Léonard de Vinci en 20 dates
De l’enfant né près de Vinci au « premier peintre, ingénieur et architecte du roi » installé à Amboise : une chronologie visuelle pour suivre ses déplacements, ses commandes, ses enquêtes sur le corps et ses œuvres majeures.



Léonard n’a jamais suivi une carrière linéaire
Chaque déplacement change son travail
À Florence, Léonard apprend dans un atelier où peinture, sculpture et mécanique se mêlent. À Milan, il devient homme de cour et entreprend des décors monumentaux. De retour en Toscane, il cartographie, dissèque et conçoit deux tableaux devenus mythiques. Rome lui offre moins de commandes qu’espéré ; la France, enfin, lui donne un statut, une maison et la liberté de conseiller François Ier. Les vingt repères ci-dessous montrent ces bascules plutôt qu’une simple succession de chefs-d’œuvre.
Vingt dates, vingt tournants
Une date précise apparaît lorsqu’un document la confirme. Quand l’œuvre a été élaborée sur plusieurs années, la fourchette est conservée : dater Léonard avec honnêteté, c’est accepter que les carnets et les peintures aient souvent accompagné plusieurs voyages.
De Vinci à Florence
15 avril 1452
Naissance dans la campagne toscane
Leonardo naît fils naturel du notaire Ser Piero et de Caterina. La tradition situe sa naissance à Anchiano, hameau de Vinci, tandis que les premières années se déroulent dans le territoire dominé par les collines, les torrents et les affleurements rocheux du Montalbano.
Il ne faut pas transformer ce paysage en explication magique de son génie. Il offre cependant un premier répertoire d’observations : circulation de l’eau, croissance des plantes, profils des montagnes et machines agricoles.
1469
Entrée dans l’atelier de Verrocchio
Adolescent, Léonard rejoint Florence et l’atelier d’Andrea del Verrocchio. On n’y apprend pas seulement à peindre : on dessine, modèle, coule le bronze, prépare des fêtes et résout des problèmes de construction. Cette culture d’atelier explique pourquoi il refusera toute frontière nette entre art et technique.
Dans Le Baptême du Christ, œuvre collective exécutée plus tard, l’ange de gauche et des parties du paysage lui sont traditionnellement attribués. L’image résume le passage de l’élève à un collaborateur capable de transformer la lumière et l’atmosphère.
1472
Inscription à la compagnie de Saint-Luc
Le nom de Léonard apparaît dans les registres de la confrérie florentine des peintres. Il possède désormais un statut professionnel, même s’il reste encore lié à Verrocchio plusieurs années. C’est l’époque de l’Annonciation : jardin clos, ailes étudiées comme un mécanisme, drapés précis et horizon bleuté.
L’œuvre montre déjà son double regard. Les objets du premier plan sont décrits avec netteté ; le paysage lointain s’adoucit dans l’air. La perspective n’est plus seulement géométrique, elle devient atmosphérique.
5 août 1473
Le premier dessin daté
Une plume représente un cours d’eau, des rochers, des champs et une ville fortifiée. L’inscription du 5 août 1473 en fait la première œuvre de Léonard portant une date certaine. Les Offices la désignent souvent comme le premier paysage autonome de l’art occidental.
Le plus important n’est pas le record, mais le mouvement : les lignes ne remplissent pas mécaniquement la feuille. Elles enregistrent l’érosion, les plis du terrain et les variations de distance. Le paysage devient un phénomène à comprendre.
vers 1478
Le portrait devient présence mentale
Autour de 1478, Léonard travaille davantage pour son propre compte. Le Portrait de Ginevra de’ Benci, peint dans cette phase, ne se contente pas d’identifier une jeune femme florentine. Le genévrier derrière elle joue sur son prénom, tandis que le visage fermé et le paysage humide donnent au modèle une vie intérieure inhabituelle.
La chronologie exacte des premières madones et portraits reste discutée. Il faut donc lire « vers 1478 » comme une phase d’émancipation, non comme un jour de rupture avec Verrocchio.
juillet 1481
La grande commande laissée inachevée
Les moines augustins de San Donato a Scopeto commandent une Adoration des Mages. Léonard organise une foule tourbillonnante autour de la Vierge et de l’Enfant, avec cavaliers, ruines et gestes enchaînés. La peinture n’est pas terminée lorsqu’il quitte Florence.
Son état actuel permet de voir le processus : dessin préparatoire, valeurs brunes, zones reprises et passages à peine esquissés. L’inachèvement n’est pas ici un style volontaire, mais la trace d’un départ et d’une méthode qui multiplie les problèmes.
Le premier séjour milanais
vers 1482
Au service de Ludovic Sforza
Léonard se rend à Milan, probablement porteur d’une lettre où il met en avant ponts, fortifications, armes et machines avant de mentionner la peinture. La cour de Ludovic le More lui offre un terrain plus vaste que l’atelier florentin : portraits, fêtes, hydraulique, urbanisme et décor monumental.
Ce déplacement dure près de dix-sept ans. Il rencontre des mathématiciens, des musiciens et des médecins, développe ses carnets et apprend à concevoir pour le pouvoir autant que pour l’église.
25 avril 1483
Le contrat de La Vierge aux rochers
Un contrat conservé demande à Léonard et aux frères de Predis un retable pour la chapelle de la confrérie à San Francesco Grande. Le panneau central devient La Vierge aux rochers. Les figures ne sont pas alignées devant un décor : gestes, regards, plantes, eau et grotte composent un seul organisme.
Deux versions principales subsistent, au Louvre et à la National Gallery de Londres. Leur histoire contractuelle complexe rappelle que les chefs-d’œuvre naissent aussi de négociations, de délais et de désaccords de paiement.
1489
Voir à l’intérieur du corps
Des feuilles datées de 1489 montrent le crâne humain en coupes successives. Léonard cherche le siège des sens et la manière dont l’œil transmet une image. Ses conclusions mêlent observation, héritage antique et hypothèses parfois fausses, mais le langage graphique est révolutionnaire.
Dans les mêmes années, il prépare l’immense monument équestre à Francesco Sforza. Crâne et cheval relèvent d’un même geste : tourner autour d’une forme, la couper mentalement et comprendre comment elle tient.
vers 1490
L’Homme de Vitruve relie texte et expérience
À partir du traité de l’architecte romain Vitruve, Léonard place un homme dans un cercle et un carré. Il ne copie pas simplement une autorité antique : il corrige, mesure et met en image deux positions du corps. Le nombril organise le cercle ; le carré suit une autre géométrie.
La feuille condense l’idéal de la Renaissance, mais sa force vient de la précision physique. Le corps n’est pas une abstraction parfaite : épaules, genoux, pieds et écartements sont observés.
vers 1495–1498
La Cène transforme un mur en événement
Pour le couvent dominicain protégé par Ludovic Sforza, Léonard représente l’instant où le Christ annonce qu’un disciple le trahira. Les apôtres réagissent par vagues, groupés par trois, tandis que toutes les lignes conduisent au visage calme du Christ.
Il expérimente une technique sur mur sec afin de travailler lentement et de multiplier les nuances. Le choix lui permet une finesse exceptionnelle mais fragilise l’œuvre, qui commence à se détériorer de son vivant.
1499
La conquête française disperse les projets
Les troupes de Louis XII prennent Milan. Ludovic Sforza fuit, la cour s’effondre et Léonard quitte la ville. Le grand cheval d’argile préparé pour la fonte du monument Sforza n’aboutit pas ; les sources ultérieures racontent qu’il fut endommagé par des soldats.
Léonard passe par Mantoue et Venise avant de revenir à Florence. Ce départ révèle la fragilité du travail de cour : des années de calculs et de modèles peuvent disparaître avec un changement de régime.
Entre Florence et Milan
1502
Ingénieur de César Borgia
Léonard parcourt les territoires de César Borgia comme architecte et ingénieur militaire. Il inspecte forteresses, routes, rivières et ports. Son plan d’Imola adopte une vue verticale d’une remarquable exactitude, obtenue par mesures et relevés plutôt que par une perspective pittoresque.
La carte doit permettre de gouverner, défendre et circuler. Elle montre que son regard aérien n’est pas une fantaisie : c’est une manière de rendre un territoire calculable.
1503
La Joconde et La Bataille d’Anghiari
La République florentine commande à Léonard une immense Bataille d’Anghiari pour la salle du Grand Conseil ; Michel-Ange doit peindre le mur opposé. La réalisation échoue et l’image n’est connue que par des études et des copies.
Dans la même période commence le portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo. Léonard conserve le panneau, le reprend pendant des années et l’emporte finalement en France. Le sfumato unit visage, mains et paysage sans contour brutal.
1506
Les Français réclament Léonard
Le gouverneur français Charles d’Amboise demande son retour à Milan. Entre 1506 et 1513, Léonard partage encore son temps avec Florence avant de s’établir plus durablement en Lombardie. Il poursuit la Sainte Anne, où trois générations s’emboîtent dans un mouvement en spirale.
Le tableau résiste à une lecture instantanée : le regard circule du sourire d’Anne au corps de Marie, puis à l’Enfant et à l’agneau. La composition semble naturelle tout en étant construite avec une extrême densité.
vers 1510–1511
La grande campagne anatomique
Aux côtés de Marcantonio della Torre, professeur d’anatomie à Pavie, Léonard intensifie les dissections. Il étudie os, muscles, cœur, poumons, cerveau et fœtus. Ses feuilles superposent vues externes, coupes et détails comme le ferait un manuel moderne.
Il ne publie pourtant pas ce traité projeté. Les observations restent dans les manuscrits transmis à Francesco Melzi. Leur précision graphique sera redécouverte bien plus tard, sans avoir transformé immédiatement la médecine européenne.
Au même moment, Léonard peut reprendre un sourire, dessiner une valve cardiaque, calculer l’écoulement d’un canal et organiser une fête. Ses carnets ne sont pas une activité secondaire : ils constituent le laboratoire commun de la peinture, de l’ingénierie et de l’observation.
Rome et la France
septembre 1513
Sous la protection de Julien de Médicis
Léonard s’installe au Belvédère du Vatican avec ses assistants, protégé par Giuliano de’ Medici. Raphaël et Michel-Ange dominent alors les grands chantiers romains. Léonard reçoit moins de commandes picturales majeures et poursuit surtout des recherches d’optique, de géométrie, d’hydraulique et de botanique.
Saint Jean-Baptiste, élaboré dans les dernières années, concentre son art du clair-obscur : le corps émerge du noir, le sourire demeure indécidable et le doigt levé conduit hors du cadre.
1516
François Ier l’invite en France
Léonard traverse les Alpes et s’installe au manoir du Cloux, aujourd’hui Clos Lucé, près du château d’Amboise. François Ier lui accorde une pension et le titre de « premier peintre, architecte et mécanicien du roi ». L’âge et la santé réduisent son activité manuelle, mais pas son rôle de conseiller.
Il apporte des manuscrits et plusieurs tableaux, probablement la Joconde, la Sainte Anne et Saint Jean-Baptiste. Il travaille à des projets de fêtes, de canaux et de résidence royale à Romorantin.
10 octobre 1517
La visite qui décrit le vieux maître
Le cardinal Louis d’Aragon visite Léonard. Son secrétaire Antonio de Beatis note que la main droite de l’artiste est paralysée, tout en admirant des peintures et des dessins. Gaucher, Léonard pouvait encore dessiner, mais sa capacité à peindre était diminuée.
Les dernières feuilles de déluges montrent des masses d’eau, d’air et de roche entraînées dans une rotation cosmique. Elles ne sont pas seulement pessimistes : elles poussent jusqu’à l’extrême une question poursuivie depuis 1473, celle des forces qui transforment la Terre.
2 mai 1519
Mort, testament et transmission
Le 23 avril, Léonard dicte son testament. Il lègue notamment manuscrits, instruments et dessins à son fidèle élève Francesco Melzi. Il meurt au Clos Lucé le 2 mai 1519, à soixante-sept ans, puis est inhumé à Amboise ; ses restes présumés reposent aujourd’hui dans la chapelle Saint-Hubert.
La scène célèbre de François Ier tenant Léonard mourant appartient à la légende : le roi se trouvait ailleurs. La réalité est moins théâtrale mais plus importante. Melzi reçoit un atelier de papier immense, dont la dispersion future façonnera notre connaissance de Léonard.
Quatre précautions pour lire la chronologie
Une œuvre a plusieurs dates
Commande, premiers dessins, exécution et dernière retouche peuvent être séparés par des années. La Joconde en est le meilleur exemple.
Inachevé ne veut pas dire raté
L’Adoration, le cheval Sforza et Anghiari s’interrompent pour des raisons différentes : départ, politique, technique.
Les carnets ne sont pas des livres finis
Ils enregistrent essais, corrections et contradictions. Les recueils actuels ont souvent été remontés après sa mort.
Le mythe vient après les faits
L’autoportrait de Turin reste présumé ; François Ier n’assiste pas à la mort de Léonard ; toutes les machines n’ont pas été construites.
Trois portraits pour suivre l’évolution du regard
De la cour milanaise aux dernières recherches sur le sourire et le mouvement, ces œuvres prolongent trois moments essentiels de la chronologie. Les liens conduisent vers les reproductions effectivement disponibles dans la boutique.
Léonard en dates, sans légende
Quand et où Léonard de Vinci est-il né ?
Il est né le 15 avril 1452 dans le territoire de Vinci, en Toscane. La tradition associe sa naissance à la maison d’Anchiano, à quelques kilomètres du bourg.
Pourquoi Léonard quitte-t-il Florence pour Milan ?
Vers 1482, la cour de Ludovic Sforza lui offre des possibilités en ingénierie, architecture, fêtes et art monumental. Son départ laisse notamment l’Adoration des Mages inachevée.
Quand Léonard a-t-il peint La Joconde ?
Il commence généralement le portrait vers 1503 à Florence, mais le conserve et le retravaille pendant plusieurs années. Il l’emporte en France en 1516 ; il n’existe donc pas une seule date d’exécution.
Combien de temps a-t-il vécu à Milan ?
Son premier séjour dure environ de 1482 à 1499. Il revient travailler dans la Milan française à partir de 1506, plus durablement entre 1508 et 1513.
Léonard de Vinci est-il mort dans les bras de François Ier ?
Non. Les recherches historiques du Château royal d’Amboise montrent que François Ier n’était pas présent au Clos Lucé le 2 mai 1519. Cette scène est une invention artistique devenue légende.
Où est enterré Léonard de Vinci ?
Après la disparition de l’ancienne collégiale Saint-Florentin, des ossements présumés de Léonard ont été transférés dans la chapelle Saint-Hubert du Château royal d’Amboise, où se trouve aujourd’hui son tombeau.



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