Vienne 1900 · mentor, admiration et rupture
Gustav Klimt et Egon Schiele admiration, transmission et différences
Schiele a regardé Klimt avec intensité. Klimt l’a aidé à entrer dans les cercles de l’avant-garde. Mais l’histoire n’est pas celle d’un simple élève : c’est celle d’un jeune artiste qui reçoit une permission, puis la retourne contre toute douceur décorative.
Egon Schiele, Gustav Klimt en blouse bleue, 1913. Le portrait est presque un manifeste : Schiele regarde son aîné avec admiration, mais déjà avec son propre trait nerveux.
La réponse courte
Klimt et Schiele : maître et élève ?
Oui, mais avec prudence. Gustav Klimt a joué un rôle décisif dans les débuts d’Egon Schiele : il l’encourage, l’introduit dans des réseaux, l’aide à accéder à des collectionneurs et à des expositions. Pour Schiele, Klimt représente la sortie possible de l’académisme viennois.
Mais Schiele n’est pas un Klimt plus jeune. Il admire l’aîné, reprend parfois la frontalité, les silhouettes allongées, l’érotisme du dessin, la liberté du corps. Puis il radicalise tout : la ligne devient cassante, le corps devient crise, le portrait devient auto-analyse, la beauté décorative se change en tension existentielle.
La relation est donc une transmission suivie d’une séparation. Klimt ouvre la porte ; Schiele traverse, puis peint comme si la porte devait brûler derrière lui.

Une rencontre décisive
Schiele trouve chez Klimt une sortie de l’Académie
Schiele entre très jeune à l’Académie des beaux-arts de Vienne. Mais il supporte mal la rigidité de l’enseignement. Klimt, lui, est déjà l’artiste qui a rompu avec l’académisme : Sécession viennoise, scandale des peintures de faculté, portraits décoratifs, dessins sensuels.
La rencontre entre les deux artistes est souvent située autour de 1907. Schiele admire Klimt et lui montre son travail. La tradition raconte que Klimt reconnaît vite son talent. Ce qui est certain, c’est que Klimt joue un rôle de passeur : il aide Schiele à rejoindre une scène artistique où les collectionneurs, critiques et expositions comptent autant que les ateliers.
Pas un professeur, plutôt un accélérateur
Klimt n’apprend pas à Schiele à dessiner. Schiele sait déjà dessiner. Ce que Klimt lui transmet, c’est une audace : le droit de faire du corps un sujet moderne, frontal, dérangeant.
Ce qui passe de l’un à l’autre
La transmission : corps, réseau, audace
L’influence de Klimt sur Schiele n’est pas une question de copie. Elle agit comme une ouverture : un jeune artiste comprend qu’il peut quitter la politesse académique.
Entrer dans Vienne 1900
Klimt introduit Schiele dans un monde de collectionneurs, de critiques, d’expositions et de sociabilité artistique. C’est un levier énorme pour un jeune peintre.
Oser la figure nue
Klimt avait déjà déplacé le nu vers l’érotisme moderne. Schiele reprend ce terrain, mais enlève la douceur et laisse apparaître la tension.
La feuille comme œuvre
Les deux artistes donnent au dessin une importance centrale. Klimt y prépare souvent la peinture ; Schiele le vend et le pense plus volontiers comme image autonome.
Comparer sans simplifier
Klimt et Schiele : les grandes différences
Ils partagent Vienne, le dessin et le corps. Mais leur effet visuel est presque opposé : Klimt enveloppe, Schiele expose.
| Aspect | Gustav Klimt | Egon Schiele |
|---|---|---|
| Ligne | Sinueuse, décorative, souvent continue, proche de l’arabesque. | Cassante, nerveuse, anguleuse, chargée d’électricité psychologique. |
| Corps | Corps souvent enveloppé par le motif, l’or, le tissu ou le symbole. | Corps frontal, maigre, tendu, vulnérable, parfois presque blessé. |
| Couleur | Or, mosaïque, surface précieuse, harmonie décorative. | Terres, verts acides, chairs sèches, contrastes abrupts. |
| Portrait | Apparition sociale ou symbolique, souvent très construite. | Interrogation existentielle, surtout dans les autoportraits. |
| Modernité | Modernité de la surface et de l’ornement. | Modernité de la crise, du corps et du moi. |
Le dessin comme champ de bataille
Chez Klimt, la ligne caresse ; chez Schiele, elle coupe
Le dessin permet de comprendre très vite leur différence. Klimt travaille souvent le contour comme une ligne souple, capable de tenir un corps et de préparer l’ornement. Même dans ses nus les plus francs, la ligne peut garder une douceur de ruban.
Schiele, lui, transforme la ligne en système nerveux. Elle ne décrit pas seulement la peau : elle indique l’inquiétude, le geste, la crispation, la solitude. Là où Klimt peut faire du corps un motif, Schiele fait du corps une alarme.
Deux manières d’être moderne
Klimt modernise la peinture par la surface. Schiele modernise le regard par l’intensité psychique. Les deux sont viennois, mais ils ne posent pas la même question au corps.

Le corps moderne
Du corps-orner au corps-crise
Le même sujet — la figure humaine — produit deux effets très différents. Klimt transforme souvent le corps en surface précieuse ; Schiele le rend inconfortable, vulnérable, presque trop proche.
La fusion
Dans Le Baiser ou L’Étreinte, les corps se fondent dans le décor. L’ornement fait écran et intensifie le désir.
La séparation
Dans les autoportraits et les figures nues, le corps semble isolé, exposé, parfois disloqué par la pose.
La modernité inquiète
Psychologie, sexualité, malaise, identité : Vienne 1900 donne aux deux artistes un terrain commun, mais pas la même réponse.
Galerie croisée
Images pour voir la transmission et l’écart
Quelques images suffisent à sentir la bascule : le portrait de l’aîné par le jeune artiste, les lieux viennois, les œuvres liées aux collections de la boutique.

Schiele regarde Klimt
Le portrait montre l’admiration, mais aussi l’écart : Klimt devient déjà un sujet schielien, anguleux, presque spectral.

La Sécession comme porte de sortie
Klimt fonde la Sécession viennoise en 1897. Schiele arrive ensuite dans un monde où la rupture avec l’académisme a déjà été rendue possible.

Le corps enveloppé
Le corps disparaît presque dans le décor. Le désir devient mosaïque, or et surface.

Le corps exposé
Ici, l’image n’enveloppe pas : elle met le moi en crise, presque sans protection.

Le musée du dialogue Klimt-Schiele
Le Leopold Museum conserve des œuvres majeures des deux artistes et permet de les voir comme deux pôles de la modernité viennoise.

Schiele et l’intime
Le couple chez Schiele n’a pas la fusion dorée de Klimt. Il garde une tension de peau, de regard et de distance.

Les dessins comme laboratoire
L’Albertina permet de comprendre le dialogue des deux artistes par le papier : études, nus, silhouettes et corps modernes.

La coupole dorée
Le bâtiment de la Sécession résume l’univers que Klimt ouvre : modernité, manifeste public, art total et rupture avec l’ancien goût.

Le Klimt des icônes
Le Belvedere incarne l’autre versant de Klimt : les grands tableaux devenus monuments, face auxquels Schiele impose un art plus nu et plus inquiet.

Autoportrait en uniforme
Un Schiele plus tardif : toujours la ligne, mais une gravité nouvelle, loin de la séduction décorative klimtienne.

Pallas Athéna
Avec Klimt, la figure peut devenir emblème : frontalité, symbole, décor, puissance hiératique.

Le moi sous pression
L’autoportrait schielien devient un instrument d’analyse : visage, pose, regard, malaise.
Boutique
Explorer Klimt, Schiele et Vienne 1900
Le meilleur maillage ici est double : Klimt pour la source décorative, Schiele pour la rupture expressionniste.
Sources
Sources pour vérifier la relation Klimt-Schiele
Musées et ressources utilisées pour garder l’article solide : influence, collections, dessins et contexte viennois.
Who was Egon Schiele?
Rôle de Klimt dans les débuts de Schiele, influence puis chemin personnel.
Leopold MuseumCollection Egon Schiele
Repères sur l’œuvre de Schiele, ses dessins, autoportraits et place dans la modernité viennoise.
Leopold MuseumCollection Gustav Klimt
Repères sur Klimt, la Sécession, la période dorée et les paysages.
MFA BostonKlimt and Schiele: Drawn
Comparaison des dessins : parallèles, divergences, corps, nus et autonomie des feuilles.
Wikimedia CommonsKlimt en blouse bleue
Image héro : portrait de Klimt par Egon Schiele, 1913.
Guide AlphaBiographie de Klimt
Prolongement interne sur la vie, l’œuvre, le style et la période dorée.
Questions fréquentes
Klimt et Schiele : réponses rapides
Influence, admiration, différences, dessins, expressionnisme et Vienne 1900.
Egon Schiele était-il l’élève de Gustav Klimt ?
Pas au sens scolaire strict. Schiele n’est pas formé dans l’atelier de Klimt, mais Klimt joue un rôle de mentor, d’encouragement et d’introduction dans les réseaux artistiques viennois.
Klimt a-t-il influencé Schiele ?
Oui, surtout au début : liberté du corps, importance du dessin, rupture avec l’académisme, scènes d’exposition et réseaux de collectionneurs. Schiele s’éloigne ensuite vers un style beaucoup plus nerveux.
Quelle est la principale différence entre Klimt et Schiele ?
Klimt enveloppe souvent le corps par l’ornement, la surface et le symbole. Schiele expose le corps comme une tension psychologique, avec une ligne anguleuse et expressive.
Les deux artistes appartiennent-ils au même mouvement ?
Ils appartiennent au contexte de la modernité viennoise. Klimt est central pour la Sécession et l’Art nouveau viennois ; Schiele est plutôt associé à l’expressionnisme autrichien.
Pourquoi parle-t-on souvent de leurs dessins ensemble ?
Parce que les deux artistes accordent au dessin une place majeure. Le MFA Boston a notamment consacré une exposition à leurs dessins, soulignant à la fois leurs parallèles et leurs divergences.
Schiele a-t-il dessiné Klimt ?
Oui. Le portrait de Klimt en blouse bleue, réalisé par Schiele en 1913, est une image forte de cette relation d’admiration et d’écart stylistique.
Pourquoi 1918 est-elle une date importante ?
Klimt et Schiele meurent tous les deux en 1918. Cette date marque symboliquement la fin brutale d’une génération majeure de la modernité viennoise.
Quelles collections explorer après cet article ?
Commencez par Gustav Klimt et Egon Schiele, puis poursuivez avec Art nouveau, Expressionnisme et Sécession viennoise.


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