Gemäldegalerie · Kulturforum
Vermeer à Berlin : Le Verre de vin et La Femme au collier de perles
Deux tableaux, deux moments de la carrière de Vermeer : une rencontre sous le signe du vin vers 1658–1660, puis une femme seule absorbée par la lumière et son miroir vers 1662–1665.

Réponse immédiate
Quels Vermeer peut-on voir à Berlin ?
La Gemäldegalerie de Berlin conserve deux œuvres autographes majeures : Le Verre de vin, scène de séduction construite autour d’un vitrail, d’un verre et d’une carafe, et La Femme au collier de perles, intérieur plus tardif où une femme se contemple dans un petit miroir. Ensemble, elles montrent le passage d’un récit social encore proche de Pieter de Hooch à une poésie plus épurée du silence.

Deux tableaux, une même fenêtre
Du récit à la contemplation
Dans les deux œuvres, la lumière arrive de gauche. Pourtant, elle ne raconte pas la même chose. Dans Le Verre de vin, elle traverse un vitrail coloré, rencontre les meubles, la carafe, le tapis et deux personnages. Le regard circule d’un indice à l’autre comme dans une scène de théâtre domestique.
Quelques années plus tard, La Femme au collier de perles réduit le nombre d’objets et agrandit le mur nu. Une seule figure se tient entre fenêtre et miroir. Le temps paraît suspendu au geste minuscule des rubans qu’elle lève vers son cou.
Cette différence est capitale : Berlin permet de comparer directement deux manières vermeeriennes de peindre l’intimité. La première fait naître une question — que veut l’homme ? —, la seconde transforme une action ordinaire en état de concentration.
Œuvre I · inventaire 912C
Le Verre de vin : séduction ou mise en garde ?
Une femme assise termine son verre. Un homme debout la regarde et tient la carafe, prêt à la resservir. Il ne possède pas de verre visible : son rôle semble être d’encourager la consommation. Cette asymétrie nourrit l’hypothèse d’une cour amoureuse, mais la relation précise entre les deux personnes n’est pas documentée.
Vermeer installe une chaise vide au premier plan, interposée entre le spectateur et la rencontre. Sur la table et près des sièges apparaissent des éléments associés à la musique. Dans la peinture néerlandaise du XVIIe siècle, vin et musique peuvent accompagner la sociabilité, le désir et la recherche d’harmonie. Ils ne suffisent pourtant pas à prouver un récit univoque.
Le verre
Il cache en partie le visage de la femme. Son geste est l’action centrale, tandis que l’homme attend.
La carafe
Tenue par l’homme, elle rend possible la répétition du geste et augmente la tension narrative.
La chaise vide
Elle bloque l’accès immédiat à la scène et fait du visiteur un observateur extérieur.


Le vitrail
La Tempérance regarde-t-elle la buveuse ?
Le médaillon du vitrail montre traditionnellement une figure féminine munie d’attributs associés à la Tempérance, vertu de mesure et de maîtrise. Placée au-dessus d’une femme qui boit, elle semble fournir un commentaire ironique : le tableau opposerait la modération idéale à l’insistance du prétendant.
Cette lecture est plausible, non certaine. Le vitrail comporte aussi des armoiries rattachées à une famille de Delft et peut avoir eu une fonction sociale, commémorative ou matrimoniale. Il apparaît sous une forme apparentée dans La Jeune Fille au verre de vin. Vermeer réemploie ainsi des éléments architecturaux sans nécessairement leur attribuer à chaque fois un message identique.
Ce qui est incontestable, c’est son rôle pictural. Les rouges, bleus et jaunes du verre coloré répondent à la robe rouge, au tapis et au carrelage. La fenêtre n’est donc pas seulement une source lumineuse : elle orchestre la palette.

Espace et matière
Un intérieur construit comme une scène
Le damier du sol fournit une perspective immédiatement lisible. Les carreaux conduisent vers le couple, tandis que les dossiers des chaises et le bord de la table forment des seuils successifs. Vermeer doit beaucoup ici aux innovations de Pieter de Hooch, spécialiste des intérieurs profonds et des figures disposées dans une architecture mesurée.
Mais la surface compte autant que la profondeur. Le tapis oriental, le cuir des chaises, le satin rouge et le métal du pichet ne sont pas décrits uniformément. Vermeer varie les touches : contours fermes dans l’architecture, transitions plus souples dans les étoffes, éclats ponctuels sur les objets réfléchissants.
La robe rouge établit le centre chromatique. Sa masse chaude s’oppose au mur gris-bleu et au jour froid de la fenêtre. Ce contraste donne une intensité sensuelle à une scène où les gestes restent retenus.
Œuvre II · inventaire 912B
La Femme au collier de perles : le luxe devenu silence
Une jeune femme en veste jaune bordée de fourrure se tient devant un miroir accroché près de la fenêtre. Elle lève les deux rubans d’un collier, probablement pour juger son effet. La perle à son oreille et le collier appartiennent au vocabulaire du luxe, mais Vermeer ne transforme pas la scène en inventaire précieux.
Le vaste mur clair absorbe presque tout détail narratif. Entre le miroir noir à gauche et la figure lumineuse à droite, l’espace vide devient actif. Il rend visible la distance du regard : nous ne voyons pas ce que le miroir reflète, seulement l’attention de la femme.


Une composition transformée
Vermeer a retiré des objets
Les examens techniques ont révélé des éléments abandonnés ou recouverts au cours de l’élaboration : une carte murale et un instrument à cordes placé sur la chaise ont notamment été signalés par la littérature scientifique. Leur suppression simplifie radicalement la scène.
Ce constat est matériel ; son intention exacte reste interprétative. On peut raisonnablement penser que Vermeer cherchait moins d’anecdote et davantage de concentration. Sans carte ni instrument visible, la femme n’est plus rattachée à un récit géographique ou musical. Elle demeure face à sa propre image, dans une lumière qui semble ralentir le temps.
Le rideau jaune près de la fenêtre agit comme une transition. Il concentre la lumière chaude avant que celle-ci ne glisse sur le mur, la fourrure blanche, la veste et le visage. Les blancs ne sont jamais uniformes : ils oscillent entre gris, jaune et bleu selon leur voisinage.

Couleur et technique
Pourquoi le jaune paraît-il lumineux ?
La veste jaune ne brille pas par une couleur pure posée partout avec la même intensité. Vermeer construit le volume avec des zones chaudes, des ombres brunes et des passages plus clairs. La bordure de fourrure reçoit des touches discontinues qui suggèrent la texture sans compter chaque poil.
Les perles sont encore plus économiques. Elles naissent de petites valeurs claires et de leur contraste avec la peau, le vêtement ou l’ombre. Le peintre ne décrit pas une sphère comme un géomètre : il place l’éclat qui suffit à la faire reconnaître.
Le mur, en apparence blanc, contient de subtils écarts de ton. La lumière de gauche, les reflets du rideau et la proximité de la veste empêchent toute neutralité. Cette modulation explique l’impression d’air qui enveloppe la figure.
Comparaison directe
Ce que les deux tableaux racontent de l’évolution de Vermeer
| Point de comparaison | Le Verre de vin | La Femme au collier de perles |
|---|---|---|
| Date | Vers 1658–1660 | Vers 1662–1665 |
| Format | Horizontal, 67,7 × 79,6 cm | Vertical, 56,1 × 47,4 cm |
| Personnages | Un homme et une femme | Une femme seule |
| Action | Boire, observer, servir | Essayer ou ajuster un collier |
| Indices narratifs | Vitrail, vin, carafe, musique, chaise | Miroir, perles, objets de toilette |
| Espace | Profondeur scandée par le sol et les meubles | Mur vide et tension latérale entre miroir et figure |
| Effet dominant | Suspense social et moral | Silence, lumière et intériorité |

De Delft à Berlin
Comment les tableaux sont-ils entrés au musée ?
Les deux œuvres sont peintes à Delft et circulent ensuite dans des collections privées. Les reconstitutions de provenance anciennes comportent parfois des identifications de ventes qui restent discutées.
La Femme au collier de perles entre à la Gemäldegalerie avec l’importante collection du banquier et collectionneur aixois Barthold Suermondt.
Le Verre de vin est acquis depuis la collection britannique Pelham-Clinton-Hope. Son arrivée complète le premier Vermeer berlinois.
La guerre puis la division de Berlin bouleversent la Gemäldegalerie. Les collections sont longtemps réparties entre Dahlem et le Bode-Museum avant leur réunion.
La collection réunifiée est présentée dans le bâtiment du Kulturforum, organisé autour d’un vaste hall central éclairé naturellement.
Les deux tableaux sont prêtés à la grande rétrospective Vermeer du Rijksmuseum, puis reviennent à leur emplacement berlinois.

Faits et interprétations
Ce que l’on peut affirmer — et ce qui reste ouvert
| Élément | Fait observable ou documenté | Interprétation prudente |
|---|---|---|
| Vin | La femme boit ; l’homme tient la carafe. | Il la séduit ou l’incite à boire davantage. |
| Vitrail | Il porte une figure et des armoiries. | La Tempérance condamnerait ironiquement la scène. |
| Musique | Des objets musicaux sont présents. | Ils symboliseraient l’harmonie amoureuse. |
| Miroir | La femme au collier regarde vers un petit miroir. | Elle incarnerait la vanité ou, au contraire, une intériorité calme. |
| Repentirs | Les examens techniques montrent des éléments modifiés ou supprimés. | Vermeer aurait volontairement éliminé le récit pour atteindre une plus grande pureté. |
| Modèles | Aucun nom n’est établi par un document contemporain. | Identifier l’une des femmes à un membre de la famille de Vermeer reste hypothétique. |
Méthode de regard
Observer les deux Vermeer en six étapes
Comparez les formats
Voyez comment l’horizontale accueille un récit à deux, tandis que la verticale isole une figure.
Partez de la fenêtre
Suivez la lumière de gauche et notez comment elle change selon le vitrail ou le rideau.
Repérez les obstacles
Chaises et tables protègent la scène du vin ; le vide protège la femme au collier.
Regardez les mains
Un verre, une carafe, deux rubans : l’action psychologique passe par des gestes précis.
Testez les symboles
Demandez d’abord ce qui est visible, puis seulement ce que vin, miroir ou perles pourraient signifier.
Revenez au mur
Le mur n’est pas vide de peinture : observez ses nuances et sa relation avec les couleurs voisines.
Préparer la visite
Où voir les Vermeer à Berlin ?
La Gemäldegalerie se trouve au Kulturforum, près de Potsdamer Platz. Les deux Vermeer sont traditionnellement présentés en salle 18, information confirmée lors de leur retour de prêt. L’accrochage pouvant changer, vérifiez toujours la liste officielle des œuvres temporairement absentes.
Au 14 août 2026, le musée annonce une ouverture du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, fermeture le lundi. Le billet de la collection permanente est indiqué à 14 €, tarif réduit 7 €. L’entrée visiteurs se situe Johanna-und-Eduard-Arnhold-Platz / Matthäikirchplatz, 10785 Berlin.
Vérifier les horaires et les œuvres actuellement exposées sur le site officiel
Deux œuvres exactes, deux atmosphères
Retrouver les Vermeer de Berlin
Les deux reproductions correspondent exactement aux inventaires 912C et 912B de la Gemäldegalerie. Aucun produit approchant ou attribué à un autre peintre n’est utilisé.
Articles connexes
Approfondir Vermeer
Questions fréquentes
FAQ : Vermeer à la Gemäldegalerie
Combien de Vermeer la Gemäldegalerie de Berlin conserve-t-elle ?
Deux : Le Verre de vin, inventaire 912C, et La Femme au collier de perles, inventaire 912B.
Dans quelle salle se trouvent-ils ?
Les communications officielles de la Gemäldegalerie indiquent traditionnellement la salle 18. Vérifiez le jour de la visite, car les prêts et opérations de conservation peuvent modifier l’accrochage.
Le Verre de vin représente-t-il une scène de séduction ?
C’est l’interprétation la plus fréquente, appuyée par l’attitude de l’homme, le vin et les indices musicaux. La relation exacte des personnages n’est toutefois pas documentée.
Que signifie la femme du vitrail ?
Elle est généralement rapprochée de la Tempérance. Son opposition à la femme qui boit peut produire une mise en garde morale, mais les armoiries donnent aussi au vitrail une dimension familiale et sociale.
La femme au collier est-elle la même que la Jeune Fille à la perle ?
Non. Ce sont deux tableaux distincts, conservés dans deux musées différents. Aucun modèle n’est identifié avec certitude.
Le collier est-il composé de vraies perles ?
Le tableau représente un collier perlé, mais la nature matérielle d’un éventuel bijou utilisé comme modèle n’est pas connue.
Pourquoi le mur de La Femme au collier de perles est-il si vide ?
Vermeer a simplifié la composition et recouvert certains éléments. Le mur clair concentre l’attention sur le geste, la lumière et la relation au miroir.
Quand les tableaux sont-ils entrés à Berlin ?
La Femme au collier de perles est entrée en 1874 avec la collection Suermondt ; Le Verre de vin a été acquis en 1901.
Combien coûte l’entrée en 2026 ?
Le musée affiche 14 € et 7 € en tarif réduit au 14 août 2026. Les prix peuvent changer : consultez le site officiel avant votre déplacement.
Sources principales
Notices et informations officielles
- Staatliche Museen zu Berlin — les deux Vermeer et le projet Meet Vermeer
- Gemäldegalerie — dates, inventaires et prêt au Rijksmuseum en 2023
- Gemäldegalerie — histoire et présentation de la collection
- Gemäldegalerie — horaires, adresse et œuvres temporairement absentes
- Gemäldegalerie — billets et tarifs
- Staatliche Kunstsammlungen Dresden — recherche Vermeer et fiche comparative de la Femme au collier
Les dimensions sont données selon les mesures de catalogue associées aux inventaires 912B et 912C. Les lectures morales du vin, du vitrail, du miroir et des perles sont présentées comme des interprétations, non comme des faits biographiques.
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