Gustav Klimt · paysage · vers 1904–1905
Rosiers sous les arbres : lumière filtrée et mosaïque végétale
Dans ce carré presque sans ciel, trois rosiers se glissent sous trois pommiers. Klimt ne décrit pas un jardin plante par plante : il transforme feuilles, fleurs et lumière en une surface vibrante où l’espace semble respirer par petites touches colorées.
Réponse directe
Pourquoi ce jardin paraît-il éclairé de l’intérieur ?
Parce que Klimt évite le grand soleil frontal et les ombres profondes. La lumière traverse les couronnes des pommiers, se fragmente dans le feuillage puis réapparaît sous forme de petites notes jaunes, vert clair, roses et blanches. Elle n’éclaire pas les objets de l’extérieur : elle semble circuler entre les touches.
Le peintre réduit aussi la profondeur. Les troncs courts donnent quelques repères, mais les masses végétales s’emboîtent comme les pièces d’une tapisserie. Les trois rosiers du premier plan ne sont pas posés devant un décor : ils appartiennent au même réseau coloré que les trois grandes couronnes d’arbres.
Trois rosiers
Leur floraison basse anime le bord inférieur et introduit des accents roses et blancs.
Trois pommiers
Leurs couronnes ovales ferment l’espace et constituent l’architecture principale.
Un ciel minuscule
La petite ouverture en haut à droite suffit à situer le jardin sans rompre son immersion.
Architecture du regard
Un carré sans point de fuite
Le format carré refuse toute direction dominante. Ni panorama horizontal, ni élévation verticale : l’image se déploie dans toutes les directions avec une stabilité presque architecturale. Le spectateur n’entre pas par une allée ; il se trouve immédiatement face à un mur vivant.
La composition reste pourtant très construite. Les trois couronnes d’arbres occupent la moitié supérieure ; leurs troncs étroits descendent vers les rosiers. À droite, un petit triangle de ciel et une colline lointaine créent une respiration. Sans cette échappée, la surface deviendrait totalement décorative.
Une masse supérieure
Les arbres forment une canopée continue, mais leurs couronnes restent lisibles comme trois volumes emboîtés.
Une bande florale basse
Les rosiers allègent le premier plan et interrompent la monotonie du vert par des rythmes plus fins.
Une profondeur comprimée
Les superpositions indiquent l’espace, tandis que la touche uniforme rapproche chaque plan de la surface.
Lumière filtrée
Le soleil devient une poussière de couleur
Klimt ne peint ni rayon spectaculaire ni ombre noire. Il fait sentir la lumière par des écarts de température et de valeur : un vert plus jaune, une rose plus pâle, un bleu-vert soudain plus froid.
Le feuillage agit comme un filtre. Chaque touche reçoit une quantité différente de lumière, si bien que le vert cesse d’être une couleur unique. Il devient une famille : olive, émeraude, sauge, bleu-vert, jaune acide et gris argenté.
Les roses jouent un rôle décisif. Elles attirent d’abord l’œil par contraste, puis l’obligent à revenir vers les feuillages où des teintes proches se cachent. Ce mouvement répété — fleur, feuille, fleur — transforme la lecture en parcours plutôt qu’en identification immédiate.
Cette méthode doit davantage à l’impressionnisme et au postimpressionnisme qu’au naturalisme académique. Mais Klimt ne suit pas une division scientifique de la couleur. Ses petites marques varient librement, deviennent parfois des virgules, parfois des écailles ou des ponctuations.
Palette observée
Une mosaïque végétale, pas un vert uniforme
À distance, le tableau semble dominé par le vert. De près, sa stabilité repose sur une multitude de variations qui font avancer ou reculer les feuilles sans recourir à un modelé traditionnel.
Trois comparaisons utiles
Du jardin respirant au tapis presque abstrait
Ces paysages montrent que Klimt ne répète pas une formule : il déplace l’équilibre entre profondeur, structure végétale et intensité décorative.
Champ de coquelicots
Le sol fleuri devient presque une nappe pointilliste. Les rouges se dispersent plus régulièrement et le regard a moins d’appuis verticaux.
Jardin de campagne aux tournesols
Les fleurs montent jusqu’au bord supérieur. La hiérarchie entre fond et premier plan se dissout davantage que dans Rosiers sous les arbres.
Litzlberg sur l’Attersee
Le carré demeure, mais l’eau installe une large horizontalité. Klimt adapte son vocabulaire décoratif à une vue plus ouverte.
Le paysage vécu
Litzlberg et l’Attersee : un laboratoire d’été
Entre 1904 et 1907, Klimt passe ses étés à Litzlberg, sur l’Attersee. Les environs lui offrent vergers, prairies fleuries, plans d’eau et architectures isolées : autant de motifs qu’il cadre avec une concentration presque photographique.
Le repos n’est pas l’absence de travail. Klimt observe, cadre et simplifie. Les paysages d’Attersee lui permettent de déplacer vers la nature des questions déjà présentes dans ses portraits : comment faire tenir une profusion de motifs dans une surface unifiée ? Comment opposer une structure claire à une matière visuelle foisonnante ?
Le croquis associé à Rosiers sous les arbres se trouve dans le carnet rouge de Sonja Knips, utilisé entre 1897 et 1905. Il confirme que le tableau résulte d’une élaboration construite, même si la touche finale paraît spontanée.
Histoire de propriété
De Victor Zuckerkandl à la restitution aux héritiers de Nora Stiasny
La beauté du jardin ne doit pas masquer son histoire au XXe siècle. Le tableau est aussi un cas important de recherche de provenance et de réparation des spoliations nazies.
Victor Zuckerkandl achète l’œuvre, alors connue sous le titre de Pommier.
Après l’Anschluss, Nora Stiasny est contrainte de la céder très en dessous de sa valeur afin de tenter de fuir.
La France acquiert le tableau pour le musée d’Orsay, sans que toute son histoire de propriété soit alors établie.
Après de nouvelles recherches, l’œuvre est restituée aux héritiers de Nora Stiasny. Elle appartient aujourd’hui à une collection privée.
Nora Stiasny, nièce de Victor et Paula Zuckerkandl, avait reçu l’œuvre dans le cadre de la succession familiale. En 1942, elle fut assassinée avec sa mère, son mari et son fils. La restitution annoncée par le musée d’Orsay en mars 2021 résulte de recherches croisées menées en France et en Autriche.
L’enquête a également permis de corriger une confusion antérieure avec Pommier II, restitué par l’Autriche en 2001 aux héritiers Stiasny avant que des recherches de 2017 ne concluent qu’il ne s’agissait probablement pas de l’œuvre possédée par Nora. Ce dossier montre combien titres anciens, photographies, ventes et archives familiales doivent être confrontés avec prudence.
Continuer le jardin
Reproductions et paysages de Klimt à associer
Pour une décoration cohérente, privilégiez un ensemble de formats carrés et laissez les verts dialoguer. Les images ci-dessous sont toutes différentes de celles déjà montrées dans l’article.
Sources de référence
Pour vérifier l’œuvre et sa provenance
Questions fréquentes
Rosiers sous les arbres en huit réponses
Quand Klimt a-t-il peint Rosiers sous les arbres ?
L’œuvre est généralement datée vers 1904–1905. Le croquis conservé dans le carnet rouge de Sonja Knips, utilisé jusqu’en 1905, soutient cette datation.
Quelles sont les dimensions du tableau ?
La toile mesure 110 × 110 cm. Ce format carré contribue à l’équilibre sans direction dominante et rapproche le paysage d’une tapisserie.
Quels arbres sont représentés ?
Les sources de référence identifient trois pommiers à l’arrière-plan, devant lesquels se déploient trois petits rosiers.
Le tableau est-il pointilliste ?
Il montre une influence du pointillisme et du postimpressionnisme, mais Klimt n’applique pas une méthode scientifique stricte. Ses touches restent libres, irrégulières et adaptées à chaque élément.
Le tableau est-il encore au musée d’Orsay ?
Non. L’œuvre, longtemps conservée au musée d’Orsay, a été restituée aux héritiers de Nora Stiasny en 2021–2022. Elle se trouve aujourd’hui dans une collection privée.
Pourquoi voit-on si peu de ciel ?
Klimt veut produire une sensation d’immersion sous les arbres. La petite ouverture en haut à droite suffit à donner un horizon tout en maintenant la densité de la canopée.
Où le paysage a-t-il probablement été étudié ?
Le tableau est associé aux étés de Klimt à Litzlberg, sur l’Attersee, où il peint des prairies et jardins proches du Bräuhof. L’emplacement exact du motif ne doit toutefois pas être affirmé sans preuve.
Comment choisir une reproduction ?
Conservez le format carré afin de respecter la composition. Dans une pièce claire, un cadre en bois naturel, brun sombre ou vert profond laisse les roses jouer leur rôle d’accent sans concurrencer le tableau.
Faire entrer la lumière filtrée de Klimt dans votre intérieur
Découvrez la reproduction de Rosiers sous les arbres, puis comparez les autres vergers et jardins carrés de l’artiste pour composer un ensemble cohérent.




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