VIENNE · 1913–1918 · DERNIER KLIMT

Amalie Zuckerkandl

Un visage presque achevé émerge d’un corps encore dessiné. Le portrait devait devenir une image mondaine, riche de motifs et de couleurs. La guerre ralentit son exécution, puis la mort de Klimt l’interrompt définitivement.

128 × 128un grand format carré
1913–18plusieurs campagnes de travail
7700inventaire du Belvedere
Portrait entier inachevé d’Amalie Zuckerkandl par Gustav Klimt
Gustav Klimt, Amalie Zuckerkandl, 1913–1914 puis 1917–1918, huile sur toile, 128 × 128 cm, Belvedere, Vienne. Œuvre entière, domaine public.
RÉPONSE COURTE

Pourquoi le portrait d’Amalie Zuckerkandl est-il inachevé ?

Klimt commence le portrait vers 1913–1914, mais le déménagement du couple puis la Première Guerre mondiale interrompent les séances. Amalie travaille comme infirmière à Lemberg en 1915–1916. Le peintre reprend la toile en 1917, avance le visage, le fond et la première couche du corps, puis meurt brutalement le 6 février 1918.

L’inachèvement n’est donc pas un effet recherché. Il révèle toutefois une méthode passionnante : Klimt fixe d’abord l’identité par le visage, pose ensuite la silhouette, puis construit directement sur la toile le vêtement et le décor. La partie non peinte agit comme une radiographie de son atelier.

Visage d’Amalie Zuckerkandl et partie dessinée du portrait
Le visage est modelé avec précision, tandis que le buste, les bras et le vêtement restent à l’état de tracés et de couches minces. Domaine public.
UN MODÈLE AU CŒUR DE VIENNE 1900

Qui était Amalie Zuckerkandl ?

Amalie Schlesinger épouse en 1895 Otto Zuckerkandl, chirurgien et urologue viennois. Le couple a trois enfants : Viktor, Eleonore — appelée Nora — et Hermine. Amalie se trouve ainsi liée à une famille où la médecine, la littérature, l’architecture et l’art moderne se croisent constamment.

Otto collectionne et soutient les artistes de son temps. Il confie à Josef Hoffmann la décoration de son cabinet de travail et commande à Kolo Moser un ex-libris. Sa belle-sœur, Berta Zuckerkandl-Szeps, anime l’un des salons les plus actifs de Vienne. Klimt n’arrive donc pas dans un univers étranger : son portrait appartient à un réseau de commanditaires qui défendent la modernité viennoise.

Amalie n’est pourtant pas réductible à « l’épouse d’un collectionneur ». Pendant la guerre, elle suit Otto à Lemberg et travaille comme infirmière dans l’hôpital qu’il dirige. Cette expérience concrète explique en partie pourquoi le portrait reste si longtemps immobilisé.

À distinguer : Berta Zuckerkandl, célèbre journaliste et salonnière, est la belle-sœur d’Amalie. Les deux femmes appartiennent au même cercle, mais leurs biographies et leurs rôles ne doivent pas être confondus.
UNE TOILE QUI MONTRE SON PROCESSUS

Lire le portrait du visage vers la toile nue

Le contraste entre le visage fini et le corps ébauché permet d’observer les décisions successives de Klimt sans les deviner sous des couches opaques.

01

Le visage d’abord

Le regard, les pommettes, la bouche et les cheveux sont déjà individualisés. La ressemblance forme le noyau stable du portrait.

02

Un carré monumental

Avec 128 cm de côté, la toile n’est pas une étude. Klimt prépare une présence grandeur nature inscrite dans une surface décorative.

03

La robe comme chantier

Les lignes du buste indiquent le volume sans le remplir. Certaines touches suggèrent la direction d’un vêtement encore à inventer.

04

Le fond vert

Une partie du fond est déjà posée. Elle détache le visage clair et annonce un espace coloré, non une pièce décrite en perspective.

05

Des contours mobiles

Le dessin n’est pas une simple mise en place académique : plusieurs lignes se corrigent, se superposent et gardent la recherche visible.

06

Une absence éloquente

La toile vierge ne doit pas être « complétée » mentalement. Elle documente exactement le point où le travail s’est arrêté.

QUATRE TEMPS

De la commande à l’interruption définitive

Les dates varient légèrement selon les notices, car Klimt travaille par reprises. Les études préparatoires et les archives permettent néanmoins de reconstruire une séquence solide.

1913–14

La commande

Otto Zuckerkandl commande le portrait. Des dessins préparatoires indiquent que le projet est engagé avant la guerre.

1915–16

Lemberg

Amalie travaille comme infirmière dans l’hôpital de son mari. L’éloignement et le conflit retardent les séances viennoises.

1917

La reprise

Klimt avance la tête, le fond et la première mise en couleur. Il reçoit deux paiements totalisant 4 000 couronnes en novembre et décembre.

1918

La mort

Après un accident vasculaire cérébral, Klimt meurt le 6 février à 55 ans. La toile reste dans l’état exact de sa dernière campagne.

Gustav Klimt dans son dernier atelier vers 1917
Gustav Klimt dans le jardin de son dernier atelier, Feldmühlgasse 11, vers 1917. Photographie de Moriz Nähr, domaine public.
Berta Zuckerkandl photographiée en 1923
Berta Zuckerkandl-Szeps, belle-sœur d’Amalie, photographiée par Franz Löwy en 1923. Domaine public.
MÉDECINE, GUERRE ET MODERNITÉ

Le retard du portrait raconte aussi une époque

La Première Guerre mondiale désorganise les carrières, les familles et les commandes artistiques. Pour Amalie, elle signifie un départ à Lemberg — aujourd’hui Lviv — et un travail d’infirmière. Pour Klimt, elle correspond aux dernières années d’un langage qui s’éloigne de la mosaïque dorée pour aller vers des couleurs plus franches et des fonds plus libres.

Le portrait ne doit donc pas être raconté comme une simple séance interrompue un après-midi. Plusieurs années séparent la commande de la reprise. Entre-temps, l’Empire austro-hongrois se fragilise, les réseaux privés se transforment et la vie du modèle change profondément.

Berta, journaliste, traductrice et salonnière, donne une idée du milieu culturel auquel la famille participe. Son salon met en relation artistes, architectes, écrivains et responsables politiques. Amalie occupe une place plus discrète dans les archives, mais le portrait monumental commandé à Klimt témoigne du même engagement envers l’art moderne.

CE QUE LE TABLEAU AURAIT PU DEVENIR

Comparer quatre portraits tardifs

Ces rapprochements ne reconstituent pas un décor perdu. Ils montrent seulement les solutions que Klimt emploie autour de 1906–1918 pour unir visage, vêtement et surface.

Hypothèse raisonnable, pas reconstitution : les œuvres tardives et les traces déjà posées sur la toile suggèrent que Klimt aurait développé le vêtement et le fond avec davantage de figures ou de motifs asiatiques. Aucun document ne permet toutefois d’en dessiner le programme exact.
Tombe de la famille d’Otto Zuckerkandl à Vienne
Tombe de la famille Zuckerkandl à Vienne. Photographie d’Eva Maria Mandl, CC BY-SA 4.0.
UNE PROVENANCE COMPLEXE

Après Klimt : divorce, vente et persécution

Otto et Amalie divorcent en 1919. Le portrait est documenté au plus tard en 1928 dans la collection de Ferdinand Bloch-Bauer. Les archives du Belvedere indiquent ensuite un retour possible auprès d’Amalie, puis un passage par sa fille Hermine Müller-Hofmann et la Neue Galerie de Vienne. L’œuvre appartient plus tard à Vita Künstler et à son mari Gustav Künstler, avant d’être donnée au Belvedere en 1988.

Cette chaîne doit être présentée avec précision. Elle n’autorise pas à attribuer automatiquement chaque changement de propriétaire à une spoliation. Le dossier institutionnel fournit des étapes, certaines assorties d’un point d’interrogation. Une provenance honnête conserve ces incertitudes au lieu de les combler.

L’histoire personnelle d’Amalie est, elle, tragiquement établie. Convertie au judaïsme lors de son mariage, elle est persécutée après l’Anschluss. En 1942, elle et sa fille Nora sont déportées au centre de mise à mort de Bełżec et assassinées.

Deux récits liés mais distincts : la persécution et le meurtre d’Amalie sont des faits documentés. L’histoire de propriété du tableau doit parallèlement être suivie étape par étape, avec les réserves signalées par le musée.
Atelier restauré de Gustav Klimt dans la Villa Klimt
L’atelier restauré de la Villa Klimt, à l’adresse où le peintre travailla de 1911 à 1918. Photo Manfred Werner, CC BY-SA 3.0.
DANS LE DERNIER ATELIER

Ce que l’inachevé révèle de la méthode de Klimt

Les dessins préparatoires montrent que Klimt recherche la posture avant la couleur. Sur la toile, il stabilise la tête, trace le corps et laisse ouvertes les zones destinées aux tissus et au décor. Le portrait d’Amalie rend ce passage exceptionnellement lisible.

Le fond n’est pas entièrement planifié sur une maquette séparée : Klimt développe les formes directement au pinceau. C’est pourquoi les portraits achevés peuvent juxtaposer une tête très naturaliste et une surface presque autonome, faite de fleurs, de figures, de textiles et de vides.

Dans une reproduction ou une étude visuelle, il faut respecter ces différences de densité. Assombrir les lignes, remplir la robe ou uniformiser le fond détruirait le document. L’œuvre ne manque pas d’une couche finale unique : elle montre plusieurs étapes simultanées.

BELVEDERE SUPÉRIEUR · VIENNE

Où voir Amalie Zuckerkandl aujourd’hui ?

Le tableau appartient au Belvedere et porte le numéro d’inventaire 7700. La notice actuelle l’indique au Belvedere supérieur. Le musée conserve vingt-quatre peintures à l’huile de Klimt et présente la plus grande collection de ses œuvres au monde.

Sur place, commencez par regarder le visage à distance : il paraît presque autonome. Approchez-vous ensuite des épaules et des bras, où les traits cherchent encore la pose. Enfin, revenez au fond vert pour observer comment une couleur déjà décidée dialogue avec de vastes réserves.

L’accrochage pouvant évoluer, vérifiez la notice officielle du Belvedere avant votre visite. Elle donne aussi les dimensions, la provenance et deux fichiers en libre accès.

Vue réelle du Belvedere supérieur à Vienne
Le Belvedere supérieur à Vienne. Photo Hubertl, CC BY 3.0 AT.
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Deux portraits de Klimt réellement disponibles

Aucune reproduction d’Amalie Zuckerkandl n’est actuellement active dans le catalogue. Ces deux liens ont été contrôlés et proposent des œuvres proches par leur date ou leur collection.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Amalie Zuckerkandl en 12 réponses

Qui était Amalie Zuckerkandl ?

Amalie Schlesinger épouse en 1895 le chirurgien Otto Zuckerkandl. Elle appartient à un important réseau médical, artistique et littéraire de la Vienne moderne.

Quand Klimt a-t-il commencé son portrait ?

Les études et les archives situent le début du projet vers 1913–1914, avec une reprise importante en 1917.

Pourquoi le tableau est-il inachevé ?

Après plusieurs interruptions dues au déménagement et à la guerre, Klimt reprend l’œuvre mais meurt le 6 février 1918 avant de la terminer.

Amalie a-t-elle été infirmière ?

Oui. En 1915–1916, elle travaille comme infirmière à Lemberg dans l’hôpital dirigé par son mari, ce qui retarde les séances.

Quelles sont les dimensions du portrait ?

La toile est carrée et mesure 128 × 128 cm.

Le tableau est-il signé ?

Non. La notice du Belvedere le décrit comme non signé, ce qui est cohérent avec son état interrompu.

Quelle partie est la plus achevée ?

Le visage et les cheveux sont les zones les plus avancées. Le corps, le vêtement et une partie du fond restent largement dessinés ou couverts d’une première couche.

Peut-on savoir quel décor Klimt prévoyait ?

Non avec certitude. Les portraits tardifs suggèrent des motifs asiatiques ou floraux, mais aucune reconstitution exacte n’est documentée.

Quel lien unit Amalie et Berta Zuckerkandl ?

Berta est sa belle-sœur. Journaliste et salonnière, elle joue un rôle public majeur dans la vie culturelle viennoise.

Qu’est-il arrivé à Amalie pendant la Shoah ?

Persécutée comme juive après l’Anschluss, elle est déportée avec sa fille Nora à Bełżec en 1942 et assassinée.

Comment le tableau est-il entré au Belvedere ?

Après plusieurs propriétaires documentés, Vita Künstler en fait don au Belvedere en 1988.

Où voir Amalie Zuckerkandl aujourd’hui ?

La notice actuelle du musée situe le portrait au Belvedere supérieur, à Vienne, sous le numéro d’inventaire 7700.

SOURCES INSTITUTIONNELLES

Ce que l’on peut vérifier

Les dates, dimensions, étapes de travail, paiements, provenance et éléments biographiques reposent sur les notices du Belvedere et de la Gustav Klimt Database.

Belvedere · Amalie Zuckerkandl, inv. 7700Notice de l’œuvre, dimensions, technique, état, lieu actuel, provenance et biographie du modèle.
Gustav Klimt Database · The Final YearsÉtudes préparatoires, étapes de peinture, paiements de 1917 et contexte des portraits tardifs.
Gustav Klimt Database · The Zuckerkandl FamilyOtto, Amalie, enfants, Lemberg, réseau de mécénat, divorce et persécution.
Belvedere · Fiche de l’imageConfirmation institutionnelle du format carré, de la technique et de la datation 1917–1918.
UN PORTRAIT ET UN DOCUMENT

L’interruption rend visible le geste de Klimt

Le tableau préserve à la fois le visage d’Amalie, les transformations de Vienne pendant la guerre et les étapes concrètes d’un portrait. Sa force ne vient pas d’un décor absent, mais de la tension entre ce qui a été fixé et ce qui ne le sera jamais.

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