Auvers-sur-Oise · Cordeville · juillet 1890
Fermes près d’Auvers : les toits sous un ciel lourd
Une bande de chaumières s’enfonce dans le vallon, les pignons se heurtent, la colline remonte derrière eux et un ciel à peine travaillé pèse sur toute la largeur. Dans ce panorama tardif, Van Gogh ne peint pas un village tranquille : il transforme des toits vieillissants en architecture vivante.

La réponse courte
Que montre exactement le tableau ?
Fermes près d’Auvers, également appelé Chaumières sur une colline, représente des maisons rurales de Cordeville, hameau situé à la lisière d’Auvers-sur-Oise. Van Gogh installe la ligne d’horizon très haut et consacre presque toute la toile au terrain, aux murs et à l’enchevêtrement des toits.
Le tableau appartient aux onze paysages allongés au format double carré peints à Auvers pendant l’été 1890. Ce support d’environ un mètre de large permet une vision périphérique : le regard ne se fixe pas sur un monument, il circule d’un pignon à l’autre comme s’il longeait le village.
La National Gallery considère l’œuvre comme apparemment inachevée. Le ciel, certaines liaisons de l’horizon et la zone supérieure droite restent peu résolus. Cette réserve est importante : elle décrit l’état matériel de la peinture, mais ne prouve ni une rupture volontaire ni un message autobiographique caché.
Avant toute interprétation
Voir d’abord le panorama entier
La largeur n’est pas un détail de format : elle est le sujet même de l’œuvre. Le village se lit comme une succession, tandis que le ciel forme une bande continue qui retient toute la composition.


Lire de haut en bas
Sept forces qui mettent le paysage sous tension
Un ciel presque vide
La bande supérieure paraît légère en matière mais lourde en effet. Son gris bleuté n’offre ni échappée lumineuse ni profondeur atmosphérique nette.
Une colline qui bouche l’horizon
Le relief suit la largeur de la toile et rapproche le fond. Auvers devient un espace encaissé, comprimé entre terre et ciel.
Deux diagonales de maisons
Les cottages descendent vers le vallon puis repartent en sens inverse. Cette rencontre crée le nœud visuel signalé par la National Gallery.
Des pignons qui se chevauchent
Les façades ne sont pas isolées comme dans une vue architecturale. Elles s’imbriquent avec les champs et rendent l’espace volontairement instable.
Le contour comme charpente
Des lignes vert sombre, bleues et brunes entourent toits et murs. Elles tiennent la composition autant qu’elles décrivent les bâtiments.
Une terre en courtes touches
Les hachures changent de direction selon les parcelles. La surface vibre, mais chaque groupe de traits indique aussi la pente du terrain.
Aucun héros humain
Les maisons semblent habitées sans qu’une scène narrative domine. Le véritable personnage est l’assemblage du village et du sol.
Quatre zones à regarder de près
Le tableau se construit dans ses frottements
Ces agrandissements utilisent la même image. Ils ne remplacent pas la vue entière : ils servent à voir comment un ciel mince, des arêtes de toit épaisses et des touches discontinues produisent ensemble la sensation d’orage.

Le ciel retenu
La toile reste perceptible par endroits. L’effet pesant vient moins d’un noir dramatique que d’une bande froide et peu modulée.

Les toits pressés
Les couvertures brun-vert se touchent presque. Le contour les individualise, puis le rythme les transforme en une seule chaîne.

Le raccord difficile
En haut à droite, le grand toit s’agrège au relief. La difficulté de lecture peut signaler une zone encore en cours de mise au point.

Le sol hachuré
Violets, verts et jaunes s’alternent en petites unités. Le terrain n’est pas rempli : il est orienté par le geste.
La couleur avant le symbole
Une palette de terre mouillée et de lumière acide
Le tableau ne repose pas sur un contraste spectaculaire de complémentaires. Il fait travailler une gamme resserrée, traversée de jaunes verts, de violets et de bruns qui changent selon l’épaisseur du trait.
Bleu gris
Vert jaune
Ocre citron
Brun roux
Violet doux
Vert profond

Deux carrés côte à côte
Pourquoi Van Gogh choisit-il un format si large ?
Le « double carré » associe deux modules presque carrés pour former un rectangle proche de 1:2. Van Gogh l’emploie à Auvers pour onze peintures. Le support n’est pas une toile recoupée après coup : il conditionne la conception du paysage dès le départ.
Dans Fermes près d’Auvers, la longueur permet d’enchaîner plusieurs bâtiments sans choisir une maison centrale. Le spectateur parcourt les toits comme une phrase. Dans les champs de blé, le même format donne au terrain l’ampleur d’une mer. Dans Le Jardin de Daubigny, il transforme un jardin clos en frise.
Ce choix montre aussi que les dernières recherches de Van Gogh ne se réduisent pas à une couleur plus sombre. Elles portent sur la forme matérielle du tableau, la vitesse du regard et la possibilité d’une peinture panoramique.
Un état matériel, pas une énigme psychologique
L’œuvre est-elle vraiment inachevée ?
La réponse la plus prudente est « probablement ». Plusieurs indices matériels convergent, mais ils n’autorisent pas à reconstituer avec certitude le dernier geste du peintre.
Le ciel reste mince
La matière y est moins construite que dans les champs et les maisons. Certaines zones donnent encore l’impression d’un premier passage plutôt que d’un état repris.
La droite n’est pas résolue
Le grand toit, le relief et l’horizon se combinent difficilement. La National Gallery suppose que Van Gogh n’avait peut-être pas encore fixé leur relation définitive.
La rapidité n’est pas l’abandon
Van Gogh utilise volontairement des touches rapides et des contours mouvants. Une surface ouverte peut donc appartenir à son langage sans être automatiquement inachevée.
Soixante-dix jours de travail
Auvers, du 20 mai au 29 juillet 1890
Le musée d’Orsay recense 74 tableaux et 33 dessins pour cette période brève. Les toits de chaume, devenus rares après leur interdiction locale à la suite d’un incendie en 1879, rappellent à Van Gogh le Brabant de sa jeunesse.
Arriver
Après Saint-Rémy et une halte à Paris, Van Gogh s’installe à l’auberge Ravoux. La proximité de Theo et la présence du docteur Gachet ont motivé le choix d’Auvers.
Peindre le village
Il remarque immédiatement les vieux toits de chaume. Maisons, rues, jardins et portraits fournissent ses premiers motifs.
Monter vers les champs
Son rayon de marche reste limité, mais le bourg étiré, les hameaux et le plateau offrent des cadrages très différents.
Élargir la toile
Les onze doubles carrés condensent champs, jardins et cottages. La ligne d’horizon devient un outil expressif majeur.
Une chronologie interrompue
Van Gogh meurt deux jours après s’être blessé. L’ordre précis de plusieurs dernières peintures reste débattu : il faut éviter les classements trop affirmatifs.
Auvers photographié
Du village peint au paysage réel
Ces photographies historiques et contemporaines permettent de retrouver l’échelle des fermes, la pente des rues, les hameaux et le ruban de l’Oise. Elles documentent Auvers sans prétendre reconstituer artificiellement le cadrage exact de Van Gogh.

Une entrée de ferme à Auvers
Dix ans environ après la mort de Van Gogh, cette photographie conserve la présence des murs irréguliers, des grands portails et des bâtiments agricoles imbriqués. Elle donne une échelle concrète aux « fermes » du titre : non pas des constructions isolées au milieu des champs, mais des ensembles intégrés au village.
Photographe inconnu, domaine public. Source : Wikimedia Commons.

Une maison rue des Meulières
Chaponval appartient au long chapelet de hameaux qui compose Auvers. La pierre claire, les murs de clôture et le rapport étroit entre habitation et rue rappellent la structure rurale que Van Gogh découvre en parcourant les alentours.
Photo : P.poschadel, CC BY-SA 2.0 France. Fichier et licence.

L’Auberge Ravoux au temps de Van Gogh
Van Gogh loue une petite chambre sous les combles de cette auberge du centre d’Auvers. Il en part chaque jour avec son matériel pour rejoindre les rues, les jardins et le plateau, puis y rapporte les toiles travaillées dehors.
Photographe inconnu, domaine public. Wikimedia Commons.

La rue Daubigny
La photographie restitue ce que les reproductions à plat font parfois oublier : Auvers est construit en pente. Escaliers, murs et jardins étagés organisent physiquement le passage du bord de l’Oise vers les champs du plateau.
Photo : Clicsouris, CC BY-SA 3.0. Fichier et licence.

L’Oise vue depuis le pont
Le fleuve donne son nom au village et explique sa longueur. Van Gogh peint surtout les maisons et les champs, mais cette bande d’eau, les berges et la liaison ferroviaire structurent l’Auvers réel.
Photo : Clicsouris, CC BY-SA 3.0. Fichier et licence.
Comparer pour mieux voir
Six paysages d’Auvers autour des fermes
Les vues suivantes appartiennent à la même campagne, mais chacune règle autrement la relation entre habitat, relief et champs. Les liens ouvrent les reproductions correspondantes disponibles dans la boutique.

Chaumières à Auvers
Un format moins extrême, une végétation plus enveloppante et des pignons qui émergent au lieu de former une frise continue.
Voir la reproduction →
Les Vessenots
Les champs occupent le premier plan et font apparaître les maisons comme un liseré construit entre deux étendues végétales.
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Champ de blé avec maison
L’habitation devient un repère compact au milieu des grandes bandes de céréales, au lieu de saturer toute la largeur.
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Plaine près d’Auvers
Le village s’efface et l’organisation des parcelles prend le relais. Le geste suit les cultures comme une cartographie sensible.
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Rue et escaliers à Auvers
La pente n’est plus observée de loin. Escaliers, personnages et façades transforment le relief en parcours quotidien.
Voir la reproduction →
Jardin du docteur Gachet
Le cadrage vertical comprime fleurs, branches et architecture. La densité du jardin répond autrement à celle des toits.
Voir la reproduction →Faits, hypothèses, légendes
Ce que l’on peut vraiment affirmer
La proximité de la mort de Van Gogh attire les récits définitifs. Pourtant, la qualité d’une analyse dépend ici de la distinction entre données de collection, indices visuels et interprétations.
| Question | Niveau | Réponse |
|---|---|---|
| Le motif se trouve-t-il à Auvers ? | Établi | Oui, à Cordeville, hameau situé en bordure du bourg d’Auvers-sur-Oise. |
| Le tableau est-il un double carré ? | Établi | Oui. Ses dimensions de 50,2 × 100,3 cm correspondent à ce format panoramique employé dans onze peintures d’Auvers. |
| Est-il inachevé ? | Très probable | Le ciel et certains raccords paraissent incomplets. La Tate et la National Gallery le décrivent comme inachevé ou apparemment inachevé. |
| Est-ce le dernier tableau de Van Gogh ? | Non démontré | Il compte probablement parmi les dernières œuvres, mais l’ordre exact n’est pas établi. La formule « deuxième avant la fin » reste une hypothèse. |
| Le ciel annonce-t-il son suicide ? | Interprétation | Le ciel peut produire un sentiment d’oppression, mais aucune source ne transforme ce tableau en lettre d’adieu codée. |
| Les toits sont-ils imaginaires ? | Non | Van Gogh travaille directement devant le motif, puis transforme ce qu’il voit par les contours, la couleur et la compression de l’espace. |
| Le tableau appartient-il à la National Gallery ? | Précision nécessaire | Il appartient à la Tate, grâce au legs C. Frank Stoop de 1933, et est actuellement prêté à la National Gallery. |

Retrouver la largeur du motif
Chaumières sur une colline dans la boutique
La fiche de la boutique emploie l’autre titre français de l’œuvre. Il s’agit bien du même tableau que Fermes près d’Auvers, F 793 / JH 2114. Son rapport proche de 1:2 demande un format qui respecte le panorama : un recadrage carré supprimerait précisément la circulation latérale voulue par Van Gogh.
Pour l’accrochage, laissez respirer les deux extrémités de la toile. Au-dessus d’un canapé, d’un buffet bas ou d’une longue console, son mouvement horizontal fonctionne particulièrement bien. Les verts sourds, les ocres et les violets s’accordent avec des murs écrus, grège, vert profond ou argile.

Où voir l’original ?
À Londres, en prêt à la National Gallery
L’œuvre appartient à la Tate sous le numéro N04713. Elle est entrée dans les collections par le legs du collectionneur C. Frank Stoop en 1933.
Au moment de cette vérification, elle est prêtée à la National Gallery de Londres, qui l’indique dans la salle 43 sous le numéro de prêt L711. Un accrochage peut changer, particulièrement pour une œuvre en prêt : consultez la notice officielle peu avant votre visite.
Face à l’original, regardez trois choses que l’écran réduit : la toile visible dans le ciel, la différence d’épaisseur entre les murs et les contours, puis la manière dont les touches du premier plan changent de direction sans devenir un dessin détaillé des cultures.
Continuer dans la boutique
Les collections essentielles
Ces liens mènent aux collections réellement pertinentes pour le tableau : l’artiste, sa période d’Auvers, les paysages, les œuvres postimpressionnistes et les grands tableaux connus.
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Prolonger la dernière période de Van Gogh
Les lieux, les lettres et la chronologie éclairent l’œuvre sans remplacer ce que montre la toile. Ces articles permettent de passer du paysage à l’ensemble documenté de la période.
Les maisons de Van Gogh
De Zundert à l’auberge Ravoux, toutes les étapes d’une vie en déplacement.
AuversLa tombe de Vincent et Theo
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SourcesLes lettres à Theo
Ce qu’elles révèlent sur le travail — et les limites de leur interprétation.
CatalogueCombien d’œuvres ?
Peintures, dessins, estampes et numéros des catalogues raisonnés.
Saint-RémyChamp clos au soleil levant
Un autre paysage comprimé, observé derrière le mur de l’asile.
SérieLes Oliviers
Le vent, le rythme et la construction du terrain avant Auvers.
PortraitJoseph Roulin
Comment les contours monumentalisent un visage comme ils charpentent ici les toits.
MuséeFondation Van Gogh Arles
Un lieu de dialogue entre les œuvres de Van Gogh et les artistes contemporains.
Questions fréquentes
Tout comprendre sur Fermes près d’Auvers
Qui a peint Fermes près d’Auvers ?
Vincent van Gogh a peint cette huile sur toile à Auvers-sur-Oise en juillet 1890, pendant les dernières semaines de sa vie.
Le tableau porte-t-il un autre titre ?
Oui. On le rencontre sous les titres Chaumières sur une colline, Chaumières au pied d’une colline ou, en anglais, Farms near Auvers et Thatched Cottages by a Hill.
Où le motif a-t-il été peint ?
La vue est située à Cordeville, petit hameau à la lisière d’Auvers-sur-Oise, au nord-ouest de Paris.
Quelles sont les dimensions du tableau ?
L’œuvre mesure 50,2 cm de haut sur 100,3 cm de large. Ce rapport proche de 1:2 correspond au format « double carré ».
Pourquoi le ciel paraît-il si lourd ?
La colline haute ferme l’horizon, tandis que la bande de ciel gris bleu reste peu modulée. L’oppression naît donc autant de la composition que de la couleur.
Le tableau est-il inachevé ?
Il est généralement décrit comme inachevé ou apparemment inachevé. Le ciel et certains raccords de la partie supérieure droite montrent un état moins résolu que les maisons et le terrain.
Est-ce le dernier tableau de Van Gogh ?
Ce n’est pas démontré. Il appartient sans doute au groupe des dernières peintures, mais Van Gogh ne datait pas chaque toile et leur ordre exact demeure incertain.
Le ciel sombre annonce-t-il la mort de Van Gogh ?
C’est une interprétation possible du spectateur, pas un fait documenté. Le tableau ne doit pas être présenté comme une lettre de suicide codée.
Combien de doubles carrés Van Gogh a-t-il peints à Auvers ?
L’exposition consacrée à Auvers par le musée d’Orsay et le Van Gogh Museum a réuni une série de onze peintures allongées dans ce format unique de sa carrière.
Où se trouve l’original aujourd’hui ?
L’œuvre appartient à la Tate et est actuellement prêtée à la National Gallery de Londres. La notice la situe en salle 43 au moment de notre vérification en juillet 2026.
Quels sont ses numéros de catalogue ?
Le tableau est répertorié F 793 dans le catalogue de Jacob-Baart de la Faille et JH 2114 dans celui de Jan Hulsker. Son numéro Tate est N04713.
Existe-t-il une reproduction dans la boutique ?
Oui. La fiche porte le titre Chaumières sur une colline – Vincent van Gogh, qui désigne la même œuvre.
Sources vérifiables
Collections, lettres et catalogue
Les données matérielles, le lieu peint et l’état de l’œuvre viennent des notices institutionnelles. La chronologie d’Auvers et le nombre de doubles carrés sont recoupés avec le musée d’Orsay et le Van Gogh Museum.
National Gallery
Lieu, composition, état inachevé, dimensions et accrochage actuel de l’œuvre prêtée par la Tate.
Collection propriétaireTate N04713
Numéro d’inventaire, legs C. Frank Stoop et histoire de la présence du tableau dans la collection britannique.
Derniers moisMusée d’Orsay
Chronologie, 74 tableaux, 33 dessins, hameaux agricoles, anciens toits de chaume et série des onze doubles carrés.
Recherche d’expositionVan Gogh in Auvers
Textes de salle sur le village, les champs panoramiques et le renouvellement de la peinture pendant l’été 1890.
23 juillet 1890Lettre 902 à Theo
Dernières esquisses connues : jardin de Daubigny, champs et chaumières de Chaponval.
Image et cataloguesWikimedia Commons
Fichier en haute définition d’une œuvre du domaine public, avec références F 793 et JH 2114.
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