Catalogue • attribution • œuvres conservées
Combien de tableaux Vermeer a-t-il peints ? Pourquoi le total varie de 34 à 37
Le catalogue de Vermeer tient presque dans une seule salle, mais il ne tient pas dans un seul chiffre. Entre noyau consensuel, attributions discutées, tableau d’atelier et œuvres perdues, compter exige d’abord de définir ce que l’on compte.
L’Art de la peinture, vers 1666–1668, huile sur toile, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Une œuvre majeure du noyau incontesté.
Réponse immédiate
Le chiffre le plus rigoureux : 34, puis trois œuvres à examiner séparément
Trente-quatre peintures conservées sont aujourd’hui attribuées à Johannes Vermeer avec un très large consensus. Le total monte à 35, 36 ou 37 selon que le catalogue ajoute tout ou partie de trois œuvres discutées : Sainte Praxède, la petite Jeune femme assise au virginal de la Leiden Collection et La Jeune Fille à la flûte. Cette dernière est classée « atelier de Johannes Vermeer » par son propriétaire, la National Gallery of Art de Washington, depuis 2022, mais les commissaires de la grande exposition du Rijksmuseum de 2023 l’ont néanmoins présentée parmi les œuvres de Vermeer.
Le nombre de tableaux effectivement peints au cours de sa vie est probablement supérieur. Le Rijksmuseum évoque une production totale possible d’environ 45 à 50 œuvres. Certaines ont disparu, sont seulement documentées dans des inventaires anciens ou restent à identifier.
Le compteur expliqué
De 34 à 37 : chaque unité correspond à une décision
Le désaccord n’oppose pas « ceux qui savent » à « ceux qui se trompent ». Les spécialistes évaluent les mêmes indices avec des seuils de certitude différents. Les musées peuvent également employer un chiffre arrondi dans un texte grand public et un statut plus précis dans leurs notices d’œuvres.
Consensus fort
Les tableaux dont l’attribution rencontre une adhésion très large : de Diane et ses compagnes à L’Allégorie de la foi.
+ une œuvre
Selon le catalogue choisi, on ajoute le petit Virginal de la Leiden Collection, aujourd’hui largement accepté, ou Sainte Praxède.
+ deux œuvres
Le Mauritshuis a longtemps communiqué sur 36 peintures, chiffre correspondant à un corpus large mais pas maximal.
+ les trois dossiers
Le Rijksmuseum a retenu ce total pour son exposition de 2023, y compris La Jeune Fille à la flûte malgré la nouvelle position de Washington.
| Nombre annoncé | Ce qu’il signifie généralement | Exemple institutionnel | Précaution |
|---|---|---|---|
| 34 | Noyau des œuvres conservées très largement acceptées | National Gallery of Art après le retrait de La Jeune Fille à la flûte | Ce n’est pas le nombre total produit durant la vie de Vermeer. |
| 35 | Formule arrondie ou noyau augmenté d’une attribution | Rijksmuseum et National Gallery de Londres : « environ 35 » | Le musée ne publie pas toujours dans la même page la liste exacte sous-jacente. |
| 36 | Corpus élargi à deux cas discutés | Mauritshuis, notamment dans le projet Meet Vermeer | Le statut des œuvres a évolué depuis 2018. |
| 37 | Corpus le plus inclusif des œuvres conservées | Rijksmuseum, exposition Vermeer de 2023 | Inclut des tableaux que leur musée propriétaire ne classe pas nécessairement comme autographes. |
Les trois dossiers
Les tableaux qui font bouger le total

Sainte Praxède : signature, copie et jeunesse
La toile de 1655, 101,6 × 82,6 cm, reprend presque exactement une composition de l’Italien Felice Ficherelli. Une inscription « Meer 1655 » soutient le lien avec Vermeer, et le Rijksmuseum l’a retenue dans son exposition de 2023. Le National Museum of Western Art de Tokyo emploie toutefois la formule prudente « Johannes Vermeer (attribué à) ».
Le problème n’est pas qu’un grand peintre ait copié un modèle : cet exercice était normal. La difficulté vient de la manière encore éloignée des intérieurs lumineux qui rendent Vermeer reconnaissable. Pour certains catalogues, elle devient la 35e œuvre ; pour d’autres, elle reste en annexe.

Le petit Virginal de la Leiden Collection
Cette œuvre de seulement 25,5 × 20,1 cm ne doit pas être confondue avec la grande Dame assise au virginal de la National Gallery de Londres. Longtemps rejetée, voire soupçonnée d’être une imitation moderne, elle a bénéficié d’examens techniques dans les années 1990 et 2000.
Le support est particulièrement éloquent : la toile provient du même rouleau que celui de La Dentellière du Louvre. Pigments, préparation, point de fuite et modelé ont renforcé l’attribution. La restauration de 2024 a encore clarifié la surface. L’œuvre est aujourd’hui largement admise et figurait au Rijksmuseum en 2023, mais l’histoire de ses doutes explique pourquoi certains anciens totaux l’omettent.

La Jeune Fille à la flûte : le cas qui sépare 36 et 37
En 2022, l’équipe de la National Gallery of Art a conclu que ce petit panneau de 20 × 17,8 cm n’avait pas été peint par Vermeer, mais par une personne connaissant intimement ses procédés. Les pigments et certaines habitudes — notamment la terre verte dans les ombres du visage — relient l’objet à son environnement ; l’exécution granuleuse et maladroite des couches finales l’en distingue.
Washington affiche désormais « atelier de Johannes Vermeer ». Les commissaires du Rijksmuseum ont pourtant défendu l’attribution autographe lors de l’exposition de 2023. Un décompte qui respecte la notice actuelle du propriétaire s’arrête donc à 36 au maximum ; le catalogue amstellodamois monte à 37.
Un noyau reconnaissable
Pourquoi 34 tableaux résistent mieux au doute
La cohérence du corpus consensuel ne repose pas sur une recette visuelle unique. Vermeer a peint des histoires religieuses, une scène de maison close, deux vues de Delft, des tronies et surtout des intérieurs. Le consensus vient de la convergence entre provenance, matériaux, évolution stylistique et manière de construire la lumière.

Une lumière construite
Elle entre souvent par la gauche, mais sa fonction dépasse le décor : elle ordonne le mur, les objets, le visage et l’espace entre les figures.
Des pigments exigeants
L’outremer naturel est utilisé avec une générosité inhabituelle, jusque dans des mélanges et des ombres où le bleu ne se voit presque plus.
Une géométrie ajustée
Le point de fuite, parfois matérialisé par un trou d’épingle, donne une armature précise que Vermeer modifie ensuite pour l’équilibre pictural.
Une surface patiente
Les couches préparatoires, accents lumineux, glacis et contours adoucis montrent un travail lent, mais pas une perfection mécanique sans repentirs.

Chronologie du catalogue
Comment le corpus s’est contracté, puis prudemment élargi

La méthode
Comment décide-t-on qu’un tableau est de Vermeer ?
Provenance
Inventaires, ventes, collections et changements de titre relient l’objet à Delft. Une lacune n’invalide pas une œuvre, mais une histoire trop tardive appelle davantage de preuves.
Toile ou panneau
Le comptage des fils peut montrer que deux toiles proviennent du même rouleau. La dendrochronologie date le bois, mais le support ne nomme jamais seul le peintre.
Imagerie
Radiographie, infrarouge et cartographies élémentaires révèlent la construction, les repentirs et l’ordre des couches invisibles à l’œil nu.
Pigments
Outremer, terre verte, jaune de plomb-étain et préparation sont comparés au corpus. Des matériaux compatibles peuvent signaler un atelier sans prouver une main.
Technique
Les chercheurs observent granulométrie, transitions, points lumineux et finesse des couches finales. C’est ici que La Jeune Fille à la flûte s’écarte selon Washington.
Comparaison
Composition, rythme, anatomie et qualité sont confrontés aux œuvres proches en date. L’expertise visuelle reste nécessaire, mais doit expliquer ses critères.

Faits et interprétations
Ce que les examens prouvent — et ce qu’ils suggèrent
Faits établis
- Le petit Virginal et La Dentellière ont été peints sur des toiles provenant du même rouleau.
- La Jeune Fille à la flûte utilise des matériaux et procédés liés à Vermeer.
- Washington classe désormais cette œuvre « atelier de Johannes Vermeer ».
- Tokyo présente Sainte Praxède comme « attribuée à Vermeer ».
- Le Rijksmuseum a exposé les trois dossiers dans son corpus de 37 en 2023.
Interprétations
- Le partage d’un rouleau de toile rend l’attribution très plausible, sans identifier physiquement la main.
- La proximité matérielle de la Flûte peut indiquer un élève, un membre de la famille ou une autre personne de l’atelier.
- La signature de Sainte Praxède peut être autographe, ancienne mais ajoutée, ou interprétée différemment.
- La qualité inégale peut relever d’une œuvre de jeunesse, d’une conservation altérée ou d’un autre peintre.

Lire un catalogue
Six réflexes pour ne plus se perdre dans les chiffres
- Regardez la date de publication. Un livre antérieur à octobre 2022 peut compter La Jeune Fille à la flûte comme Vermeer sans connaître l’avis actuel de Washington.
- Identifiez l’institution. Un musée propriétaire publie le statut de sa propre œuvre ; un commissaire d’exposition peut défendre une attribution différente.
- Repérez les nuances. « Par », « attribué à », « atelier de », « cercle de » et « d’après » ne désignent pas le même degré de certitude.
- Distinguez œuvres conservées et production historique. Les 34–37 tableaux sont ceux que nous connaissons matériellement, pas nécessairement tout ce que Vermeer a peint.
- Ne comptez pas deux fois les titres proches. Les deux Femmes assises au virginal — Londres et Leiden Collection — sont deux tableaux distincts.
- Traitez les œuvres volées comme conservées. Le Concert, disparu depuis 1990, existe toujours et reste inclus dans le corpus.

Où voir les œuvres ?
Les collections indispensables pour comprendre le décompte
Rijksmuseum, Amsterdam
Quatre chefs-d’œuvre, dont La Laitière et La Ruelle, ainsi que les archives de l’exposition de 2023 qui défendait un corpus de 37.
Mauritshuis, La Haye
La Jeune Fille à la perle, Vue de Delft et Diane et ses compagnes. Le musée a utilisé selon les projets un total de 36 ou « seulement 36 ».
National Gallery of Art, Washington
Trois Vermeer autographes et La Jeune Fille à la flûte, aujourd’hui exposée comme œuvre de l’atelier. C’est le meilleur lieu pour voir la frontière concrète du catalogue.
National Museum of Western Art, Tokyo
Sainte Praxède, déposée par Kufu Company et présentée avec la mention « attribuée à Johannes Vermeer ». Vérifiez l’accrochage avant la visite.
Leiden Collection, New York
Le petit Virginal appartient à une collection privée et n’est pas en permanence accessible. Sa notice numérique documente néanmoins recherche et restauration.
Musée du Louvre, Paris
La Dentellière et L’Astronome permettent de comparer deux formats, deux périodes et une toile matériellement liée au dossier Leiden.

Collection Alpha Reproduction
Explorer Vermeer sans effacer les nuances d’attribution
La collection réunit les intérieurs, vues de Delft, tronies et œuvres de jeunesse attribués à Vermeer. Lorsqu’une attribution reste discutée, le libellé du produit la signale explicitement : une reproduction de Sainte Praxède ne doit pas transformer une attribution prudente en certitude.
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Questions fréquentes
FAQ : compter les Vermeer
Vermeer a-t-il peint 34 ou 37 tableaux ?
Trente-quatre œuvres conservées forment le noyau consensuel. Le chiffre de 37 ajoute les trois dossiers discutés : Sainte Praxède, le petit Virginal de la Leiden Collection et La Jeune Fille à la flûte.
Quel chiffre faut-il employer dans un exposé ?
Écrivez : « Environ 34 à 37 tableaux conservés sont associés à Vermeer ; 34 font l’objet d’un large consensus. » Ajoutez ensuite que le total dépend des attributions retenues.
Pourquoi le Rijksmuseum compte-t-il 37 œuvres ?
Pour l’exposition de 2023, ses commissaires ont adopté un catalogue inclusif, acceptant les trois cas discutés, y compris La Jeune Fille à la flûte.
Pourquoi Washington ne considère-t-il plus La Jeune Fille à la flûte comme un Vermeer ?
Les examens ont révélé une connaissance des matériaux et méthodes de Vermeer, mais une mise en œuvre jugée moins maîtrisée, notamment dans la granulométrie et les couches finales. Le musée l’attribue à un associé de l’atelier.
Sainte Praxède est-elle un vrai Vermeer ?
Son attribution est défendue par plusieurs spécialistes et le Rijksmuseum, mais le musée de Tokyo conserve la formulation « attribuée à Johannes Vermeer ». Elle ne fait donc pas partie du noyau unanimement accepté.
Le tableau de la Leiden Collection est-il accepté ?
Il est aujourd’hui largement reconnu comme une œuvre tardive de Vermeer grâce aux analyses du support, des pigments et de la technique. Quelques catalogues prudents ou anciens continuent toutefois de l’écarter.
Le Concert volé compte-t-il dans les 34 à 37 ?
Oui. Le tableau existe, son attribution n’est pas remise en cause et le vol ne le transforme pas en œuvre perdue au sens matériel, même si sa localisation actuelle est inconnue.
Combien de tableaux Vermeer a-t-il probablement réalisés dans sa vie ?
Le total exact est inconnu. Des estimations avancent environ 45 à 50 peintures, dont une partie aurait disparu. Les inventaires anciens mentionnent des sujets difficiles à relier aux œuvres actuelles.
Peut-on découvrir encore un Vermeer ?
C’est possible mais exceptionnel. Un candidat devrait réunir provenance crédible, matériaux du XVIIe siècle, technique compatible et très forte qualité. L’histoire des faux Vermeer impose une prudence extrême.
Sources principales
Musées, catalogues et recherches
- Rijksmuseum — ouverture de l’exposition Vermeer et corpus de 37 œuvres.
- Rijksmuseum — FAQ et liste des œuvres attribuées à Vermeer en 2023.
- National Gallery of Art — nouvelles conclusions sur l’atelier et La Jeune Fille à la flûte, 2022.
- National Gallery of Art — notice actuelle de Girl with a Flute.
- The Leiden Collection — catalogue et dossier technique de Young Woman Seated at a Virginal, révisé après restauration.
- National Museum of Western Art, Tokyo — Sainte Praxède, attribuée à Vermeer.
- Mauritshuis — projet Meet Vermeer et décompte de 36 œuvres.
- National Gallery, Londres — biographie et « environ 35 peintures ».
Statuts vérifiés en août 2026. Les attributions sont susceptibles d’évoluer ; la notice du musée propriétaire demeure le point de départ le plus précis.
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