Le laboratoire sur papier
Les dessins et croquis de Léonard de Vinci
Guide complet des techniques, sujets, carnets et feuilles majeures d’un artiste qui dessinait pour voir, concevoir et comprendre.
Pourquoi sont-ils essentiels ?
La partie la plus vaste de son œuvre
Les peintures reconnues de Léonard de Vinci sont peu nombreuses. Ses dessins, en revanche, documentent presque tous les domaines qu’il étudie : figures humaines, draperies, animaux, plantes, paysages, machines, fortifications, eau, optique, anatomie et cartographie.
Il ne sépare pas nettement le croquis artistique du schéma scientifique. Une même feuille peut accueillir une tête, un engrenage, une note de dépense et une hypothèse sur le mouvement. Cette juxtaposition n’est pas du désordre : elle montre une pensée qui procède par comparaison visuelle.
Matériaux et techniques
Quatre manières de construire une feuille
Léonard dispose d’une gamme limitée de matériaux, mais les combine avec une grande liberté. Les analyses techniques révèlent souvent plusieurs étapes invisibles à l’œil nu.
Pointe métallique
Un stylet, souvent d’argent, trace sur un papier enduit d’une préparation abrasive. La ligne fine ne s’efface pas et oblige à une grande maîtrise.
Plume et encre
La plume d’oie permet des traits rapides, des hachures et des écritures serrées. L’encre ferro-gallique, noire à l’origine, a souvent bruni avec le temps.
Sanguine et pierre noire
À partir des années 1490, les craies rouges et noires permettent des modelés plus souples, des ombres fondues et une étude sensible des chairs.
Lavis et rehauts
L’encre diluée pose de grandes ombres ; la craie blanche éclaire les papiers teintés. Léonard superpose parfois plusieurs médiums sur une même feuille.




Les grands sujets
Du cheval au tourbillon
Chaque sujet appelle un vocabulaire graphique différent : lignes de construction pour la mécanique, contours précis pour la botanique, hachures superposées pour l’anatomie.

Chevaux
Mesures, profils, musculature et allures préparent les monuments Sforza et Trivulzio.

Plantes
Les feuilles tournent autour de la tige et deviennent des structures vivantes plutôt que des ornements.

Eau, vagues et obstacles
Léonard recherche des formes répétables : tourbillons, remous, bulles et cercles qui se propagent.

Le fœtus
Observation, hypothèse et mise en page circulaire donnent à cette feuille une force exceptionnelle.

Cœur et vaisseaux
Les dessins associent dissections, sections, schémas et explications du fonctionnement.

Machines volantes
L’aile d’oiseau devient un problème de force, d’articulation et de contrôle par le corps humain.

Plan d’Imola
La ville est mesurée et reconstruite en vue verticale avec une précision remarquable.

Visages et caractères
Profils idéaux, vieillards et déformations explorent le rapport entre apparence, émotion et caractère.

Le Déluge
Dans onze feuilles visionnaires, roches, eau, vent et nuages se confondent en une catastrophe universelle.

Comment lire une feuille
Texte, image et correction
Une page de Léonard ne se lit pas toujours de gauche à droite ni comme une composition achevée. Elle conserve les étapes de la recherche.
Carnets et codex
Des feuilles dispersées, pas des livres achevés
Le mot « codex » désigne souvent des regroupements constitués après la mort de Léonard. L’ordre actuel ne reflète donc pas toujours son organisation de travail.

Codex Atlanticus
La plus vaste réunion de textes et dessins de Léonard : machines, mathématiques, architecture, armes, vol, botanique et notes personnelles sur plusieurs décennies.
Codex Arundel
283 folios, datés globalement de 1478 à 1518. Le noyau est une collection commencée à Florence en 1508, décrite par Léonard lui-même comme rassemblée « sans ordre » avant un classement futur.
Codex Forster
Cinq carnets reliés en trois volumes, vers 1487–1505. Ils traitent notamment d’hydraulique, de mécanique, de mesures et de géométrie, avec l’écriture spéculaire caractéristique.
Croquis, étude ou dessin fini ?
Cinq fonctions à distinguer
Notation rapide
Quelques lignes captent une pose, une idée mécanique ou une forme aperçue avant qu’elle ne disparaisse.
Étude d’après nature
Plante, cheval, visage ou corps disséqué sont observés avec précision et parfois mesurés.
Préparation d’une œuvre
Draperies, mains, têtes et compositions testent une solution destinée à une peinture ou une sculpture.
Schéma explicatif
Sections, flèches, légendes et vues multiples cherchent à exposer un fonctionnement invisible.
Feuille autonome
Certaines études, comme les Déluge, atteignent une intensité visuelle qui dépasse tout projet utilitaire connu.
Carton grandeur nature
Un grand dessin peut présenter la composition au commanditaire ou préparer son transfert sur le support final.
Où voir les originaux ?
Les collections essentielles
Les œuvres sur papier sont fragiles : elles ne sont pas exposées en permanence et apparaissent souvent par rotation.
Royal Collection
Windsor conserve le groupe le plus important, près de 600 dessins couvrant art, anatomie, botanique et ingénierie.
Explorer la sélection officielle →Gallerie dell’Accademia
Venise conserve L’Homme de Vitruve, rarement exposé pour des raisons de conservation.
Voir la notice →British Library et V&A
Le Codex Arundel est numérisé par la British Library ; le V&A permet d’explorer les Codex Forster.
Explorer le Codex Forster →Biblioteca Ambrosiana
Le Codex Atlanticus est consultable feuille par feuille grâce au projet numérique de l’Ambrosiana.
Explorer le Codex Atlanticus →Prolonger la découverte
Des études aux peintures
Ces œuvres permettent d’observer comment les recherches graphiques deviennent gestes, visages, draperies et compositions peintes.





Questions fréquentes
Comprendre les dessins de Léonard
Combien de dessins de Léonard de Vinci sont conservés ?
Le nombre dépend de la manière de compter les feuilles recto-verso et les dessins attribués. La Royal Collection conserve à elle seule près de 600 dessins ; d’autres ensembles se trouvent à Paris, Londres, Milan, Venise, Turin et dans plusieurs musées internationaux.
Pourquoi Léonard écrivait-il de droite à gauche ?
Son écriture spéculaire est probablement liée au fait qu’il était gaucher : écrire de droite à gauche limite le frottement de la main sur l’encre fraîche. Ce n’est pas la preuve d’un système destiné à cacher tous ses secrets.
Quelle différence entre un croquis, une étude et un carton ?
Le croquis saisit rapidement une idée ; l’étude approfondit une partie ou un problème ; le carton est un grand dessin de composition, parfois à l’échelle de l’œuvre finale, destiné à la présentation ou au transfert.
L’Homme de Vitruve est-il toujours exposé à Venise ?
Non. Le dessin est très sensible à la lumière et n’est pas exposé en permanence. Il apparaît lors de présentations exceptionnelles, selon les exigences de conservation des Gallerie dell’Accademia.
Les machines de Léonard ont-elles été construites ?
La plupart sont des études, variantes ou projets sur papier. Certains mécanismes utilisent des principes viables, mais un dessin ne prouve pas qu’une machine complète fut construite ou testée par Léonard.
Peut-on consulter ses carnets en ligne ?
Oui. Le Codex Arundel est numérisé par la British Library, les Codex Forster par le Victoria and Albert Museum, le Codex Atlanticus par la Biblioteca Ambrosiana et de nombreux dessins par la Royal Collection.
Sources de référence
- Royal Collection Trust — Top 10 Leonardo Drawings
- Royal Collection Trust — Leonardo da Vinci: A Closer Look
- British Library — Codex Arundel, Arundel MS 263
- Victoria and Albert Museum — Codex Forster I
- Gallerie dell’Accademia — Uomo Vitruviano
- Metropolitan Museum — The Head of the Virgin
- Veneranda Biblioteca Ambrosiana — Codex Atlanticus
Images de feuilles du domaine public via Wikimedia Commons. Datations et techniques rapprochées des notices des institutions conservatrices. Dernière vérification : 28 juillet 2026.
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