonnée n’est pas nécessairement une œuvre perdue.

Ce qui subsiste est ici l’essentiel même du projet : la recherche graphique de la torsion, de la maternité et du rapport au sol.

Étude de cheval associée aux recherches de Léonard

Modèle détruit · bronze jamais coulé

5. Le monument Sforza

Léonard travailla pendant des années à une statue équestre colossale en l’honneur de Francesco Sforza. Le gigantesque modèle en argile fut exposé à Milan, mais le bronze destiné à la fonte servit aux besoins militaires. En 1499, le modèle fut détruit pendant l’invasion française.

Le monument de bronze souvent imaginé aujourd’hui n’a donc jamais existé.

Méduse du Caravage utilisée comme comparaison iconographique

Mention ancienne · aucune trace sûre

6. La Méduse

Vasari décrit une tête de Méduse peinte sur un bouclier et attribuée au jeune Léonard. Aucun objet correspondant ne peut être identifié avec certitude. Les tableaux de Méduse parfois proposés n’offrent pas une provenance suffisante.

L’image présentée ici est celle du Caravage : elle sert uniquement de comparaison et ne doit jamais être légendée comme une œuvre de Léonard.

Étude de mouvements de l’eau par Léonard, comparaison avec les chevaux marins

Dessin offert · original disparu

7. Neptune et ses chevaux

Les sources évoquent un dessin spectaculaire de Neptune destiné à Antonio Segni. Des copies et dérivations conservent le dieu et les chevaux marins. L’original de Léonard n’est plus localisé.

L’étude d’eau illustrée ici éclaire le vocabulaire de tourbillons dont Léonard pouvait nourrir un tel sujet ; ce n’est pas le Neptune disparu.

Feuillet manuscrit de Léonard illustrant la transformation des projets en notes

Projets non exécutés ou transformés

8. Canaux, villes et architectures

Canal de l’Arno, ville idéale, palais, écuries, ouvrages hydrauliques et dispositifs de fêtes peuplent les manuscrits. Certains furent étudiés pour des commanditaires réels ; beaucoup restèrent sur le papier ou furent modifiés par d’autres.

Ce ne sont pas des « monuments détruits » : leur absence fait partie de leur statut de projet.

III · Reconstituer sans inventer

La Bataille d’Anghiari, dossier exemplaire

Étude de cheval de Léonard, liée à ses recherches sur le mouvement

Ce qui est certain

Une commande officielle, un grand carton, une exécution partielle et une disparition sont documentés. Les études autographes confirment les recherches de cavaliers, de fantassins et de poussière.

Lutte pour l’étendard, copie d’après Léonard

Ce qui reste hypothétique

La couleur exacte, l’étendue réellement peinte et la relation précise entre chaque copie et le mur perdu. Aucune image conservée ne donne accès à l’ensemble prévu sur près de dix-huit mètres.

IV · Les faux disparus

Des œuvres célèbres, mais pas perdues

Œuvre ou projet Statut réel Pourquoi la confusion ?
L’Adoration des Mages Conservée aux Offices, inachevée. Son abandon est parfois confondu avec une disparition.
Le carton de Burlington House Conservé à la National Gallery de Londres. Il ne fut probablement jamais transposé tel quel en peinture.
La Cène Toujours en place à Milan, très altérée. Une grande part de la matière originale est perdue, mais l’œuvre ne l’est pas.
La Joconde Conservée au Louvre. Les récits de vol et les copies alimentent périodiquement de fausses rumeurs.
Salvator Mundi Tableau existant, attribution discutée. Une controverse d’attribution ne transforme pas l’œuvre en « original perdu ».
Adoration des Mages de Léonard de Vinci

Inachevée, non perdue

L’Adoration des Mages

Le panneau permet précisément d’observer la méthode de Léonard : dessin, valeurs brunes, figures à divers degrés d’avancement et composition encore ouverte.

Carton de la Vierge, l’Enfant, sainte Anne et saint Jean-Baptiste

Carton conservé

Le carton de Londres

Cette vaste feuille est un original survivant, pas le fantôme d’un tableau. Sa fragilité explique toutefois pourquoi tant de cartons comparables ont disparu.

V · Ce que les pertes changent

Un catalogue incomplet par nature

La peinture murale

Sans Anghiari, nous jugeons mal la capacité de Léonard à penser une scène monumentale de violence collective.

La sculpture

Sans le cheval Sforza, son œuvre sculptée paraît presque inexistante malgré des décennies de recherches plastiques.

La circulation des modèles

Copies et variantes montrent que l’atelier prolongeait une invention au-delà de l’objet autographe.

Sources institutionnelles

Vérifier les dossiers

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FAQ

Questions sur les œuvres disparues

La Bataille d’Anghiari existe-t-elle encore sous une fresque de Vasari ?

Des recherches ont nourri cette hypothèse, mais aucune œuvre de Léonard cachée derrière le décor actuel n’a été démontrée. L’état des connaissances impose de parler d’une peinture disparue.

Rubens a-t-il copié directement la fresque ?

Non. Il arriva en Italie après la destruction de l’œuvre et travailla à partir de dessins ou de copies intermédiaires.

Le cheval de Léonard a-t-il été coulé en bronze ?

Non. Le grand modèle en argile fut réalisé ; la fonte monumentale ne le fut pas.

Existe-t-il une copie fidèle de Léda ?

Plusieurs copies anciennes documentent la composition, mais aucune ne peut être tenue pour une reproduction parfaitement fidèle de l’original perdu.

Combien d’œuvres de Léonard sont perdues ?

Aucun chiffre définitif n’est possible : les sources distinguent mal projets, œuvres commencées, copies d’atelier et créations effectivement achevées.

Conclusion

Une absence n’est pas un vide

Les œuvres perdues survivent par réseaux de traces. Le travail de l’historien consiste à les relier sans effacer les incertitudes.

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