Saint-Rémy-de-Provence · juin–décembre 1889
Les Oliviers de Van Goghune série entre mistral et rythme
Ce ne sont pas quinze répétitions d’un même paysage. Van Gogh fait de chaque oliveraie un état du monde : chaleur blanche, vent violent, sol rose, ciel jaune, récolte silencieuse.
Voici la série replacée dans son vrai calendrier, les principales versions comparées, les lettres qui expliquent son ambition et un guide visuel pour reconnaître comment le mistral devient ligne, couleur et cadence.
en 1889

La réponse courte
Les Oliviers sont une série, pas un tableau unique
Van Gogh peint quinze toiles d’oliveraies près de l’asile de Saint-Paul-de-Mausole entre juin et décembre 1889. Le motif reste proche, mais l’heure, le vent, le sol, le ciel et la construction de la touche changent sans cesse.
Le titre français varie selon les collections : Les Oliviers, Oliveraie, Oliviers avec les Alpilles ou Femmes cueillant des olives. Cette diversité de titres ne doit pas masquer l’unité du projet. Van Gogh revient au même arbre comme Monet revient à une meule ou à une cathédrale : non pour copier, mais pour éprouver ce que la lumière et sa propre écriture peuvent transformer.
Les premières toiles naissent au début de l’été, lorsque la chaleur et le mistral rendent le paysage presque électrique. À l’automne, les verts deviennent plus sourds, les terres se teintent de rose, d’ocre rouge ou de violet. En novembre, il annonce cinq grands vergers d’oliviers peints avec des effets colorés différents. Les dernières scènes introduisent les cueilleuses : le rythme végétal rencontre alors celui du travail humain.
Le mot « rythme » n’est pas décoratif. Les troncs se tordent, les feuillages tournent par masses, les montagnes roulent et les traits du sol se répondent. Le tableau n’imite pas mécaniquement le vent : il en reconstruit la poussée.
Un motif provençal
L’olivier est quotidien autour de Saint-Rémy, mais sa silhouette irrégulière et ses feuilles changeantes posent un défi de peinture exceptionnel.
Une série de couleurs
Argent, bleu, vert, bronze, jaune, rose, violet et ocre rouge déplacent le motif d’une toile à l’autre.
Un paysage spirituel
Van Gogh cherche une émotion religieuse dans la nature observée, sans inventer une scène biblique conventionnelle.

Le paysage réel
À quelques pas de Saint-Paul-de-Mausole
Après la crise d’Arles, Van Gogh est admis à Saint-Rémy en mai 1889. Il dispose d’une chambre et d’une pièce pour travailler. D’abord limité au jardin et aux vues proches de l’établissement, il reprend progressivement ses sorties dans la campagne. Les champs de blé, les cyprès, les Alpilles et les oliviers forment un vocabulaire resserré qu’il approfondit au lieu de le disperser.
Les oliveraies ne sont pas un décor exotique. Ce sont des parcelles cultivées, traversées par le vent et liées au calendrier agricole. Le peintre les observe en été, à la fin de septembre, puis pendant la récolte. Son regard reste très concret : couleur des feuilles vues dessus ou dessous, ombre bleue, terre sèche, pente, distance des montagnes.
Dans une lettre de juillet, il rapproche les oliviers gris et argentés des saules têtards du Nord. La Provence réactive donc aussi un souvenir hollandais : mêmes troncs puissants, autre lumière, autre vitesse de l’air.
Le calendrier de la série
Quatre campagnes, quatre températures
La chronologie aide à ne pas confondre toutes les toiles sous un titre générique. Elle montre surtout que Van Gogh revient au motif après chaque interruption, avec un problème pictural neuf.
Chaleur et relief
Les premiers grands oliviers sont associés aux Alpilles. Les contours sont appuyés, le sol paraît soulevé et la montagne répond aux courbes des arbres.
Argent et mistral
Van Gogh décrit des feuilles grises et argentées sous un vent très fort. L’arbre est étudié comme une masse qui change de face à chaque rafale.
Reprise par l’étude
Une petite huile conservée à Amsterdam cherche un nouveau point de vue. Les diagonales du premier plan se heurtent aux touches rayonnantes du feuillage.
Variations et récolte
Cinq grands vergers sont annoncés en novembre, chacun avec un effet de ciel et de terre différent. Les cueilleuses apparaissent ensuite dans trois versions.
Lire l’œuvre
Six détails qui mettent tout le paysage en mouvement
L’image principale est montrée entière. Les repères indiquent comment chaque zone reçoit sa propre famille de gestes sans briser l’unité générale.
123456Le ciel
Les touches courbes ne décrivent pas des nuages précis. Elles donnent à l’air une densité et une direction.
Les troncs
Des contours bleus, bruns ou violets isolent les torsions sans les figer. Chaque arbre garde une silhouette singulière.
Le feuillage
Les petites masses changent de ton comme si la rafale retournait les feuilles argentées.
Les ombres
Le bleu ne copie pas une couleur locale : il refroidit le sol et fait ressortir les jaunes et les orangés.
Les Alpilles
La chaîne est simplifiée en vagues. L’horizon n’arrête pas le mouvement, il le prolonge.
La terre
Traits courts, parallèles ou croisés construisent une surface labourée par le regard autant que par l’agriculture.

Le mistral peint
Le vent n’est pas un objet : c’est une grammaire
Van Gogh connaît le mistral depuis Arles. À Saint-Rémy, il note encore la fréquence et la force de ce vent. Pourtant, ses oliviers ne ressemblent pas à une photographie instantanée d’arbres pliés. Il répartit l’énergie du vent dans toute la toile.
Les feuillages basculent en bouquets distincts. Les troncs offrent une résistance plus lente, noueuse. Les lignes de la montagne accélèrent ou freinent le regard. Au premier plan, les traits deviennent presque une portée musicale. Cette différence de vitesse entre les zones produit le rythme.
La toile du MoMA est capitale. La chaleur semble visible dans les jaunes acides et les bleus vibrants. Au-dessus des Alpilles, un grand nuage blanc se recourbe comme une vague. Le musée la présente comme un pendant diurne de La Nuit étoilée : même paysage mental, l’un sous le soleil, l’autre sous le ciel nocturne.
Le tableau ne dit donc pas seulement « il y avait du vent ». Il fait sentir comment le monde résiste, tourne et recommence.
La couleur selon les lettres
Argent, bronze, rose et violet : l’olivier change avec le ciel
Van Gogh décrit une palette bien plus riche que le simple vert. Il cherche l’équivalent chromatique de la feuille qui se retourne, du sol chauffé et des ombres colorées.
Le revers clair des feuilles et la lumière qui blanchit les masses.
Une base jamais uniforme, modulée par le bleu et le bronze.
Contours, ombres et passages froids qui structurent les jaunes.
Terre sèche, lumière et chaleur du premier plan.
Sol d’automne et contrepoint aux feuillages refroidis.
Ombres, terrain et ciel, pour éviter la banalité d’un paysage vert.
Dans sa lettre du 28 septembre 1889, Van Gogh décrit l’olivier comme un motif d’une difficulté extrême : argenté, bleu, vert, bronzé ou presque blanc, posé sur des terres jaunes, roses, violettes, orangées ou rougeâtres.
Paraphrase fidèle de la lettre 806 à Theo van Gogh — l’orthographe et l’ordre des couleurs varient selon la traduction.
Comparer les versions
Une oliveraie, huit façons de la faire respirer
Cette sélection ne prétend pas remplacer le catalogue complet des quinze peintures. Elle rassemble les variantes les mieux documentées et permet d’observer ce qui change réellement.







Nature et spiritualité
Peindre Gethsémani sans inventer le Christ
Les oliviers ouvrent un débat central avec Gauguin et Bernard : faut-il partir de la scène religieuse imaginée ou de la nature observée ?
Gauguin et Émile Bernard avaient traité le Christ au jardin des Oliviers par l’imagination et le symbole. Van Gogh admire certains aspects de leurs recherches, mais se méfie d’une invention trop éloignée du réel. Dans ses lettres, il défend le travail devant la nature et revient obstinément aux véritables oliveraies.
Cela ne signifie pas que ses tableaux seraient dépourvus de spiritualité. Au contraire, l’effort des troncs, la permanence des arbres, la récolte et la lumière créent une gravité sans narration biblique explicite. L’émotion religieuse passe par la terre, non par l’illustration.
Le peintre veut aussi construire un emblème personnel. En septembre, il écrit qu’il aimerait trouver pour les oliviers quelque chose d’aussi caractéristique que les jaunes de ses Tournesols. La série devient ainsi un projet d’identité picturale.
La récolte
Quand les cueilleuses entrent dans le rythme des arbres
À la fin de 1889, Van Gogh peint trois versions de femmes cueillant les olives. Les figures ne dominent jamais la scène : elles s’accordent au travail du verger.


Se pencher, ramasser
Les figures sont courbées et petites. La récolte se lit d’abord comme une série de mouvements plutôt que comme une scène de genre détaillée.
L’automne agricole
La présence des cueilleuses situe la série dans une saison vécue. Les oliviers ne sont pas hors du temps : ils produisent, sont entretenus et récoltés.
Toile encore visible
Dans certaines versions, Van Gogh ne couvre pas tout. Les réserves claires allègent la surface et font respirer les traits colorés.
Voir les originaux
Où sont les Oliviers de Van Gogh aujourd’hui ?
La série est dispersée. Les accrochages changent et les œuvres peuvent voyager : vérifiez toujours la page du musée avant une visite.
MoMA
La grande version de juin–juillet avec les Alpilles et le nuage blanc, pendant diurne de La Nuit étoilée.
Notice officielle →The Met
Une oliveraie de novembre et une version des femmes cueillant les olives, toutes deux en accès libre dans le catalogue.
Voir l’œuvre →Van Gogh Museum
Étude de septembre, grande oliveraie de novembre et dessin avec les Alpilles : trois états complémentaires.
Explorer la collection →Minneapolis Institute of Art
La seule toile de la série où le soleil est directement visible, entouré d’un ciel animé.
Dossier visuel →National Gallery of Art
The Olive Orchard montre trois femmes au travail et une surface construite de traits libres.
Notice officielle →Nelson-Atkins Museum
Une grande oliveraie de 1889 documentée par un dossier technique et historique détaillé.
Dossier du musée →Kröller-Müller Museum
La collection conserve une version estivale de la série, au sein d’un ensemble exceptionnel d’œuvres de Van Gogh.
Préparer la visite →Regarder sans chercher « la meilleure »
Comparez la direction des touches, la place du ciel et la température du sol. Chaque version résout un problème différent.
Saint-Rémy autour des Oliviers
Quatre œuvres pour entendre le même paysage autrement
Nuit, cyprès, fleurs et autoportrait montrent que 1889 n’est pas une parenthèse isolée. Les mêmes lignes courbes et les mêmes contrastes traversent toute la période.

Oliviers avec les Alpilles
La série de Saint-Rémy dans une composition horizontale montrée sans recadrage.
Voir les formats →
La Nuit étoilée
Le pendant nocturne du paysage des Alpilles, construit par spirales, cyprès et ciel en mouvement.
Découvrir l’œuvre →
Champ de blé avec cyprès
Une autre confrontation entre végétal, montagne et circulation de l’air.
Voir l’œuvre →
Les Iris
Le dessin des feuilles et l’opposition du violet au vert dans le jardin de l’asile.
Voir l’œuvre →
Autoportrait de Saint-Rémy
Les tourbillons du fond passent dans le vêtement et donnent au portrait une tension comparable aux paysages.
Voir le portrait →
Amandier en fleurs
Après les oliviers noueux, des branches nettes sur un ciel clair célèbrent une naissance.
Voir l’œuvre →Collections importantes
Explorer Van Gogh par lieu, genre et mouvement
Ces liens conduisent vers les ensembles les plus proches de la série : Saint-Rémy, paysages, musée, chefs-d’œuvre et postimpressionnisme.
Vincent van Gogh
PériodeVan Gogh à Saint-Rémy
GenrePaysages de Van Gogh
AmsterdamMusée Van Gogh
Sélection100 Van Gogh populaires
MouvementPostimpressionnisme
PaysagePaysages impressionnistes
IcônesTableaux célèbres
BotaniqueFleurs de Van Gogh
CielPeintures de nuit
CatalogueToutes les œuvres
ŒuvreLes Oliviers
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Huit articles pour replacer la série dans la vie de Van Gogh
Lettres, maisons, Arles, Saint-Rémy et œuvres majeures prolongent les questions ouvertes par les oliviers.
Les lettres à Theo
Ce qu’elles révèlent du travail, des couleurs, de l’argent et des ambitions du peintre.
BiographieLes maisons de Van Gogh
De Zundert à l’Auberge Ravoux, toutes les adresses conservées ou disparues.
NuitLa Nuit étoilée sur le Rhône
Une nuit d’Arles en bleu et or, avant les grands paysages de Saint-Rémy.
ArlesVan Gogh en Provence
Le séjour qui prépare les oppositions colorées et l’ambition de séries.
SérieLes Tournesols
Le grand précédent sériel auquel Van Gogh compare lui-même ses oliviers.
CouleurLa Chambre à Arles
Comment des accords colorés construisent l’espace et l’émotion.
MuséeFondation Van Gogh Arles
Histoire, expositions et conseils de visite dans la ville provençale.
ProjetLa Maison jaune
Le tableau, l’Atelier du Midi, Gauguin et le lieu disparu de la place Lamartine.
Questions fréquentes
Tout savoir sur les Oliviers de Van Gogh
Combien Van Gogh a-t-il peint de tableaux d’oliviers ?
Il a peint quinze toiles consacrées aux oliveraies de Saint-Rémy entre juin et décembre 1889. Des dessins et études sur papier complètent ce groupe.
Pourquoi Van Gogh peint-il autant d’oliviers ?
Le motif lui permet d’étudier une forme irrégulière, des feuilles dont la couleur change avec le vent, des terres colorées et une émotion spirituelle ancrée dans la nature réelle.
Où Van Gogh a-t-il peint les Oliviers ?
Dans la campagne proche de l’asile de Saint-Paul-de-Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence, avec les Alpilles visibles dans plusieurs compositions.
À quelles dates la série a-t-elle été peinte ?
Les campagnes s’échelonnent de juin à décembre 1889, avec des groupes importants au début de l’été, en septembre et surtout en novembre.
Quel tableau des Oliviers est au MoMA ?
Le MoMA conserve The Olive Trees, peint en juin–juillet 1889, une grande toile avec les Alpilles et un nuage blanc. Le musée la rapproche de La Nuit étoilée.
Quel est le lien entre les Oliviers et La Nuit étoilée ?
La version du MoMA est considérée comme un pendant diurne de La Nuit étoilée. Les deux œuvres développent le même paysage de Saint-Rémy par des courbes, des rythmes et des énergies différentes.
Le mistral est-il visible dans les tableaux ?
Il n’est pas représenté comme un objet. On le perçoit dans les changements de direction des touches, le retournement suggéré des feuilles, la torsion des troncs et la circulation du ciel au sol.
Pourquoi les oliviers sont-ils bleus et argentés ?
Van Gogh observe le revers clair des feuilles et utilise des couleurs complémentaires. Les bleus refroidissent les ombres et font vibrer les jaunes, les roses et les ocres du terrain.
Les Oliviers représentent-ils le jardin de Gethsémani ?
Ils évoquent pour Van Gogh la dimension spirituelle du jardin des Oliviers, mais ne constituent pas une illustration littérale. Il préfère partir des oliveraies réelles plutôt que d’inventer une scène biblique.
Combien existe-t-il de versions des cueilleuses d’olives ?
Van Gogh peint trois versions de femmes cueillant les olives à la fin de 1889. Des exemplaires sont notamment conservés au Metropolitan Museum et à la National Gallery of Art.
Où voir les Oliviers de Van Gogh ?
Les versions sont dispersées entre le MoMA, le Metropolitan Museum, le Van Gogh Museum, le Minneapolis Institute of Art, la National Gallery of Art, le Nelson-Atkins Museum et d’autres collections.
Comment choisir une reproduction des Oliviers ?
Préservez le format horizontal et la toile entière. Les accords olive, bleu, ocre et rose fonctionnent particulièrement bien sur un mur crème, gris chaud, vert profond ou bleu sourd.
Sources vérifiées
Musées et correspondance : les preuves derrière l’analyse
Les dates, dimensions, regroupements et interprétations ont été confrontés aux notices de musées et à l’édition scientifique des lettres de Van Gogh.
The Olive Trees
Notice, date, dimensions, lien avec La Nuit étoilée et analyse des contours.
The MetOlive Trees
Version de novembre 1889, dimensions, provenance et image en accès libre.
Van Gogh MuseumOlive Grove
Couleur changeante, troncs soulignés, ombres bleues et dialogue avec Gauguin et Bernard.
Minneapolis Institute of ArtVisual journey
Décompte des quinze toiles, calendrier et seule version montrant directement le soleil.
Lettre 788Mistral et feuilles d’argent
Description de juillet 1889 des oliviers gris et argentés sous le vent.
Lettre 806La palette des oliviers
Inventaire des verts, bleus, bronzes et terres jaunes, roses, violettes ou orangées.
Lettre 822Cinq vergers
Travail de novembre, recherche d’effets différents et choix de peindre d’après nature.
National Gallery of ArtThe Olive Orchard
Notice de la version avec trois cueilleuses, technique et image en domaine public.
Chez Van Gogh, l’olivier ne tient jamais en place — même lorsqu’il est enraciné.
La série transforme une parcelle ordinaire de Saint-Rémy en expérience complète de la peinture. Le mistral devient direction, la feuille devient couleur changeante, la montagne devient cadence et la récolte devient mesure humaine. Quinze toiles suffisent pour montrer qu’un même motif peut contenir quinze climats.
Découvrir la reproduction des Oliviers
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