L’Art de la peinture de Johannes Vermeer, vers 1666–1668, Kunsthistorisches Museum de Vienne

Catalogue • attribution • œuvres conservées

Combien de tableaux Vermeer a-t-il peints ? Pourquoi le total varie de 34 à 37

Le catalogue de Vermeer tient presque dans une seule salle, mais il ne tient pas dans un seul chiffre. Entre noyau consensuel, attributions discutées, tableau d’atelier et œuvres perdues, compter exige d’abord de définir ce que l’on compte.

34 œuvres consensuelles3 dossiers discutésvers 1653–1675

L’Art de la peinture, vers 1666–1668, huile sur toile, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Une œuvre majeure du noyau incontesté.

Réponse immédiate

Le chiffre le plus rigoureux : 34, puis trois œuvres à examiner séparément

34

Trente-quatre peintures conservées sont aujourd’hui attribuées à Johannes Vermeer avec un très large consensus. Le total monte à 35, 36 ou 37 selon que le catalogue ajoute tout ou partie de trois œuvres discutées : Sainte Praxède, la petite Jeune femme assise au virginal de la Leiden Collection et La Jeune Fille à la flûte. Cette dernière est classée « atelier de Johannes Vermeer » par son propriétaire, la National Gallery of Art de Washington, depuis 2022, mais les commissaires de la grande exposition du Rijksmuseum de 2023 l’ont néanmoins présentée parmi les œuvres de Vermeer.

Le nombre de tableaux effectivement peints au cours de sa vie est probablement supérieur. Le Rijksmuseum évoque une production totale possible d’environ 45 à 50 œuvres. Certaines ont disparu, sont seulement documentées dans des inventaires anciens ou restent à identifier.

34noyau largement consensuel
37catalogue inclusif du Rijksmuseum en 2023
28œuvres réunies à Amsterdam en 2023
45–50production historique possible

Le compteur expliqué

De 34 à 37 : chaque unité correspond à une décision

Le désaccord n’oppose pas « ceux qui savent » à « ceux qui se trompent ». Les spécialistes évaluent les mêmes indices avec des seuils de certitude différents. Les musées peuvent également employer un chiffre arrondi dans un texte grand public et un statut plus précis dans leurs notices d’œuvres.

34

Consensus fort

Les tableaux dont l’attribution rencontre une adhésion très large : de Diane et ses compagnes à L’Allégorie de la foi.

35

+ une œuvre

Selon le catalogue choisi, on ajoute le petit Virginal de la Leiden Collection, aujourd’hui largement accepté, ou Sainte Praxède.

36

+ deux œuvres

Le Mauritshuis a longtemps communiqué sur 36 peintures, chiffre correspondant à un corpus large mais pas maximal.

37

+ les trois dossiers

Le Rijksmuseum a retenu ce total pour son exposition de 2023, y compris La Jeune Fille à la flûte malgré la nouvelle position de Washington.

Nombre annoncé Ce qu’il signifie généralement Exemple institutionnel Précaution
34 Noyau des œuvres conservées très largement acceptées National Gallery of Art après le retrait de La Jeune Fille à la flûte Ce n’est pas le nombre total produit durant la vie de Vermeer.
35 Formule arrondie ou noyau augmenté d’une attribution Rijksmuseum et National Gallery de Londres : « environ 35 » Le musée ne publie pas toujours dans la même page la liste exacte sous-jacente.
36 Corpus élargi à deux cas discutés Mauritshuis, notamment dans le projet Meet Vermeer Le statut des œuvres a évolué depuis 2018.
37 Corpus le plus inclusif des œuvres conservées Rijksmuseum, exposition Vermeer de 2023 Inclut des tableaux que leur musée propriétaire ne classe pas nécessairement comme autographes.

Les trois dossiers

Les tableaux qui font bouger le total

Sainte Praxède, 1655, attribuée à Johannes Vermeer, National Museum of Western Art de Tokyo
Attribuée à Vermeer

Sainte Praxède : signature, copie et jeunesse

La toile de 1655, 101,6 × 82,6 cm, reprend presque exactement une composition de l’Italien Felice Ficherelli. Une inscription « Meer 1655 » soutient le lien avec Vermeer, et le Rijksmuseum l’a retenue dans son exposition de 2023. Le National Museum of Western Art de Tokyo emploie toutefois la formule prudente « Johannes Vermeer (attribué à) ».

Le problème n’est pas qu’un grand peintre ait copié un modèle : cet exercice était normal. La difficulté vient de la manière encore éloignée des intérieurs lumineux qui rendent Vermeer reconnaissable. Pour certains catalogues, elle devient la 35e œuvre ; pour d’autres, elle reste en annexe.

Jeune femme assise au virginal, vers 1670–1675, Johannes Vermeer, Leiden Collection
Largement réacceptée

Le petit Virginal de la Leiden Collection

Cette œuvre de seulement 25,5 × 20,1 cm ne doit pas être confondue avec la grande Dame assise au virginal de la National Gallery de Londres. Longtemps rejetée, voire soupçonnée d’être une imitation moderne, elle a bénéficié d’examens techniques dans les années 1990 et 2000.

Le support est particulièrement éloquent : la toile provient du même rouleau que celui de La Dentellière du Louvre. Pigments, préparation, point de fuite et modelé ont renforcé l’attribution. La restauration de 2024 a encore clarifié la surface. L’œuvre est aujourd’hui largement admise et figurait au Rijksmuseum en 2023, mais l’histoire de ses doutes explique pourquoi certains anciens totaux l’omettent.

La Jeune Fille à la flûte, vers 1669–1675, atelier de Johannes Vermeer, National Gallery of Art Washington
Atelier selon Washington

La Jeune Fille à la flûte : le cas qui sépare 36 et 37

En 2022, l’équipe de la National Gallery of Art a conclu que ce petit panneau de 20 × 17,8 cm n’avait pas été peint par Vermeer, mais par une personne connaissant intimement ses procédés. Les pigments et certaines habitudes — notamment la terre verte dans les ombres du visage — relient l’objet à son environnement ; l’exécution granuleuse et maladroite des couches finales l’en distingue.

Washington affiche désormais « atelier de Johannes Vermeer ». Les commissaires du Rijksmuseum ont pourtant défendu l’attribution autographe lors de l’exposition de 2023. Un décompte qui respecte la notice actuelle du propriétaire s’arrête donc à 36 au maximum ; le catalogue amstellodamois monte à 37.

Un noyau reconnaissable

Pourquoi 34 tableaux résistent mieux au doute

La cohérence du corpus consensuel ne repose pas sur une recette visuelle unique. Vermeer a peint des histoires religieuses, une scène de maison close, deux vues de Delft, des tronies et surtout des intérieurs. Le consensus vient de la convergence entre provenance, matériaux, évolution stylistique et manière de construire la lumière.

La Laitière de Johannes Vermeer, vers 1660, Rijksmuseum Amsterdam
La Laitière, vers 1660, huile sur toile, 45,5 × 41 cm, Rijksmuseum. Sa place dans le corpus ne fait pas débat.

Une lumière construite

Elle entre souvent par la gauche, mais sa fonction dépasse le décor : elle ordonne le mur, les objets, le visage et l’espace entre les figures.

Des pigments exigeants

L’outremer naturel est utilisé avec une générosité inhabituelle, jusque dans des mélanges et des ombres où le bleu ne se voit presque plus.

Une géométrie ajustée

Le point de fuite, parfois matérialisé par un trou d’épingle, donne une armature précise que Vermeer modifie ensuite pour l’équilibre pictural.

Une surface patiente

Les couches préparatoires, accents lumineux, glacis et contours adoucis montrent un travail lent, mais pas une perfection mécanique sans repentirs.

Vue de Delft de Johannes Vermeer, vers 1660–1661, Mauritshuis
Vue de Delft, vers 1660–1661, Mauritshuis. L’une des deux vues urbaines conservées du peintre.

Chronologie du catalogue

Comment le corpus s’est contracté, puis prudemment élargi

XVIIe s.
Inventaires de Delft. La vente Dissius de 1696 mentionne vingt et un tableaux de Vermeer. Les descriptions sont précieuses, mais toutes ne correspondent pas sûrement à une œuvre aujourd’hui identifiée.
1866
Redécouverte par Thoré-Bürger. Le critique reconstitue Vermeer mais lui attribue aussi des tableaux d’autres peintres, notamment à cause des signatures et monogrammes proches.
1937–45
Le choc Van Meegeren. Les faux « Vermeer » imposent une révision sévère des critères. La méfiance explique en partie le rejet ultérieur du petit Virginal.
1990–2004
Retour du petit Virginal. Radiographie, pigments, toile et restauration convainquent progressivement de nombreux spécialistes.
2014
Sainte Praxède entre à Tokyo. Vendue comme Vermeer et déposée au National Museum of Western Art, elle conserve officiellement une attribution prudente.
2022–23
Divergence sur la flûte. Washington retire l’œuvre au maître ; Amsterdam la maintient. Le total contemporain se met à varier ouvertement entre institutions.
La Liseuse à la fenêtre de Johannes Vermeer après restauration, Gemäldegalerie Alte Meister Dresde
La Liseuse à la fenêtre, vers 1657–1659, Dresde. La restauration a révélé le Cupidon masqué par une intervention postérieure, sans changer l’identité de l’auteur.

La méthode

Comment décide-t-on qu’un tableau est de Vermeer ?

01

Provenance

Inventaires, ventes, collections et changements de titre relient l’objet à Delft. Une lacune n’invalide pas une œuvre, mais une histoire trop tardive appelle davantage de preuves.

02

Toile ou panneau

Le comptage des fils peut montrer que deux toiles proviennent du même rouleau. La dendrochronologie date le bois, mais le support ne nomme jamais seul le peintre.

03

Imagerie

Radiographie, infrarouge et cartographies élémentaires révèlent la construction, les repentirs et l’ordre des couches invisibles à l’œil nu.

04

Pigments

Outremer, terre verte, jaune de plomb-étain et préparation sont comparés au corpus. Des matériaux compatibles peuvent signaler un atelier sans prouver une main.

05

Technique

Les chercheurs observent granulométrie, transitions, points lumineux et finesse des couches finales. C’est ici que La Jeune Fille à la flûte s’écarte selon Washington.

06

Comparaison

Composition, rythme, anatomie et qualité sont confrontés aux œuvres proches en date. L’expertise visuelle reste nécessaire, mais doit expliquer ses critères.

La Femme à la balance de Johannes Vermeer, vers 1662–1664, National Gallery of Art Washington
La Femme à la balance, vers 1662–1664, National Gallery of Art. Un exemple du corpus consensuel étudié avec les mêmes méthodes que les œuvres contestées.

Faits et interprétations

Ce que les examens prouvent — et ce qu’ils suggèrent

Faits établis

  • Le petit Virginal et La Dentellière ont été peints sur des toiles provenant du même rouleau.
  • La Jeune Fille à la flûte utilise des matériaux et procédés liés à Vermeer.
  • Washington classe désormais cette œuvre « atelier de Johannes Vermeer ».
  • Tokyo présente Sainte Praxède comme « attribuée à Vermeer ».
  • Le Rijksmuseum a exposé les trois dossiers dans son corpus de 37 en 2023.

Interprétations

  • Le partage d’un rouleau de toile rend l’attribution très plausible, sans identifier physiquement la main.
  • La proximité matérielle de la Flûte peut indiquer un élève, un membre de la famille ou une autre personne de l’atelier.
  • La signature de Sainte Praxède peut être autographe, ancienne mais ajoutée, ou interprétée différemment.
  • La qualité inégale peut relever d’une œuvre de jeunesse, d’une conservation altérée ou d’un autre peintre.
La Dentellière de Johannes Vermeer, vers 1669–1670, musée du Louvre
La Dentellière, vers 1669–1670, Louvre. Sa toile constitue un élément comparatif majeur pour le petit tableau de la Leiden Collection.

Lire un catalogue

Six réflexes pour ne plus se perdre dans les chiffres

  1. Regardez la date de publication. Un livre antérieur à octobre 2022 peut compter La Jeune Fille à la flûte comme Vermeer sans connaître l’avis actuel de Washington.
  2. Identifiez l’institution. Un musée propriétaire publie le statut de sa propre œuvre ; un commissaire d’exposition peut défendre une attribution différente.
  3. Repérez les nuances. « Par », « attribué à », « atelier de », « cercle de » et « d’après » ne désignent pas le même degré de certitude.
  4. Distinguez œuvres conservées et production historique. Les 34–37 tableaux sont ceux que nous connaissons matériellement, pas nécessairement tout ce que Vermeer a peint.
  5. Ne comptez pas deux fois les titres proches. Les deux Femmes assises au virginal — Londres et Leiden Collection — sont deux tableaux distincts.
  6. Traitez les œuvres volées comme conservées. Le Concert, disparu depuis 1990, existe toujours et reste inclus dans le corpus.
Le Concert de Johannes Vermeer, vers 1663–1666, volé à l’Isabella Stewart Gardner Museum en 1990
Le Concert, vers 1663–1666. Volé à Boston en 1990, il compte toujours parmi les œuvres conservées, même si sa localisation est inconnue.

Où voir les œuvres ?

Les collections indispensables pour comprendre le décompte

Rijksmuseum, Amsterdam

Quatre chefs-d’œuvre, dont La Laitière et La Ruelle, ainsi que les archives de l’exposition de 2023 qui défendait un corpus de 37.

Mauritshuis, La Haye

La Jeune Fille à la perle, Vue de Delft et Diane et ses compagnes. Le musée a utilisé selon les projets un total de 36 ou « seulement 36 ».

National Gallery of Art, Washington

Trois Vermeer autographes et La Jeune Fille à la flûte, aujourd’hui exposée comme œuvre de l’atelier. C’est le meilleur lieu pour voir la frontière concrète du catalogue.

National Museum of Western Art, Tokyo

Sainte Praxède, déposée par Kufu Company et présentée avec la mention « attribuée à Johannes Vermeer ». Vérifiez l’accrochage avant la visite.

Leiden Collection, New York

Le petit Virginal appartient à une collection privée et n’est pas en permanence accessible. Sa notice numérique documente néanmoins recherche et restauration.

Musée du Louvre, Paris

La Dentellière et L’Astronome permettent de comparer deux formats, deux périodes et une toile matériellement liée au dossier Leiden.

La Jeune Fille à la perle de Johannes Vermeer, vers 1665, Mauritshuis
La Jeune Fille à la perle, vers 1665, Mauritshuis. Une icône du noyau unanimement accepté.

Collection Alpha Reproduction

Explorer Vermeer sans effacer les nuances d’attribution

La collection réunit les intérieurs, vues de Delft, tronies et œuvres de jeunesse attribués à Vermeer. Lorsqu’une attribution reste discutée, le libellé du produit la signale explicitement : une reproduction de Sainte Praxède ne doit pas transformer une attribution prudente en certitude.

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Articles connexes

Questions fréquentes

FAQ : compter les Vermeer

Vermeer a-t-il peint 34 ou 37 tableaux ?

Trente-quatre œuvres conservées forment le noyau consensuel. Le chiffre de 37 ajoute les trois dossiers discutés : Sainte Praxède, le petit Virginal de la Leiden Collection et La Jeune Fille à la flûte.

Quel chiffre faut-il employer dans un exposé ?

Écrivez : « Environ 34 à 37 tableaux conservés sont associés à Vermeer ; 34 font l’objet d’un large consensus. » Ajoutez ensuite que le total dépend des attributions retenues.

Pourquoi le Rijksmuseum compte-t-il 37 œuvres ?

Pour l’exposition de 2023, ses commissaires ont adopté un catalogue inclusif, acceptant les trois cas discutés, y compris La Jeune Fille à la flûte.

Pourquoi Washington ne considère-t-il plus La Jeune Fille à la flûte comme un Vermeer ?

Les examens ont révélé une connaissance des matériaux et méthodes de Vermeer, mais une mise en œuvre jugée moins maîtrisée, notamment dans la granulométrie et les couches finales. Le musée l’attribue à un associé de l’atelier.

Sainte Praxède est-elle un vrai Vermeer ?

Son attribution est défendue par plusieurs spécialistes et le Rijksmuseum, mais le musée de Tokyo conserve la formulation « attribuée à Johannes Vermeer ». Elle ne fait donc pas partie du noyau unanimement accepté.

Le tableau de la Leiden Collection est-il accepté ?

Il est aujourd’hui largement reconnu comme une œuvre tardive de Vermeer grâce aux analyses du support, des pigments et de la technique. Quelques catalogues prudents ou anciens continuent toutefois de l’écarter.

Le Concert volé compte-t-il dans les 34 à 37 ?

Oui. Le tableau existe, son attribution n’est pas remise en cause et le vol ne le transforme pas en œuvre perdue au sens matériel, même si sa localisation actuelle est inconnue.

Combien de tableaux Vermeer a-t-il probablement réalisés dans sa vie ?

Le total exact est inconnu. Des estimations avancent environ 45 à 50 peintures, dont une partie aurait disparu. Les inventaires anciens mentionnent des sujets difficiles à relier aux œuvres actuelles.

Peut-on découvrir encore un Vermeer ?

C’est possible mais exceptionnel. Un candidat devrait réunir provenance crédible, matériaux du XVIIe siècle, technique compatible et très forte qualité. L’histoire des faux Vermeer impose une prudence extrême.

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