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Le Cri est-il de Van Gogh ? Munch, origine et analyse
Non : Le Cri est d’Edvard Munch. Mais la confusion révèle une vraie parenté entre deux artistes qui ont fait de la couleur, de la ligne et du paysage les instruments d’une émotion intérieure.
Article vérifié le 14 juillet 2026 · Sources : MUNCH, Nasjonalmuseet et Van Gogh Museum.
Réponse immédiate
Le tableau n’est pas de Van Gogh — et ce détail change toute sa lecture
Attribuer correctement l’œuvre ne consiste pas à réciter un nom. Cela replace l’image dans le symbolisme nordique, le cycle de la Frise de la vie et la recherche personnelle de Munch sur l’angoisse.
Edvard Munch réalise la première version peinte du Cri en 1893. Vincent van Gogh est mort le 29 juillet 1890, près de trois ans auparavant. La chronologie suffit donc à exclure l’attribution, mais elle n’annule pas tout rapport entre les artistes.
Munch, né en 1863, découvre l’œuvre de Van Gogh autour de 1890 et devient un profond admirateur du peintre néerlandais. Les deux hommes ne se sont probablement jamais rencontrés. Ils partagent cependant une ambition moderne : ne plus utiliser la couleur pour seulement imiter le monde visible, mais pour rendre perceptible une expérience intérieure.
La confusion contemporaine vient aussi de notre manière de regrouper les images célèbres. Les spirales de La Nuit étoilée, les ciels jaunes de Van Gogh et les courbes rouges du Cri sont devenus les symboles d’une peinture « émotionnelle ». Pourtant, leurs techniques, leurs trajectoires et leurs sujets restent distincts.
Naissance de Van Gogh
Vincent naît aux Pays-Bas et commencera sa carrière artistique tardivement.
Naissance de Munch
Edvard Munch naît en Norvège, dix ans après Van Gogh.
Mort de Van Gogh
Munch découvre son œuvre autour de cette période et l’admire.
Le texte et Désespoir
L’expérience du paysage prend d’abord forme dans un poème et un motif préparatoire.
Le Cri
La silhouette frontale remplace l’homme de profil et rend l’image immédiatement universelle.
Avant l’image, un texte
Une promenade, un ciel rouge et « un cri infini à travers la nature »
Le motif n’est pas né d’un geste improvisé devant la toile. Munch l’a écrit, dessiné, repris et transformé pendant plusieurs années.

Dans un texte daté de 1892, Munch raconte une marche avec deux amis au coucher du soleil. Le ciel devient rouge sang, la ville et le fjord paraissent bleu-noir, les amis continuent leur chemin tandis que l’artiste s’arrête, tremblant d’angoisse. Il ne dit pas simplement qu’un personnage pousse un cri : il ressent un cri traverser la nature.
Cette nuance explique l’ambiguïté centrale. La figure ouvre la bouche, mais elle porte aussi les mains à ses oreilles. Elle peut crier, entendre le cri du paysage, ou devenir la caisse de résonance d’une sensation qui abolit la frontière entre l’être humain et le monde.
En 1892, Munch peint Désespoir, avec un homme identifiable portant chapeau et manteau. Le paysage, les deux promeneurs et le ciel ondulant sont déjà présents. En 1893, la figure se retourne face au spectateur et perd âge, sexe et identité sociale. C’est cette simplification radicale qui donne au motif sa puissance.
« Mes amis continuèrent, et je restai là, tremblant d’angoisse — je sentis le grand cri dans la nature. »Edvard Munch, texte du Cri, 1892 — traduction synthétique
Anatomie d’une icône
Comment Munch transforme un paysage réel en onde sonore
La force du tableau vient d’une opposition simple : la route et la balustrade résistent, tandis que le ciel, l’eau et le corps se mettent à onduler.
La diagonale du pont
La balustrade part du premier plan et fuit brutalement vers les deux promeneurs. Elle attire le regard en profondeur mais isole aussi la figure, coincée contre le bord.
La figure frontale
Ni portrait précis ni anatomie réaliste, elle ressemble à un masque, un crâne ou un embryon. Cette indétermination autorise chaque spectateur à s’y projeter.
Les deux amis
Ils continuent à marcher, droits et presque indifférents. Leur stabilité rend plus aiguë la solitude du personnage qui ne peut plus suivre le rythme ordinaire.
Le ciel rouge
Les bandes orangées ne décrivent pas un coucher de soleil avec fidélité. Elles prennent la forme de flammes ou d’ondes et donnent une couleur physique à l’alarme.
Le fjord bleu-noir
La courbe de l’eau reprend celle du ciel et du visage. La nature n’est plus un décor derrière l’émotion : elle participe au même mouvement.
Le carton visible
La technique paraît rapide et fragile. Les réserves, traits et surfaces minces laissent voir le support, ce qui maintient l’image dans un état d’urgence.

Le personnage crie-t-il vraiment ?
Le titre français encourage cette lecture, mais le texte de Munch déplace l’action vers l’environnement. Les mains sur les oreilles suggèrent qu’il tente de se protéger d’un cri extérieur ou intérieur. L’œuvre reste ouverte : c’est précisément ce refus de trancher qui lui permet de représenter une angoisse sans cause visible.
Un motif, pas une toile unique
Quatre versions colorées et une image multipliée par l’estampe
Munch reprenait souvent ses motifs. Les différences de support, de couleur et de trait font du Cri une série vivante plutôt qu’un original suivi de copies.
Peinture du Nasjonalmuseet
Tempera et crayon gras sur carton
Considérée comme la première version peinte ; donnée au musée par Olaf Schou en 1910.
Dessin conservé à MUNCH
Crayon sur carton
Une version graphique qui montre la capacité du motif à fonctionner avec une matière plus sèche.
Pastel en collection privée
Pastel sur carton
Version colorée accompagnée d’une variation du texte sur son cadre.
Peinture conservée à MUNCH
Tempera et huile sur carton non préparé
Cette version a été volée en 2004 puis retrouvée en 2006 ; elle demeure extrêmement fragile.
Lithographie
Impression en noir et blanc, parfois coloriée
Environ trente épreuves sont estimées. La répétition imprimée a préparé la diffusion mondiale du motif.
La vraie parenté
Van Gogh et Munch : même urgence expressive, deux langues picturales
Ils sont souvent réunis parce qu’ils ont déplacé la peinture de l’apparence vers l’expérience. Mais l’un modèle le monde par la matière, l’autre le simplifie jusqu’au signe.

La matière rend la nature active
Chez Van Gogh, l’empâtement, les touches directionnelles et les contrastes complémentaires donnent au ciel, aux cyprès ou aux champs une énergie visible. La peinture garde une forte présence matérielle : chaque coup de pinceau reste un événement.

La ligne transforme le monde en symbole
Munch privilégie souvent les silhouettes, les aplats et les courbes continues. Visage, ciel et rivage deviennent les éléments d’un même alphabet émotionnel. L’image semble simple parce qu’elle élimine tout détail qui ne sert pas l’état psychique.
Ce qui les rapproche
- Une couleur non naturaliste employée pour exprimer une intensité.
- Un paysage qui reflète ou amplifie l’état intérieur.
- Des autoportraits utilisés comme laboratoire de technique et d’identité.
- Un intérêt pour des thèmes universels : solitude, amour, mort, consolation et nature.
- Une influence majeure sur les expressionnistes du XXe siècle.
Ce qui les distingue
- Van Gogh appartient au postimpressionnisme ; Munch vient du symbolisme et devient un pionnier de l’expressionnisme.
- La touche épaisse et fragmentée de Van Gogh diffère des grandes courbes et surfaces plus plates de Munch.
- Van Gogh travaille souvent devant un motif observé ; Munch reprend longtemps des images de mémoire.
- Le Cri place une figure-signe au centre ; les paysages de Van Gogh peuvent porter l’émotion sans personnage.
- Munch a connu une longue carrière jusqu’en 1944 ; celle de Van Gogh s’est concentrée sur une décennie.
Trois dialogues visuels à observer

Anxiété
Le ciel du Cri revient au-dessus d’une foule frontale. Les visages proches ne créent aucune communauté : l’isolement devient collectif.

Le Café de nuit
Van Gogh oppose rouge et vert pour produire une atmosphère oppressante. L’émotion naît ici d’un intérieur social plutôt que d’une figure-signe.

L’Enfant malade
La surface frottée et reprise ne décrit pas seulement une chambre. Elle montre le caractère fragmentaire d’un souvenir douloureux.

Autoportrait à l’oreille bandée
Van Gogh ne peint pas une explosion désordonnée : il se présente debout, concentré, affirmant par le travail la continuité de son identité d’artiste.

Vampire
L’étreinte peut être consolatrice ou prédatrice. Comme dans Le Cri, Munch construit une image ouverte dont le titre oriente sans épuiser le sens.

Route avec cyprès et étoile
La route, le cyprès et le ciel sont tous entraînés par des courbes. Mais Van Gogh conserve la densité du lieu et la résistance de la matière peinte.
Cinq clés pour comparer sans confondre
1. La couleur ne remplit plus les objets
Dans les deux œuvres, la couleur cesse d’être une simple information descriptive. Le ciel du Cri n’est pas rouge uniquement parce que le soleil se couche : il devient une nappe d’alerte qui traverse toute la scène. Dans La Nuit étoilée, le bleu profond et les jaunes lumineux construisent un espace nocturne animé par des contrastes. Munch tend vers de grandes zones continues, presque emblématiques ; Van Gogh fragmente les surfaces en touches qui conservent la trace de la main. Une palette intense les rapproche donc, mais sa mise en œuvre révèle deux pensées différentes.
2. Le rythme organise l’émotion
La ressemblance la plus féconde se situe peut-être dans le mouvement. Les courbes du ciel, du fjord et de la figure se répondent chez Munch comme les volutes du ciel, les branches et les collines chez Van Gogh. Toutefois, le Cri oppose ces ondulations à la diagonale sèche de la passerelle : l’espace semble se déchirer entre ordre et panique. Van Gogh distribue plus souvent son rythme dans l’ensemble du paysage. Chez lui, le regard circule ; chez Munch, il revient brutalement vers le visage central et son geste de défense.
3. Le support fait partie du sens
La version de 1893 du Cri associe tempera et crayon gras sur un carton dont la fragilité est aujourd’hui déterminante pour la conservation. Les zones minces et les traits visibles donnent à l’image une tension sèche, très différente des empâtements que l’on associe à Van Gogh. Celui-ci construit fréquemment un relief de peinture qui accroche la lumière et rend la surface presque tactile. Une reproduction convaincante doit respecter cette différence : elle ne devrait pas transformer automatiquement Munch en peinture épaisse ni lisser la touche directionnelle de Van Gogh.
4. La biographie n’est pas une explication totale
Les récits populaires rapprochent volontiers les deux artistes par la souffrance psychique. Cette lecture peut ouvrir une porte, mais elle devient trompeuse si elle réduit les tableaux à des symptômes. Munch a conçu, repris et diffusé son motif pendant des années ; Van Gogh a étudié les estampes, la théorie des couleurs, les maîtres anciens et les innovations de son temps. Leur expressivité vient d’un travail conscient sur la composition, le format, la couleur et la série. Voir seulement la crise fait disparaître la méthode, la culture visuelle et les décisions techniques qui donnent aux œuvres leur puissance durable.
5. L’influence n’est pas une rencontre
Munch et Van Gogh ne se sont probablement jamais rencontrés. Le Norvégien découvre néanmoins l’œuvre de son aîné autour de 1890 et l’admire, au moment même où sa propre peinture s’éloigne du naturalisme. Il ne copie pas un tableau précis : il reconnaît chez Van Gogh la possibilité d’utiliser le paysage et la couleur comme véhicules d’une expérience intérieure. L’histoire de l’art avance souvent ainsi, par regard différé, exposition, reproduction et mémoire. Leur parenté est donc réelle sans rendre leurs styles interchangeables.
Ce que cette comparaison change
Une attribution exacte ne détruit pas l’intuition qui faisait rapprocher Le Cri de Van Gogh ; elle la rend plus précise. On comprend que l’expression moderne ne possède pas une seule grammaire. Elle peut surgir de la matière et de la touche, ou de la simplification et du symbole ; habiter un paysage sans personnage ou se concentrer dans une silhouette frontale. Comparer revient alors à observer comment chaque artiste transforme une sensation en construction visuelle, plutôt qu’à chercher lequel aurait peint l’image la plus tourmentée.
Démêler le vrai du spectaculaire
Quatre idées reçues qui empêchent de voir le tableau
Les biographies tourmentées attirent, mais elles ne remplacent ni la chronologie ni l’analyse des formes.
« Van Gogh a peint Le Cri »
Munch en est l’auteur. La version du Nasjonalmuseet date de 1893, trois ans après la mort de Van Gogh.
« Le personnage pousse un cri »
Il peut aussi se boucher les oreilles face au cri de la nature. Le texte de 1892 maintient volontairement cette ambiguïté.
« Il n’existe qu’un original »
Munch produit quatre versions colorées et une lithographie. La répétition fait partie de sa pratique, comme pour plusieurs motifs de la Frise de la vie.
« La folie explique le génie »
L’image est le résultat d’un travail prolongé : texte, esquisses, Désespoir, changements de figure et reprises techniques. La souffrance ne remplace pas la construction artistique.
Voir Le Cri à Oslo
Deux musées, plusieurs versions et une conservation très surveillée
Le motif se découvre au Musée national et à MUNCH. Vérifiez toujours l’accrochage, car les œuvres sur papier et carton doivent être protégées de la lumière.
La version peinte de 1893
La première version peinte est présentée dans la salle consacrée à Munch, sauf prêt ou nécessité de conservation. Elle a été volée en 1994 puis récupérée la même année. Son support fragile impose un éclairage faible.
Consulter la fiche officiellePeinture, dessin et lithographies
MUNCH conserve huit versions achevées : une peinture, un dessin et six lithographies. Une version est toujours exposée dans la présentation Infinite, tandis que les autres reposent dans l’obscurité selon un système de rotation.
Voir les conditions d’expositionExplorer les deux univers
Dix œuvres pour prolonger la comparaison
Les tableaux de Munch développent les thèmes de la Frise de la vie ; ceux de Van Gogh permettent de comparer couleur expressive, nuit et paysage animé.

Anxiété
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L’Enfant malade
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Séparation
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Jalousie
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Autoportrait à la cigarette
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La Nuit étoilée
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Le Café de nuit
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Expressionnisme, symbolisme, Munch et Van Gogh
Explorez les artistes, mouvements et atmosphères qui éclairent les deux œuvres sans les confondre.
Edvard Munch
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Questions fréquentes
Le Cri, Van Gogh et Munch : réponses précises
Attribution, signification, versions et lieux d’exposition.
Le Cri a-t-il été peint par Van Gogh ?
Pourquoi Le Cri est-il souvent attribué à Van Gogh ?
Combien existe-t-il de versions du Cri ?
Qui est le personnage représenté dans Le Cri ?
Le personnage crie-t-il ou se bouche-t-il les oreilles ?
Où peut-on voir Le Cri aujourd’hui ?
Munch a-t-il connu Van Gogh ?
Quel tableau choisir entre Le Cri et La Nuit étoilée ?
Sources principales
- Nasjonalmuseet, The Scream — fiche de la version de 1893, matériaux, dimensions et histoire.
- MUNCH, The Scream — versions colorées, lithographies et texte du motif.
- MUNCH, 5 things you should know — genèse écrite et conservation.
- MUNCH, Where can I see The Scream? — rotation des versions exposées.
- Nasjonalmuseet, inscription du « fou » — étude infrarouge et graphologique.
- Van Gogh Museum, Munch et Van Gogh — admiration, parallèles et rencontre improbable.
- MUNCH, exposition Van Gogh + Munch — thèmes universels et idiomes expressifs.
- MUNCH, A Scream Through Culture — vols, récupération et diffusion culturelle.
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