Moïse et les Tables de la Loi
Un homme légèrement plus grand que nature lève deux plaques de pierre au-dessus de sa tête. Le geste paraît explosif, mais son visage exprime moins la fureur que l’inquiétude. Rembrandt maintient ainsi l’image entre deux instants : briser les premières Tables ou présenter les secondes.

Moïse brise-t-il vraiment les Tables ?
Le titre traditionnel décrit Moïse découvrant les Hébreux autour du Veau d’or et levant les Tables avant de les fracasser. Cette lecture est soutenue par une première composition, aujourd’hui masquée, dans laquelle les plaques étaient davantage rejetées vers l’arrière : la position suggérait clairement l’élan du bris.
Mais Rembrandt a corrigé le geste. Dans l’état final, les Tables sont dressées presque verticalement au-dessus de la tête, comme si Moïse les présentait. Son visage paraît soucieux plutôt qu’emporté. L’œuvre peut donc aussi évoquer le retour avec les secondes Tables après le pardon du peuple. L’ambiguïté n’est pas une faiblesse : elle concentre colère, loi, rupture et réconciliation dans une seule image.
Une figure biblique presque plus grande que nature
Rembrandt
Signé et daté « Rembrandt f. 1659 ».
Huile sur toile
Une surface travaillée par empâtements, reprises et glacis assombris.
168,1 × 136,5 cm
La taille rapproche le corps de Moïse de celle du visiteur.
Gemäldegalerie
Berlin, inventaire 811 ; transfert des châteaux royaux en 1829–1830.
Deux descentes du Sinaï, deux lectures possibles
Les premières Tables
Moïse reçoit les commandements sur le mont Sinaï. En redescendant, il découvre le peuple dansant autour du Veau d’or.
La rupture
Saisi de colère, il jette les Tables et les brise au pied de la montagne. Le geste matérialise l’alliance violée.
Les secondes Tables
Après la punition et le repentir, Moïse remonte. Il revient avec de nouvelles Tables et un visage décrit comme rayonnant.
Rembrandt ne peint pas seulement un homme en colère : il peint le poids d’une loi que l’on peut recevoir, trahir, briser puis rétablir.
Quatre choix qui projettent Moïse vers nous

La force passe par les bras, mais le doute reste sur le visage
Les coudes sont ouverts, les avant-bras tendus et les mains agrippent des plaques dont on sent le poids. Pourtant, le geste n’a rien d’une mécanique parfaitement lisible. Moïse ne se cambre pas comme un athlète sur le point de lancer un objet ; il semble soutenir, montrer et retenir tout à la fois.
Ce contraste donne sa profondeur à la scène. Le corps porte l’énergie du récit de l’Exode, tandis que le visage refuse une colère simplifiée. Les yeux, les plis du front et la bouche légèrement ouverte construisent une expression de douleur, d’inquiétude et de responsabilité.
Une correction décisive
L’étude technique signalée par la Gemäldegalerie révèle une première position des Tables plus inclinée vers l’arrière. La modification finale ralentit le mouvement et ouvre la possibilité d’une présentation solennelle.
Le visage et la pierre racontent deux histoires différentes


Rembrandt ne traite pas les commandements comme un simple motif décoratif
La Gemäldegalerie souligne que l’inscription hébraïque est reproduite avec une précision remarquable. Rembrandt connaissait Amsterdam comme un lieu de circulation des langues, des livres et des savants juifs. Il ne suffit toutefois pas d’en déduire automatiquement l’intervention d’un conseiller précis : ce que la toile démontre avant tout est l’attention méthodique portée au texte.
| Élément | Observation | Effet visuel |
|---|---|---|
| Pierre sombre | Les Tables forment deux masses lourdes au-dessus du corps. | La loi apparaît comme un poids réel, pas comme une abstraction. |
| Écriture claire | Les signes découpent la surface minérale. | Le regard oscille entre lecture et contemplation de la matière. |
| Deux plaques | Elles sont séparées mais portées dans un seul geste. | La symétrie stabilise une action pourtant incertaine. |
| Position verticale | Les Tables sont dressées dans l’état final. | Le geste peut se lire comme présentation autant que destruction. |
Pourquoi Moïse paraît-il presque « cornu » ?
Dans la tradition latine, un problème de traduction a longtemps associé le visage rayonnant de Moïse à des cornes. De nombreuses images médiévales et renaissantes le montrent donc littéralement cornu.
Rembrandt reprend discrètement cet héritage sans ajouter d’attribut surnaturel : les mèches au-dessus du front forment deux pointes évoquant des cornes, tandis que la lumière sur le visage conserve l’idée du rayonnement.
Une ambiguïté cohérente
Si la lumière renvoie au visage rayonnant après la remise des secondes Tables, elle renforce la lecture d’une présentation. Si les bras annoncent la rupture, les cheveux maintiennent le lien avec toute l’histoire de Moïse.
Le tableau était autrefois plus coloré
L’apparence presque monochrome que nous connaissons n’est pas entièrement celle de 1659. La Gemäldegalerie explique que certains pigments ont grisé et que le vernis a jauni. Le manteau devait notamment présenter un pourpre plus intense. La monumentalité actuelle repose donc sur les bruns, les noirs et la pierre, mais l’œuvre originale offrait des contrastes chromatiques plus vifs.
Pourpre atténué
Une couleur autrefois plus intense contribuait à détacher la silhouette.
Lumière chaude
Le visage et les mains concentrent l’humanité du personnage.
Noir brun
Les Tables absorbent la lumière et rendent leur poids presque tactile.
Profondeur sombre
Il supprime tout repère narratif secondaire et amplifie la présence.
Moïse avec les Tables de la Loi
Une composition verticale et puissante, particulièrement adaptée à un mur haut, une bibliothèque ou un espace où la figure peut être vue légèrement en contrebas.
La reproduction permet de conserver les contrastes entre la pierre sombre, les carnations éclairées et les tons profonds du manteau.
Voir la reproductionExplorer RembrandtFAQ sur Moïse et les Tables de la Loi
Quand Rembrandt a-t-il peint ce tableau ?
En 1659, dix ans avant sa mort. La toile appartient à sa période tardive.
Moïse brise-t-il les Tables ou les présente-t-il ?
La première composition suggérait clairement le bris. La position finale, plus verticale, et l’expression soucieuse rendent aussi possible la présentation des secondes Tables.
Où se trouve l’original ?
À la Gemäldegalerie des Staatliche Museen zu Berlin, sous le numéro d’inventaire 811.
Quelles sont ses dimensions ?
168,1 × 136,5 cm. La figure est donc légèrement plus grande que nature.
Les lettres hébraïques sont-elles fantaisistes ?
Non. Le musée souligne la grande précision de l’inscription, preuve du soin apporté par Rembrandt.
Pourquoi les cheveux de Moïse ressemblent-ils à des cornes ?
Rembrandt adapte de façon naturaliste une longue tradition iconographique née de la traduction latine du visage « rayonnant » de Moïse.
Le tableau était-il toujours aussi brun ?
Non. Le grisaillement de pigments et le jaunissement du vernis ont atténué les couleurs ; le manteau était notamment plus pourpre.
Existe-t-il une reproduction dans la boutique ?
Oui. La reproduction peinte à la main est reliée directement dans cet article.


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