Pommier I et II : comparer les deux versions du verger
Même arbre fruitier, même format presque carré, mais deux expériences opposées. Pommier I est clair, tapissant et chargé de pommes rouges ; Pommier II est plus sombre, plus aérien et traversé d’éclats de ciel. Voici comment ne plus les confondre.
Pommier I, aussi appelé Petit Pommier, vers 1912, huile sur toile, collection particulière. Image de l’œuvre entière, domaine public.
Pommier II, aussi appelé Pommier vert, 1916, huile sur toile, collection particulière. Image de l’œuvre entière, domaine public.
Le premier est un tapis de fleurs ; le second, une couronne dans l’air.
Dans Pommier I, l’œil reste au contact d’une surface verte continue où fleurs, feuilles et fruits ont presque la même importance. Dans Pommier II, le tronc porte une masse sombre monumentale : le ciel bleu apparaît autour et à travers le feuillage, rendant l’arbre plus volumineux.
Le moyen le plus simple de les reconnaître
Des pommes rouges et presque aucun ciel ? Vous regardez probablement Pommier I.
Des fruits jaune-vert cerclés de sombre, une large cime et du ciel bleu visible ? Il s’agit de Pommier II.
Les numéros ne désignent donc pas deux états d’une même toile. Ce sont deux tableaux autonomes, peints à plusieurs années d’écart, dans des contextes distincts.
Le comparatif direct
Les titres français varient selon les catalogues : Pommier I peut être appelé Petit Pommier, tandis que Pommier II apparaît aussi sous le nom de Pommier vert. Les dates, les dimensions et surtout l’image permettent de les identifier.
| Repère | Pommier I | Pommier II |
|---|---|---|
| Date | Vers 1912 | 1916 |
| Autre titre | Petit Pommier | Pommier vert |
| Dimensions | Environ 109 × 110 cm | 80 × 80 cm |
| Fruit | Pommes rouges, petites mais très visibles | Fruits jaune-vert, souvent cernés de sombre |
| Ciel | Presque absent : la végétation tapisse la surface | Présent aux bords et dans les ouvertures de la couronne |
| Tronc | Fin, clair, absorbé par le jardin | Central, sombre, portant une couronne massive |
| Effet | Ornemental, lumineux, foisonnant | Atmosphérique, monumental, plus grave |
| Collection | Collection particulière | Collection particulière ; cité dans des historiques d’exposition avec la Fondation Louis Vuitton |
Regarder les deux arbres, pas seulement leurs pommes
Klimt ne traite pas le verger comme un relevé botanique. Il transforme un motif familier en problème de peinture : comment faire tenir une profondeur réelle dans un carré presque entièrement couvert de touches ?
Détail · Pommier I
Une surface sans repos
Fleurs du sol, feuilles et pommes se répondent comme les tesselles d’une mosaïque. La profondeur existe, mais elle est comprimée par la répétition des petites touches.
- Rouge : les fruits ponctuent le vert avec netteté.
- Sol : un tapis fleuri monte presque jusqu’au feuillage.
- Contour : l’arbre se mêle au jardin au lieu de s’en détacher.
Détail · Pommier II
Une masse qui respire
La couronne s’élargit comme une architecture. Les intervalles bleus empêchent le feuillage de devenir un simple motif et font circuler l’air dans la toile.
- Jaune-vert : les fruits sont moins éclatants et plus intégrés.
- Noir : des accents sombres renforcent les contours et le tronc.
- Ciel : les trouées bleues donnent une profondeur nouvelle.
Le format
Les deux toiles sont presque carrées, mais Pommier I approche 110 cm tandis que Pommier II mesure 80 cm de côté.
La densité
En 1912, chaque intervalle est comblé. En 1916, des respirations de ciel organisent la masse du feuillage.
La couleur
Le couple vert-rouge anime le premier. Le second préfère des verts assourdis, du noir, de l’ocre et un bleu froid.
La touche
Pommier I accumule de petites marques. Pommier II conserve cette vibration mais l’ouvre par des gestes plus libres.
La profondeur
Le premier paraît presque textile. Dans le second, le tronc, la couronne et le fond forment trois plans plus lisibles.
Le climat
L’abondance lumineuse de 1912 laisse place, pendant la guerre, à une image plus retenue et méditative.
Deux palettes, deux températures du verger
Pommier I : la poussée du printemps
Le rouge des fruits contraste avec des verts frais et des jaunes lumineux. Le sol fleuri introduit des tons crème qui empêchent le tableau de devenir uniformément vert.
Pommier II : l’arbre assombri
Les verts deviennent profonds, les fruits se rapprochent de l’ocre et des touches presque noires articulent la couronne. Le bleu du ciel agit comme un contrepoint froid.
Quatre années qui changent la respiration du paysage
Pommier I appartient à la phase colorée du début des années 1910. Le tableau est présenté au public à Dresde en 1912 et pousse très loin l’idée d’une nature devenue surface décorative.
Pommier II est peint en 1916, pendant le dernier des trois étés que Klimt passe sur la rive sud de l’Attersee, à proximité de Weißenbach et Steinbach. La base scientifique Gustav Klimt souligne son atmosphère plus ouverte et une touche dynamique qui révèle l’intérêt du peintre pour Van Gogh.
Deux tableaux, deux dossiers de restitution très différents
Les titres proches ont entretenu une confusion jusque dans l’histoire récente. Pour parler de provenance, il faut repartir du visuel, des dimensions, des propriétaires et des numéros de catalogue — jamais du seul mot « Pommier ».
Pommier I : le dossier Altmann
L’œuvre a appartenu à Ferdinand Bloch-Bauer. En 2006, un tribunal arbitral autrichien ordonne sa restitution aux héritiers, avec quatre autres Klimt revendiqués par Maria Altmann.
À retenir : ce dossier est celui de Pommier I, distinct de l’erreur d’identification concernant Pommier II.
Pommier II : une restitution erronée
En 2001, l’Autriche restitue Pommier II aux héritiers de Nora Stiasny. Les recherches concluent ensuite que l’œuvre spoliée à Stiasny était en réalité Rosiers sous les arbres, aujourd’hui restituée par la France en 2022.
À retenir : l’erreur ne rend pas les deux tableaux interchangeables ; elle montre au contraire pourquoi l’identification matérielle doit être rigoureuse.
Pas de salle permanente à programmer
Contrairement au Baiser du Belvedere, ces deux pommiers ne constituent pas des rendez-vous permanents dans un musée public. Leur visibilité dépend des prêts et des expositions temporaires.
Avant de voyager pour une exposition
1. Vérifiez la liste exacte des œuvres sur le site de l’institution.
2. Comparez la date et les dimensions : vers 1912 / env. 109 × 110 cm pour I ; 1916 / 80 × 80 cm pour II.
3. Ne vous fiez pas uniquement à la traduction du titre : Apple Tree, Apfelbaum, Petit Pommier et Pommier vert ne sont pas employés uniformément.
Comparer aussi les deux compositions dans la boutique
Les deux fiches ci-dessous renvoient aux reproductions correspondantes. Les liens et visuels ont été vérifiés sur la boutique avant publication.

Le Pommier — Gustav Klimt
La version claire aux pommes rouges : un carré végétal dense où le jardin, les fleurs et l’arbre se confondent.
Voir la reproduction de Pommier I
Pommier II — Gustav Klimt
La version sombre à la cime monumentale : des fruits jaune-vert, un tronc central et des trouées de ciel bleu.
Voir la reproduction de Pommier IIQuestions fréquentes
Pommier I et Pommier II sont-ils le même tableau ?
Non. Ce sont deux huiles sur toile autonomes, peintes vers 1912 et en 1916, avec des dimensions et des compositions différentes.
Quel tableau montre les pommes rouges ?
Pommier I. Ses petits fruits rouges se détachent sur une végétation beaucoup plus claire.
Quel tableau laisse voir le ciel bleu ?
Pommier II. Le ciel apparaît autour de la cime et dans plusieurs trouées du feuillage.
Pourquoi Pommier I est-il parfois appelé Petit Pommier ?
Il s’agit d’une variante de titre utilisée dans les catalogues. « Petit » ne décrit pas forcément la toile : elle mesure près de 110 cm de côté.
Lequel est le plus grand ?
Pommier I, environ 109 × 110 cm. Pommier II mesure 80 × 80 cm.
Où Klimt peint-il Pommier II ?
L’œuvre appartient à sa période tardive liée aux séjours sur la rive sud de l’Attersee, pendant les années de guerre.
Peut-on voir les deux tableaux dans un musée ?
Pas de manière permanente. Les deux œuvres sont en collections particulières et apparaissent ponctuellement dans des expositions.
Pourquoi parle-t-on de Van Gogh à propos de Pommier II ?
La base scientifique Gustav Klimt rapproche sa touche ouverte et dynamique de l’intérêt de Klimt pour Van Gogh, sans réduire le tableau à une imitation.
Sources et repères
- Gustav Klimt Database — The Final Years : séjours à l’Attersee, analyse de Pommier II et intérêt pour Van Gogh.
- Gustav Klimt Database — Expressive Farbenpracht : Pommier I, datation et exposition de Dresde en 1912.
- ArThemis, Université de Genève — Maria Altmann and Austria : arbitrage et restitution de cinq Klimt, dont Pommier I.
- Musée d’Orsay — restitutions d’œuvres MNR : confusion entre Pommier II et Rosiers sous les arbres.
- Wikimedia Commons — Pommier I et Wikimedia Commons — Pommier II : images du domaine public, recopiées sur le CDN Shopify.
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