Arles · juin 1888 · portrait militaire
Le Zouave : Van Gogh confronte l’uniforme aux couleurs du Midi
Un bonnet rouge, un visage tanné, une veste bleu-noir et un mur orange : lorsqu’un jeune soldat accepte enfin de poser, Van Gogh ne peint pas un uniforme correctement rangé. Il organise un choc de couleurs qui transforme le modèle en présence presque électrique.
La réponse courte
Qui est le Zouave de Van Gogh ?
Le Zouave est un portrait peint à Arles en juin 1888. Le modèle, dont le nom n’est pas établi, appartient au troisième régiment de zouaves et son uniforme indique qu’il est aussi trompette. Van Gogh le décrit à Theo comme un jeune homme au petit visage, au « cou de taureau » et à « l’œil de tigre ».
Le peintre réalise au moins trois formulations très proches du modèle : une aquarelle préparatoire aujourd’hui au Metropolitan Museum of Art, une huile en buste conservée au Van Gogh Museum et une grande huile montrant le soldat assis en pied. Les archives des lettres confirment qu’il existe deux portraits peints, et non une seule toile déclinée.
Le sujet importe, mais la vraie bataille se joue entre les couleurs. Le rouge du bonnet, le vert de la porte, l’orange des briques, le bleu de l’uniforme et le jaune des galons refusent de se fondre. Van Gogh fait du contraste le moyen même de saisir un tempérament.
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Sept décisions qui rendent ce visage impossible à oublier
Le bonnet rouge commande l’image
Posé très haut et légèrement de biais, il agit comme un signal. Son rouge répond à l’orange du mur sans se confondre avec lui.
Un front court, un cou massif
Van Gogh ne corrige pas la rudesse du modèle. Le petit visage et le cou épais donnent à la tête une tension comprimée.
Les yeux ne regardent pas pareil
L’asymétrie évite le masque. Un œil paraît plus fixe, l’autre plus en retrait : le peintre cherche moins l’élégance que l’intensité.
La peau contient du jaune et du vert
Le visage très bronzé n’est pas modelé par des ombres brunes traditionnelles. Des tons citron, olive et orange le font vibrer contre la porte.
L’uniforme devient une surface
Le bleu très sombre porte des galons orange et deux marques jaunes. La coupe militaire reste lisible, mais elle est reconstruite par des bandes de couleur.
Le fond n’est pas neutre
La grande porte verte occupe presque tout l’espace. Sur la droite, la bande de briques orange agit comme un contrepoint vertical.
Le bleu du bas ferme la composition
Cette zone, souvent perdue dans les recadrages, équilibre le bonnet rouge. Elle prouve que chaque bord de la toile participe à l’accord général.
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Trois détails à regarder
Ces agrandissements isolent la casquette, le visage et le galon. Ils servent à observer la touche ; l’œuvre complète reste visible dans le hero et la section d’analyse.

Le signal rouge
La forme plate du bonnet se détache du vert. Elle identifie le corps militaire avant même que l’on lise la veste.

« L’œil de tigre »
Le regard n’est pas idéalisé. Les touches vertes, jaunes et brunes construisent une physionomie nerveuse plutôt qu’un teint lisse.

La veste comme partition
Le noir bleuté absorbe la lumière. Galons et étoiles jaunes lui donnent un rythme graphique presque décoratif.
Une combinaison volontairement rude
Cinq couleurs qui ne cherchent pas la paix
Van Gogh ne veut pas obtenir une harmonie douce. Il rapproche des tons très éloignés afin que chacun augmente la force de l’autre. Le portrait tient par opposition, comme si l’uniforme rencontrait physiquement la lumière du Midi.
Le bonnet : signe militaire et point de départ du regard.
Le mur et les galons : chaleur sèche, accent rythmique.
Le visage et les étoiles : lumière, éclat, nervosité.
La porte : grand champ froid derrière la peau.
La veste et le bas : profondeur qui retient les couleurs chaudes.

Lettre 629 à Theo · 21 juin 1888
« J’ai enfin un modèle » : un jeune zouave au « cou de taureau » et à « l’œil de tigre ».Citations courtes d’après la lettre 629. La lettre originale décrit aussi le bonnet rouge, la porte verte, le mur orange et l’uniforme bleu.
Le texte est exceptionnel parce qu’il permet de suivre la toile presque couleur par couleur. Van Gogh ne se contente pas de signaler qu’il peint un soldat : il inventorie les oppositions qui l’occupent. Il présente même l’ensemble comme une combinaison rude de tons disparates. L’étrangeté que l’on voit aujourd’hui n’est donc pas un accident de reproduction : elle était le projet.
Même modèle, deux expériences
Le buste et le Zouave assis
Van Gogh change d’échelle et de problème. Dans le buste, tout converge vers la tête. Dans la figure assise, la posture, le pantalon rouge, les mains et les chaussures font entrer le corps entier dans la couleur.

La tête sous pression
Le cadrage resserré confronte directement la peau, l’uniforme et le fond. La présence psychologique passe par le contraste des couleurs.
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Le corps dans l’atelier
Le soldat est vu en pied contre un mur clair. Le rouge du pantalon devient presque un second personnage, vaste et frontal.
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La seconde huile
Pourquoi le Zouave assis paraît-il à la fois solide et instable ?
Le modèle occupe une chaise mais ne s’y abandonne pas. Les jambes s’ouvrent, les pieds divergent, les mains sont posées sans symétrie parfaite. Le grand pantalon rouge pousse visuellement vers l’avant, tandis que la veste sombre retient le torse contre le mur.
Cette version mesure environ 81 × 65 cm et se trouve dans une collection privée. Son format plus ample oblige Van Gogh à résoudre ce qu’il trouvait difficile dans le buste : non seulement une ressemblance, mais une figure entière, avec son poids, son vêtement et l’espace très réduit qui l’entoure.
Le pantalon rouge
Il n’est pas un simple détail d’uniforme. Sa surface chaude domine la moitié inférieure et rivalise avec le visage.
Les mains
Elles rompent la symétrie et signalent la présence vivante du modèle, moins immobile que la pose ne le laisse croire.
Le mur blanc
Il libère la silhouette, contrairement au fond vert du buste. Les contours deviennent plus visibles et plus heurtés.
Les chaussures brunes
Elles ferment les diagonales des jambes et ramènent le personnage au sol, après l’explosion rouge du vêtement.

Avant et après l’huile
L’aquarelle du Met est un laboratoire de couleur
Réalisée vers le 20 juin 1888, l’aquarelle associe plume de roseau, encre brune, crayon de cire, aquarelle et graphite. Les contours sont rapides, mais l’essentiel de la gamme est déjà là : bonnet rouge, peau jaune-brun, veste bleu sombre, galons chauds et fond vert.
Le Metropolitan Museum of Art la considère comme une étude de couleur pour le portrait en buste. Van Gogh l’envoie ensuite à Émile Bernard avec une dédicace. Ce passage de l’étude offerte à l’huile montre qu’un portrait pouvait être, pour lui, à la fois observation d’un individu, recherche picturale et conversation entre artistes.
L’aquarelle ne doit donc pas être jugée comme une version inachevée. Elle simplifie les volumes afin de tester les rapports de tons. L’huile densifie ensuite la tête, le décor et l’uniforme sans renoncer à cette première violence chromatique.
Arles, pluie et portrait
Pourquoi Van Gogh peint-il un zouave en juin 1888 ?
Le tableau naît d’une interruption autant que d’une rencontre. La pluie suspend momentanément les campagnes de moisson. Retenu en ville, Van Gogh se tourne vers la figure et saisit l’occasion rare d’un modèle consentant.
La moisson s’arrête
Van Gogh travaille alors aux champs autour d’Arles. Plusieurs jours de pluie interrompent cette série lumineuse et ramènent le peintre vers l’atelier.
Un modèle accepte
Il se plaint souvent de la difficulté à trouver des modèles. Le soldat lui offre enfin l’occasion de pratiquer le portrait d’après nature.
Le Midi entre dans l’uniforme
La tenue militaire porte ses propres codes, mais Van Gogh la recompose avec les contrastes qu’il explore en Provence : rouge-vert, bleu-orange, jaune-violet suggéré.
Le régiment apparaît sans récit de bataille
Le modèle appartient à un corps de l’armée française lié à l’histoire coloniale en Afrique du Nord. Van Gogh n’illustre pourtant ni combat ni exotisme militaire : il peint un individu présent dans la ville de garnison.
Le type et la personne
Les mots « taureau » et « tigre » montrent que le peintre cherche un caractère. Mais l’asymétrie du visage et la gêne de la pose empêchent le modèle de devenir un symbole abstrait.
Une étape vers les Roulin
Quelques semaines plus tard, Van Gogh multiplie les portraits de Joseph Roulin et de sa famille. Le Zouave ouvre à Arles un chantier majeur : inventer le portrait moderne par la couleur.
Une semaine décisive
Chronologie rapprochée
Les dates ne décrivent pas une longue série. Elles montrent au contraire la vitesse avec laquelle Van Gogh passe du motif agricole à l’étude, puis à deux huiles.
La pluie
Les travaux de moisson sont interrompus. Van Gogh revient au portrait.
L’étude
L’aquarelle fixe la physionomie et le premier accord de couleurs.
Le buste
Dans la lettre 629, le peintre décrit le bonnet, la porte et le mur.
La figure assise
Une seconde huile élargit la recherche au corps entier.
Émile Bernard
L’aquarelle dédicacée rejoint l’échange artistique avec son ami.
Choisir la composition
Deux reproductions, deux présences
Le portrait en buste convient à une lecture frontale et concentrée. La figure assise demande davantage de hauteur et apporte une grande surface rouge. Les images ci-dessous montrent les œuvres entières afin de comparer réellement leur équilibre.

Le Zouave
Une construction serrée dominée par le vert, le rouge et le bleu sombre. Idéale si l’on veut faire du visage le centre absolu.
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Le Zouave assis
Une silhouette de grand format où le pantalon rouge, la veste et les chaussures donnent au modèle un poids physique spectaculaire.
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Questions fréquentes
Tout comprendre sur Le Zouave
Quand Van Gogh a-t-il peint Le Zouave ?
Il peint le modèle à Arles en juin 1888, autour des 20 et 21 juin, pendant plusieurs jours de pluie qui interrompent son travail sur la moisson.
Qui est le modèle du Zouave ?
Son nom n’est pas établi. Les notes des Lettres de Van Gogh indiquent qu’il était soldat et trompette dans le troisième régiment de zouaves.
Qu’est-ce qu’un zouave ?
Les zouaves formaient des unités d’infanterie de l’armée française historiquement liées à l’Algérie et à l’expansion coloniale. Leur uniforme très reconnaissable, avec bonnet et vêtements aux couleurs fortes, a souvent attiré les artistes du XIXe siècle.
Combien de portraits du Zouave Van Gogh a-t-il peints ?
Deux huiles sont documentées : le portrait en buste F 423 / JH 1486 et Le Zouave assis F 424 / JH 1488. Il existe aussi des dessins et une aquarelle associés.
Où voir Le Zouave en buste ?
La peinture en buste est conservée au Van Gogh Museum à Amsterdam. Sa présence en salle peut varier : il faut vérifier l’accrochage auprès du musée avant une visite organisée autour de cette seule œuvre.
Où se trouve Le Zouave assis ?
La grande version en pied appartient à une collection privée. Elle n’est donc pas accessible de manière permanente dans un musée.
Pourquoi le fond est-il vert et orange ?
Van Gogh veut opposer des tons puissants : la porte verte refroidit et isole le visage, tandis que les briques orange répondent au bonnet rouge et aux galons de l’uniforme.
Pourquoi le visage paraît-il jaune ou vert ?
Le peintre ne cherche pas un teint naturaliste uniforme. Il utilise jaune, vert, orange et brun pour traduire le bronzage, la lumière et le caractère du modèle.
L’aquarelle du Metropolitan Museum est-elle une copie de l’huile ?
Non. Le Met la présente comme une étude de couleur préparatoire, réalisée autour du 20 juin 1888. Van Gogh l’a ensuite dédicacée et envoyée à Émile Bernard.
Quel rapport entre Le Zouave et les portraits de la famille Roulin ?
Le Zouave précède de peu les grandes séries de portraits arlésiens. Il aide Van Gogh à tester un portrait où la ressemblance passe par des aplats, des contours et des couleurs très contrastées.
Quelle version choisir en reproduction ?
Choisissez le buste pour un face-à-face intense et une dominante verte. Préférez la figure assise si vous disposez d’un mur plus haut et souhaitez une présence corporelle dominée par le rouge.
Sources vérifiables
Pour aller aux documents
Les faits, dates et formulations ont été confrontés aux lettres éditées en ligne et aux notices des musées. Les citations restent volontairement brèves.
Lettre 629 à Theo
La séance, le modèle, l’uniforme et la description précise des couleurs, 21 juin 1888.
Archive officielleLettre 650
Les notes identifient les deux portraits peints du Zouave et leurs numéros de catalogue.
MuséeMetropolitan Museum of Art
Notice de l’aquarelle, technique, dimensions, provenance et statut de domaine public.
Van Gogh MuseumTexte de salle
Le portrait, la tête expressive et l’usage des couleurs contrastées dans la collection permanente.
Catalogue du muséeDonnées de l’huile
Dimensions 65,8 × 55,7 cm et numéro d’inventaire s67V1962.
DessinLe Zouave assis
Notice du dessin à la plume de roseau et à l’aquarelle conservé au Van Gogh Museum.
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