Gustav Klimt · allégorie · Vienne fin de siècle
La Musique I et II comment Klimt représente le son
Klimt ne peint pas la musique comme un simple concert. Il la transforme en figure, en silence, en masque antique, en lyre, en rythme décoratif. Entre La Musique I, petite allégorie conservée à Munich, et La Musique II, grand tableau détruit en 1945, on voit passer toute une idée viennoise : le son devient une image mentale.
La réponse courte
Klimt représente le son par des signes, pas par le bruit
La Musique I, peinte en 1895, montre une femme tenant une lyre, accompagnée d’éléments symboliques : un sphinx, un masque de Silène, des dents de lion, un visage méditatif. L’image est petite, dense, presque comme une vignette allégorique : la musique y devient connaissance, énigme, énergie et intériorité.
La Musique II, datée de 1898, reprend le thème à une échelle beaucoup plus monumentale. L’œuvre mesurait environ 150 × 200 cm et appartenait à la collection Lederer. Elle fut détruite en 1945 dans l’incendie du château d’Immendorf, avec d’autres Klimt majeurs.
Entre les deux versions, Klimt passe d’une allégorie encore lisible à une vision plus décorative et plus théâtrale. Il ne montre pas une note de musique : il montre ce que la musique fait au corps, à la mémoire et à l’espace.
I · Symboles
Dans La Musique I, chaque objet donne une qualité au son
Klimt compose une image presque silencieuse. Aucun instrument n’est joué avec emphase ; pourtant tout parle de musique. La lyre indique l’art sonore, mais le vrai sujet est plus profond : la musique comme puissance intérieure.
La lyre
Elle donne immédiatement le thème : musique, poésie, antiquité, chant. Mais elle est tenue plus qu’elle n’est jouée. Le son est en puissance, retenu.
Le sphinx
Le sphinx fait de la musique une énigme. Il suggère qu’entendre, ce n’est pas seulement recevoir un son : c’est affronter quelque chose d’obscur.
Le masque
Le masque de Silène introduit le théâtre, l’ivresse, le monde antique et la part dionysiaque. La musique touche autant le corps que l’esprit.
Le visage
La femme ne regarde pas le spectateur avec intensité dramatique. Elle semble absorbée. Klimt peint l’écoute comme une méditation.
Le doré
Le bronze doré annonce déjà la période d’or : le son n’est pas invisible, il devient éclat, surface précieuse, vibration matérielle.
Le silence
Le paradoxe est délicieux : pour représenter la musique, Klimt peint une scène presque muette. C’est le silence de l’image qui laisse imaginer le son.
II · La Musique I / La Musique II
Deux formats, deux manières de faire entendre l’image
La première version est intime ; la seconde est monumentale. L’une survit dans une collection publique, l’autre n’existe plus que par reproduction. Cette différence change aussi notre manière de les regarder.

La Musique I
Une allégorie condensée, où le symbole compte plus que la narration.

La Musique II
Une version monumentale, connue par reproduction, qui élargit le thème jusqu’au décor.
| Aspect | La Musique I | La Musique II |
|---|---|---|
| Date | 1895 | 1898 |
| Format | Petit tableau, image très concentrée. | Grand format, environ 150 × 200 cm. |
| Statut actuel | Conservée à la Neue Pinakothek / Bayerische Staatsgemäldesammlungen. | Détruite en 1945 au château d’Immendorf. |
| Effet | Allégorie méditative. | Vision plus monumentale et décorative. |
| Ce que l’on entend | Un son intérieur, presque philosophique. | Une musique devenue espace, théâtre et mémoire perdue. |
III · Comment peindre le son ?
Chez Klimt, le son devient rythme visuel
Remplacer la note par l’allégorie
Plutôt que de peindre une partition lisible ou un instrument en action, Klimt choisit une figure. Le son devient une personne, donc un état.
Utiliser l’Antiquité comme résonance
Lyre, sphinx, masque : ces signes donnent à la musique une profondeur archaïque. Elle paraît plus ancienne que la scène elle-même.
Faire vibrer la surface
Le doré et les contrastes décoratifs jouent le rôle d’une vibration. La musique n’est pas seulement un sujet ; elle devient une texture.
Laisser l’image silencieuse
Plus l’image se tait, plus elle oblige le spectateur à imaginer. Klimt peint l’espace mental qui précède ou suit le son.

Joseph Pembaur
Avant les allégories, Klimt peint aussi un musicien identifiable. Le portrait lie déjà réalisme, symbole et instrument.
IV · Œuvres perdues
La Musique II appartient aussi à l’histoire des Klimt détruits
En 1945, plusieurs œuvres majeures de Klimt disparaissent dans l’incendie du château d’Immendorf. Cette perte touche des tableaux de la collection Lederer et change notre rapport à Klimt : certaines images ne sont plus des tableaux, mais des traces.

Schubert au piano
Autre grande image musicale perdue : un salon, une écoute, une lumière de bougie, et Schubert transformé en mémoire viennoise.

La Frise Beethoven
Ici, la musique n’est plus seulement un thème : elle organise une frise entière autour du désir de bonheur.

Voir par reproduction
Pour certaines œuvres détruites, la photographie ancienne devient le seul accès possible : précieux, mais incomplet.
Nuance importante : une image détruite n’est pas une image sans valeur. Au contraire, elle devient un document historique : elle nous oblige à distinguer l’œuvre matérielle, disparue, et la mémoire visuelle qui subsiste.
V · Voir autour du thème
Klimt entre musique, théâtre et ornement
Le thème musical se comprend mieux si on le replace dans la Vienne 1900 : concerts, salons, Sécession, Beethoven, portraits de musiciens et goût pour l’allégorie.

La Sécession viennoise
La musique devient un modèle pour les arts visuels : rythme, ensemble, immersion, œuvre totale.

Le Belvedere
Un lieu central pour comprendre Klimt, ses frises, ses portraits et sa réception moderne.

L’atelier
La musique chez Klimt est aussi un travail de composition : placer, équilibrer, faire vibrer.
Boutique
Prolonger Klimt : rythme, or et figures symboliques
Même si La Musique II a disparu, l’univers sonore de Klimt dialogue naturellement avec ses œuvres dorées, ses frises et ses grandes figures décoratives.
Sources
Sources utilisées
Sources muséales et fichiers libres pour vérifier dates, dimensions, collection, destruction et iconographie.
Die Musik, 1895
Notice officielle : technique, dimensions, acquisition en 1901 et collection munichoise.
Google Arts / Neue PinakothekMusic
Notice de synthèse avec date, dimensions et médium.
Wikimedia CommonsImage La Musique I
Fichier source public domain importé ensuite sur Shopify CDN.
Wikimedia CommonsImage La Musique II
Reproduction de l’œuvre détruite, document visuel de référence.
Wikimedia CommonsSchubert au piano
Autre œuvre musicale de Klimt détruite en 1945.
Wikimedia CommonsJoseph Pembaur
Portrait d’un musicien réel par Klimt, utile pour élargir le thème.
Questions fréquentes
Comprendre La Musique de Klimt
Où se trouve La Musique I de Klimt ?
La Musique I, ou Die Musik, est conservée dans les collections de la Neue Pinakothek / Bayerische Staatsgemäldesammlungen à Munich.
La Musique II existe-t-elle encore ?
Non. La Musique II, datée de 1898, a été détruite en 1945 dans l’incendie du château d’Immendorf, avec d’autres œuvres majeures de Klimt.
Pourquoi Klimt utilise-t-il une lyre ?
La lyre renvoie à l’Antiquité, à la poésie et à la musique. Chez Klimt, elle sert moins à décrire un concert qu’à donner une forme symbolique au son.
Quel lien avec la Frise Beethoven ?
La Frise Beethoven prolonge cette idée : la musique devient une structure visuelle, un parcours mural, presque une expérience immersive avant l’heure.
Pourquoi parler de silence dans un article sur la musique ?
Parce que Klimt représente souvent l’effet intérieur du son. L’image est silencieuse, mais elle suggère l’écoute, la mémoire et la vibration mentale.
Chez Klimt, la musique ne sort pas seulement d’un instrument : elle devient une figure qui pense, un décor qui vibre, une mémoire qui survit.
La Musique I nous reste comme une allégorie précieuse. La Musique II, perdue, rappelle que certaines œuvres continuent de résonner précisément parce qu’elles ont disparu.
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