Les carnets et codex de Léonard de Vinci
Machines, eau, anatomie, peinture, architecture, mots nouveaux et listes de courses : ces milliers de pages sont moins une encyclopédie achevée qu’un laboratoire de pensée en mouvement.



Que contiennent vraiment les carnets ?
Le chantier quotidien d’un artiste-ingénieur
Ils contiennent des observations prises sur le vif, des expériences, des calculs, des schémas de mécanismes, des études d’eau et de vol, des dessins d’anatomie, des projets d’architecture, des réflexions sur la peinture, mais aussi des adresses, des dépenses, des jeux de mots et des listes de livres. Léonard revient sans cesse sur une idée, la corrige et la relie à une autre. La plupart de ces pages ne sont donc ni un journal intime ni des traités prêts à imprimer.
Les grands codex, un par un
Les datations restent parfois approximatives parce que Léonard réutilisait ses cahiers. Les volumes conservés aujourd’hui ne correspondent pas toujours aux carnets qu’il tenait matériellement en main : certains sont des montages plus tardifs.

Codex Atlanticus
Le plus vaste ensemble : machines, armes, hydraulique, géométrie, architecture, botanique, cartographie, vol et projets de fêtes.
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Codex Leicester
Un dossier très cohérent sur l’eau, l’érosion, les fossiles, la structure de la Terre et la lumière cendrée de la Lune.
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Codex Arundel
Un ensemble volontairement hétérogène : mécanique, géométrie, vol, optique et notes personnelles. Son noyau fut commencé en 1508 comme une « collection sans ordre ».
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Codex Madrid I
Le manuscrit le plus proche d’un traité technique organisé : statique, mécanique, engrenages, transmission du mouvement et machines de levage.
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Codex Madrid II
Architecture, fortifications, canalisation de l’Arno, géométrie, vagues, musique et préparation de la fonte du gigantesque cheval Sforza.
Comprendre les deux secteurs
Codex Forster I
Deux carnets réunis : hydraulique et élévation de l’eau dans le plus ancien ; transformation et mesure des solides dans le plus tardif.
Ouvrir Forster I
Codex Forster II
Proportions, poids, balances, traction, métiers à tisser, casques, peinture et examen critique du mouvement perpétuel.
Ouvrir Forster II
Codex Forster III
Le plus disparate des Forster : géométrie, hydraulique, jambes de cheval, costumes de fête et anatomie de la tête humaine.
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Codex Trivulzianus
Près de huit mille mots copiés pour enrichir le vocabulaire de Léonard, avec architecture milanaise, machines, physionomies et études d’ombre.
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Codex sur le vol des oiseaux
Centre de gravité, résistance de l’air, battement d’ailes, vent et équilibre : l’oiseau devient un problème de mécanique expérimentale.
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Manuscrits A à M
Architecture et vol (B), ombre et lumière (C), vision (D), peinture (A), poids, géométrie, eau et projets militaires : chaque petit volume a son centre de gravité.
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Feuilles de la Royal Collection
Ce ne sont pas un seul codex : anatomie, botanique, eau, cartes, chevaux, costumes et études de figures furent réunis dans l’album de Pompeo Leoni.
Explorer l’anatomieAtlanticus et Leicester ne se lisent pas de la même manière
Le premier est une immense archive réorganisée après la mort de Léonard ; le second est un dossier resserré où une interrogation en appelle une autre. Les comparer évite d’imaginer tous les « codex » comme des livres homogènes.

Codex Atlanticus : l’archive-monde
Le nom vient du grand format « atlas » des feuilles de montage, pas de l’océan Atlantique. À la fin du XVIe siècle, le sculpteur Pompeo Leoni découpe et rassemble des feuilles d’époques et de formats différents. On y suit près d’un demi-siècle d’activité : une arbalète géante voisine avec un plan de ville, une machine hydraulique, un problème de géométrie ou un projet de spectacle.
- Force
- La variété et la durée : presque toute la carrière.
- Piège
- Prendre la reliure actuelle pour l’ordre voulu par Léonard.
- À regarder
- Les changements d’encre, de papier, d’échelle et de densité.

Codex Leicester : penser avec l’eau
Ici, Léonard cherche une explication générale : pourquoi trouve-t-on des coquillages au sommet des montagnes ? Comment les rivières creusent-elles la Terre ? Pourquoi l’eau forme-t-elle des vortex ? D’où vient la faible lumière visible sur la partie sombre de la Lune ? Les réponses sont parfois erronées, mais la méthode est moderne par son exigence d’observation et de causalité.
- Force
- Un ensemble thématique cohérent sur la planète et l’eau.
- Piège
- Lire chaque hypothèse comme une découverte exacte.
- À regarder
- Le va-et-vient entre schéma, expérience, analogie et correction.
Cinq grands champs de recherche
Léonard ne sépare pas strictement art, technique et science. Un même principe — équilibre, flux, lumière, proportion — circule entre la peinture d’un visage, la construction d’une machine et l’observation d’un fleuve.
Mécanique
Engrenages, roulements, treuils, grues, ressorts et transmissions. Le dessin décompose la machine pour montrer où passe la force.
Eau et Terre
Tourbillons, canaux, érosion, vagues, fossiles et déluges. L’eau devient à la fois matière, énergie et modèle du changement.
Corps vivant
Os, muscles, cœur, cerveau, fœtus et mouvement. Léonard transpose plans, coupes et vues éclatées de l’ingénieur vers l’anatomie.
Voir et peindre
Perspective, ombre, lumière, atmosphère, proportions et gestes. La théorie picturale naît de problèmes visuels concrets.
Villes et vol
Fortifications, églises, rues à niveaux, cartes, ailes et résistance de l’air : imaginer exige de mesurer les contraintes réelles.




L’écriture miroir était-elle un code secret ?
Probablement pas au sens d’un chiffre destiné à cacher des inventions. Léonard, gaucher, écrivait généralement de droite à gauche avec des lettres inversées. Ce geste pouvait limiter le frottement de la main dans l’encre fraîche et lui convenir naturellement.
Il savait aussi écrire normalement lorsqu’il s’adressait à d’autres. Ses abréviations, son italien mêlé de formes toscanes et lombardes, l’absence fréquente de ponctuation et les reprises rendent les textes difficiles ; l’effet de secret vient donc autant de la langue et de la vitesse de travail que du miroir.
Commencez par identifier le sujet principal, repérez les flèches et les numéros, retournez mentalement l’écriture, puis observez si le dessin décrit une chose vue, une hypothèse ou une machine encore impossible.
Comment les carnets ont été dispersés
L’état actuel des manuscrits doit autant à l’histoire des collections qu’à Léonard lui-même. C’est pourquoi la reconstruction numérique des ensembles est aujourd’hui essentielle.
Ce texte célèbre est une compilation posthume élaborée principalement à partir des écrits de Léonard par son élève Francesco Melzi. Il transmet sa théorie, mais ne doit pas être confondu avec un volume final ordonné et publié par le maître.
Où feuilleter les codex en ligne ?
Trois œuvres à relire avec les manuscrits
Les carnets éclairent les tableaux sans les réduire à des recettes : géologie, perspective, gestes, anatomie et mouvement deviennent des outils de composition.
Comprendre les carnets sans légende
Combien de carnets de Léonard de Vinci subsistent ?
Il n’existe pas un nombre simple, car certains volumes réunissent plusieurs carnets et d’autres ensembles sont composés de feuilles séparées. L’Institut de France conserve douze carnets A–M ; le V&A cinq carnets reliés en trois volumes ; s’ajoutent notamment les codex Atlanticus, Arundel, Leicester, Madrid I–II, Trivulzianus et le Codex sur le vol des oiseaux.
Où se trouve le plus grand ensemble ?
Le Codex Atlanticus de la Biblioteca Ambrosiana à Milan est le plus vaste recueil de notes et dessins de Léonard, avec près de 1 119 folios. Pour les dessins séparés, la Royal Collection à Windsor conserve plus de cinq cents feuilles.
Pourquoi le Codex Leicester est-il célèbre ?
Parce qu’il forme un dossier relativement cohérent sur l’eau, la géologie, les fossiles, les fleuves et l’astronomie. Il est aussi connu pour son histoire de collection : Bill Gates l’a acquis en 1994.
Léonard écrivait-il à l’envers pour cacher ses inventions ?
L’explication la plus prudente est pratique : gaucher, il écrivait naturellement de droite à gauche. Il n’en demeure pas moins que cette écriture rendait la lecture moins immédiate. Elle n’est cependant pas un cryptage sophistiqué.
Les machines dessinées ont-elles toutes été construites ?
Non. Certaines décrivent des dispositifs existants, d’autres améliorent des mécanismes connus, d’autres encore sont des explorations impossibles avec les matériaux et l’énergie disponibles. Le dessin peut analyser un principe sans constituer un plan de fabrication complet.
Peut-on consulter les originaux ?
Ils sont rarement exposés longtemps, car le papier et les encres sont fragiles. Plusieurs institutions présentent des rotations temporaires. Les fac-similés numériques officiels offrent aujourd’hui l’accès le plus complet et permettent souvent un grossissement supérieur à une présentation en vitrine.



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