Giverny · 1886 · deux figures en plein air

La Femme à l’ombrelle de Monet : Suzanne Hoschedé, le vent et le contre-jour

Deux silhouettes presque jumelles, un point de vue très bas et une lumière qui dissout le visage : Monet transforme le portrait en expérience d’air, de couleur et de mouvement.

Un guide documenté pour distinguer les versions droite et gauche du musée d’Orsay, comprendre leur modèle et ne plus les confondre avec la célèbre promenade de 1875.

Femme à l’ombrelle tournée vers la droite peinte par Claude Monet en 1886
Essai de figure en plein-air : Femme à l’ombrelle tournée vers la droite, 1886, musée d’Orsay.
1886année des deux pendants
2 toilesdroite et gauche, pensées ensemble
RF 2620–2621inventaires du musée d’Orsay
≈ 131 × 89 cmformats verticaux monumentaux

Avant de lire le tableau

« La Femme à l’ombrelle » désigne en réalité trois images souvent mélangées

Le titre courant La Femme à l’ombrelle peut renvoyer à plusieurs œuvres de Claude Monet. La plus célèbre est La Promenade, femme à l’ombrelle, peinte en 1875 et conservée à la National Gallery of Art de Washington. Elle représente Camille Monet avec leur fils Jean. Onze ans plus tard, Monet reprend l’idée d’une figure debout vue d’en bas, mais il peint cette fois deux grands pendants : l’un tourné vers la droite, l’autre vers la gauche.

Les deux toiles de 1886 portent le titre institutionnel Essai de figure en plein-air. Ce mot « essai » est décisif. Monet ne cherche pas un portrait mondain chargé de décrire un visage, un rang social ou une psychologie. Il teste la façon dont une personne, une robe claire, une ombrelle, l’herbe, les nuages et le vent peuvent appartenir au même phénomène lumineux.

Les notices du musée d’Orsay identifient le modèle comme Suzanne Hoschedé, née en 1868, fille d’Alice Hoschedé. Elle a environ dix-huit ans lorsque Monet la peint. Son identité compte pour l’histoire de l’œuvre, mais la peinture réduit volontairement les signes individuels : le visage reste à contre-jour, les contours vibrent et le mouvement du vêtement prend autant d’importance que la personne.

Le repère le plus simple : 1875 = Camille et Jean Monet, une scène familiale ; 1886 = Suzanne Hoschedé, deux figures complémentaires conservées au musée d’Orsay.
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Un modèle identifié

Suzanne Hoschedé figure dans l’indexation officielle des deux notices du musée d’Orsay.

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Un format imposant

Près de 131 cm de haut : la silhouette possède une présence physique, malgré l’effacement de son visage.

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Une recherche en paire

Droite et gauche ne sont pas de simples copies inversées : elles modifient le vent, l’équilibre et la distribution du ciel.

Suzanne Hoschedé, et non Camille

Une présence familiale devenue instrument de peinture

Femme à l’ombrelle tournée vers la gauche, Suzanne Hoschedé peinte par Monet
Dans la version tournée vers la gauche, le profil du corps et l’ombrelle créent une diagonale plus ouverte vers le ciel.

Le portrait s’efface devant l’atmosphère

Suzanne appartient à la famille recomposée qui entoure Monet à Giverny. La Fondation Monet rappelle que le peintre s’y installe avec sa famille en avril 1883. Trois ans plus tard, ces études sont donc liées à un environnement quotidien, mais elles ne racontent pas une promenade spontanée au sens photographique.

Le modèle pose. La robe, le chapeau et l’ombrelle composent une architecture claire autour de laquelle Monet peut observer les changements du ciel. Le visage est volontairement difficile à lire : placé sous le chapeau et du côté opposé à la lumière, il évite que le regard s’arrête sur une ressemblance précise.

Cette tension fait la modernité du tableau. Suzanne est à la fois une personne réelle, un volume dans l’espace et une surface traversée de reflets. Les bleus du ciel entrent dans la robe ; les verts de l’herbe remontent vers l’ourlet ; les ombres ne sont jamais noires mais colorées.

Suzanne Hoschedé18 ans environGivernyfigure en plein air

Deux pendants du musée d’Orsay

Droite et gauche : mêmes dimensions générales, deux équilibres distincts

Les notices du musée permettent de séparer précisément les œuvres. Toutes deux sont des huiles sur toile datées et signées de 1886, restées dans la collection de Michel Monet jusqu’à leur don à l’État en 1927. Elles sont entrées au musée d’Orsay en 1986 après leur passage par le Louvre puis le Jeu de Paume.

Élément Tournée vers la droite Tournée vers la gauche Ce que cela change
Inventaire RF 2620 RF 2621 Deux œuvres autonomes, pas les deux faces d’une même toile.
Dimensions 130,5 × 89,3 cm 131 × 88,7 cm Des proportions presque identiques qui renforcent l’idée de paire.
Signature En bas à droite En bas à gauche La signature accompagne l’orientation de la figure et l’équilibre visuel.
Attitude Corps plus frontal, visage tourné Silhouette plus latérale La droite paraît plus stable ; la gauche plus emportée par le mouvement.
Accrochage Peut varier, actuellement non exposée selon la notice Localisation indiquée par Orsay, susceptible de changer Toujours vérifier la notice officielle avant une visite.

Un regard placé dans l’herbe

Le point de vue bas transforme Suzanne en apparition atmosphérique

Monet place virtuellement le spectateur au-dessous du modèle. La ligne d’horizon descend, la prairie occupe la base et le ciel envahit la plus grande partie du format. Cette contre-plongée agrandit la figure sans la rendre solennelle : le vent déséquilibre immédiatement ce que la verticalité pourrait avoir de monumental.

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La diagonale de l’ombrelle

Le manche, le bras et le bord de l’ombrelle créent un axe oblique qui répond à l’inclinaison du corps.

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Le ciel comme fond actif

Les nuages ne forment pas un décor immobile. Leurs touches rapides prolongent le mouvement de la robe et du voile.

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Une figure coupée de près

La silhouette remplit le cadre ; Monet renonce au vaste paysage pour étudier l’enveloppe d’air autour du corps.

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Un visage secondaire

Le contre-jour réduit les détails. L’identité visuelle vient de l’attitude, du vêtement et de la lumière, non du portrait facial.

La figure ne se détache pas du paysage : elle devient le lieu où le ciel, le vent et l’herbe changent de couleur.

Lecture formelle des deux pendants de 1886

Contre-jour, vent, touches visibles

Le blanc de la robe est composé de bleu, de rose, de vert et de jaune

À distance, la robe paraît blanche. De près, ce blanc n’existe presque jamais seul. Monet le module par des bleus froids venus du ciel, des tons crème éclairés, des roses discrets et des reflets verts issus de la prairie. La couleur ne remplit pas un dessin préétabli : chaque touche participe à la construction du volume et de l’air.

La Promenade de 1875

Pourquoi la version avec Camille et Jean n’est pas le même tableau

La Promenade, Madame Monet et son fils, peinte par Claude Monet en 1875
La Promenade, 1875 : Camille Monet et Jean, aujourd’hui à la National Gallery of Art de Washington.

Une mémoire visuelle reprise onze ans plus tard

La National Gallery of Art identifie clairement Camille, épouse de Monet, et leur fils Jean. Le tableau mesure 100 × 81 cm, soit un format plus compact que les grandes figures d’Orsay. Le musée précise qu’il fut achevé au cours d’une seule séance en extérieur : la rapidité est visible dans les zones de toile laissées ouvertes, les nuages hachés et les éclats de blanc.

Les ressemblances sont évidentes : contre-plongée, ombrelle verte, ciel dominant, robe claire et vent. Les différences le sont tout autant. En 1875, Jean introduit une petite narration familiale et une profondeur supplémentaire. En 1886, Monet isole Suzanne, agrandit le format et fabrique deux réponses complémentaires. La scène devient plus expérimentale et moins anecdotique.

Il vaut donc mieux employer les titres complets. La Promenade, femme à l’ombrelle — Madame Monet et son fils pour 1875 ; Essai de figure en plein-air : Femme à l’ombrelle tournée vers la droite ou vers la gauche pour 1886.

Camille et Jean1875Washingtonune séance en plein air

Dix réponses précises

Questions fréquentes sur La Femme à l’ombrelle de Monet

Qui est la femme représentée dans les tableaux de 1886 ?

Le musée d’Orsay identifie Suzanne Hoschedé, fille d’Alice Hoschedé. Elle a environ dix-huit ans lorsque Monet réalise les deux figures en plein air.

Pourquoi confond-on Suzanne Hoschedé et Camille Monet ?

Parce que Monet avait déjà peint Camille avec une ombrelle en 1875. La composition en contre-plongée et la robe claire se ressemblent, mais le modèle, la date, le format et le nombre de versions diffèrent.

Combien existe-t-il de Femmes à l’ombrelle de Monet ?

Plusieurs œuvres emploient ce motif. Les trois plus célèbres sont la promenade de 1875 avec Camille et Jean, puis les deux pendants de 1886 tournés vers la droite et vers la gauche.

Où sont conservées les deux versions de 1886 ?

Elles appartiennent toutes deux au musée d’Orsay. Leur présence en salle peut changer en fonction de l’accrochage ou des prêts ; consultez les notices avant votre visite.

Quelles sont leurs dimensions ?

La version tournée vers la droite mesure 130,5 × 89,3 cm ; celle tournée vers la gauche 131 × 88,7 cm.

Pourquoi Monet peint-il deux orientations ?

Les deux tableaux fonctionnent comme des pendants. L’inversion de la posture lui permet de varier l’équilibre entre la figure, l’ombrelle, le vent et les masses de nuages.

Que signifie « essai de figure en plein-air » ?

Le titre souligne une recherche : Monet étudie moins un portrait psychologique que l’intégration d’une figure humaine dans la lumière et l’atmosphère extérieures.

La version de 1875 a-t-elle été peinte rapidement ?

Oui. La National Gallery of Art indique qu’elle a été réalisée en une seule séance en extérieur, avec une touche rapide et certaines zones de toile laissées visibles.

Quelle version choisir pour une reproduction ?

La droite paraît plus stable, la gauche plus dynamique, et la version de 1875 plus narrative. Dans tous les cas, conservez le format vertical et les nuances colorées de la robe blanche.

Quelles couleurs faut-il vérifier sur une reproduction ?

Le ciel ne doit pas être uniformément bleu, la robe doit contenir des gris bleutés, des crèmes et des reflets verts, et les ombres doivent rester colorées plutôt que noires.

Une figure, deux directions, un même souffle

La Femme à l’ombrelle devient moderne au moment où le portrait cesse d’être immobile

En 1886, Monet ne répète pas simplement une image heureuse de 1875. Il agrandit la figure, la dédouble, efface son visage et laisse le vent organiser le tableau. Suzanne Hoschedé ne pose plus devant un paysage : elle devient l’endroit où l’atmosphère se rend visible.

Voir la version tournée vers la droite

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