GUSTAV KLIMT · 1910/11–1915/16 · VIENNE

La Vie et la Mort : deux états d’un même tableau

Fond doré puis gris, Mort recueillie puis menaçante, groupe humain élargi : Klimt a profondément repris sa toile après son succès de 1911. Voici ce qui a réellement changé — et comment le premier état nous est parvenu.

La Vie et la Mort de Gustav Klimt, état final, tableau entier
État final. Gustav Klimt, La Vie et la Mort, 1910/11, remanié en 1912/13 et 1915/16, huile sur toile, 180,8 × 200,6 cm, Leopold Museum, Vienne.
Une seule toileDeux états documentés, pas deux originaux
180,8 × 200,6 cmDeuxième plus grand Klimt conservé
1910/11–1915/16Création puis reprises majeures
Leopold MuseumVienne · inventaire LM 630
RÉPONSE DIRECTE

Deux versions, mais un seul original

La première image et l’état final ne correspondent pas à deux tableaux distincts. Klimt a peint une composition vers 1910–1911, l’a exposée et récompensée, puis a repris cette même toile. Les restaurateurs et historiens distinguent plusieurs campagnes, notamment 1912–1913 et 1915–1916.

Le premier état est connu par des photographies d’époque — dont une prise par Moriz Nähr, photographe privilégié de Klimt — ainsi que par des reproductions anciennes en couleurs. Il ne subsiste pas comme un second original caché dans un musée : l’état final recouvre matériellement une partie de ce que Klimt avait peint auparavant.

La clé de lecture : Klimt ne s’est pas contenté de modifier quelques détails. Il a changé l’atmosphère générale, la psychologie de la Mort et la densité du groupe de la Vie. Le sujet reste le même ; sa mise en tension devient beaucoup plus directe.
AVANT / APRÈS

Voir les deux états côte à côte

Les reproductions ont été placées dans des cadres identiques et affichées en entier. La comparaison porte donc sur la peinture, pas sur un recadrage ou un filtre de couleur.

Premier état de La Vie et la Mort de Gustav Klimt vers 1910-1911, tableau entier
PREMIER ÉTAT · 1910/11Une Mort presque méditative

Le fond doré rapproche encore l’œuvre du vocabulaire précieux de Klimt. La tête de la Mort se baisse sous une forme de halo ; la masse des vivants est moins serrée et le face-à-face moins agressif.

État final de La Vie et la Mort de Gustav Klimt photographié au Leopold Museum
ÉTAT FINAL · 1915/16Une menace qui vise les vivants

Le fond devient gris bleuté. La Mort se redresse, montre un rictus et brandit une petite massue rouge. Le groupe humain, élargi à neuf figures, forme une île plus compacte.

Ce que la comparaison prouve : le passage du doré au gris n’est qu’un changement parmi d’autres. La direction des regards, la position de la Mort, l’arme rouge, le nombre de figures et la densité des motifs transforment la relation entre les deux moitiés.
SEPT DIFFÉRENCES

Ce que Klimt a réellement repeint

Les dates varient légèrement selon les notices : le Leopold Museum résume parfois « 1910/15 », tandis que sa collection en ligne distingue 1910/11, 1912/13 et 1915/16. Ces formulations décrivent le même processus de création prolongée.

Zone Premier état État final Effet produit
Fond Champ doré, chaud et lumineux. Gris bleuté, plus froid et plus neutre. Les silhouettes se détachent davantage ; l’allégorie perd une partie de son écrin précieux.
Tête de la Mort Crâne incliné, figure plus introvertie et presque solennelle. Crâne redressé, rictus visible, regard orienté vers la Vie. La Mort devient un protagoniste actif, non une simple présence.
Geste Attitude contenue, forme resserrée sur elle-même. Bras levé et petite massue rouge prête à frapper. La diagonale du bras introduit une action imminente.
Manteau Ornementation plus claire, avec organisation différente des croix. Bleus plus intenses, croix et motifs plus fortement contrastés. Le vêtement devient à la fois suaire, mosaïque et armure.
Groupe humain Ensemble moins nombreux et moins compact. Neuf figures imbriquées, de l’enfant à la vieille femme. La Vie devient une communauté et non une addition de portraits.
Figure à gauche Relation moins directement dramatisée. Une jeune femme effrayée, au bord du groupe, semble voir la Mort. Son regard établit le pont psychologique entre les deux blocs.
Ornement Fleurs et motifs plus espacés. Étoffes, fleurs et corps forment une masse plus dense. L’énergie vitale s’exprime par l’entrelacement plutôt que par la profondeur.
DE L’IDÉE AU MUSÉE

Une œuvre suivie pendant huit ans

L’histoire des titres et des expositions montre que la toile était déjà publique avant sa dernière transformation. Klimt a donc accepté de remettre en question une œuvre reconnue.

1908

Premières études

Les dessins préparatoires apparaissent vers 1908–1909, avant l’exécution à l’huile.

1910/11

Premier état

La composition est peinte sur la grande toile avec un fond vraisemblablement doré.

1911

Rome

Présentée sous le titre La Mort, l’œuvre vaut à Klimt une médaille d’or.

1912

Dresde

Elle est exposée sous le titre La Mort et l’Amour.

1913–14

Europe centrale

Budapest, Mannheim puis Prague la montrent sous le titre La Mort et la Vie.

1915/16

Refonte

Klimt reprend le fond, la Mort, l’arme, les figures et les motifs.

1916–18

Nouvel état

Berlin, Stockholm et Copenhague découvrent la composition remaniée.

Gros plan haute définition du groupe de la Vie dans le tableau de Gustav Klimt
Gros plan de l’état final : visages, étoffes et fleurs s’imbriquent sans horizon ni décor perspectif.
LE GROUPE DE LA VIE

Neuf figures, tous les âges, aucun récit unique

Klimt rassemble l’enfant, la mère, le couple, la jeune fille, des corps adultes et une vieille femme. Ces personnages ne forment pas une famille identifiable au sens documentaire. Ils condensent plutôt les âges, les relations et les états du corps humain.

Les contours individuels restent visibles, mais les figures s’emboîtent comme les pièces d’une mosaïque. Une épaule devient la limite d’un autre corps ; une couverture fleurie relie des silhouettes séparées ; les yeux fermés de plusieurs figures créent un monde intérieur qui semble ignorer la menace.

La jeune femme qui regarde

À l’extrémité gauche, un visage ouvert et inquiet rompt cette torpeur. Il semble percevoir la Mort. Klimt donne ainsi au spectateur un relais : nous voyons le danger en même temps qu’elle, tandis que le reste du groupe demeure absorbé par le sommeil, le désir ou la protection.

Une île plutôt qu’une scène

Il n’y a ni sol ni paysage. Les vivants flottent dans une forme ovale, chaude, serrée, opposée au bloc vertical et froid de la Mort. L’espace du tableau est symbolique : deux masses séparées par du vide, liées par un regard et une menace.

LIRE SANS SURINTERPRÉTER

Six clés pour comprendre l’allégorie

Le tableau n’accompagne pas un texte précis et Klimt n’a pas laissé un dictionnaire définitif de ses motifs. On peut donc décrire leurs fonctions visuelles sans prétendre fixer un sens unique.

01

Le vide

L’intervalle entre les deux masses n’est pas un décor : c’est la distance fragile qui sépare encore les vivants de la Mort.

02

Les croix

Elles rendent le manteau immédiatement funèbre et répètent une structure rigide, opposée aux formes souples de la Vie.

03

La massue rouge

Petite mais vive, elle concentre l’action. Sa couleur répond aux accents charnels du groupe humain.

04

Les fleurs

Elles signalent la croissance et l’abondance, mais leur répétition rappelle aussi qu’une floraison est cyclique et passagère.

05

Les yeux fermés

Sommeil, abandon, intimité ou ignorance : leur ambiguïté protège le tableau d’une lecture trop littérale.

06

Le format

Presque carré et monumental, il place les deux forces sur un même plan, comme les termes d’une équation visuelle.

Dessin préparatoire de Gustav Klimt pour La Vie et la Mort vers 1908-1909
Gustav Klimt, femme à demi nue assise de face, étude pour La Vie et la Mort, vers 1908–1909, crayon sur papier, 56 × 37,2 cm.
AVANT L’ORNEMENT

Le dessin prépare la torsion des corps

Cette feuille rappelle que Klimt ne construisait pas ses compositions en commençant par le décor. Le crayon cherche d’abord une pose : l’inclinaison du bassin, la position des jambes, la tension du torse et la manière dont un corps peut s’insérer dans un ensemble serré.

Dans la peinture finale, une grande partie de l’anatomie disparaît sous les étoffes et les motifs. Pourtant, la cohérence du groupe dépend de ce travail invisible. Les figures paraissent imbriquées parce que Klimt connaît précisément leur poids et leurs articulations avant de les recouvrir.

Une attribution documentée

La feuille porte au verso une confirmation manuscrite de Georg Klimt, frère de l’artiste. Elle a été répertoriée dans le catalogue des dessins d’Alice Strobl et provient successivement de l’atelier, de Georg Klimt, de la collection Ludwig Baldass puis d’une collection privée.

UN CHANGEMENT D’ÉPOQUE

Pourquoi abandonner le fond doré ?

Leopold Museum indique que la raison exacte de la refonte reste inconnue. Il faut donc distinguer le fait matériel — le fond a changé — de toute explication psychologique trop assurée.

De l’icône précieuse à la confrontation froide

Le premier fond doré reliait encore fortement l’œuvre aux années célèbres du Baiser et d’Adèle Bloch-Bauer. En le remplaçant par un gris bleuté, Klimt réduit l’éclat uniforme et accroît le contraste entre les deux groupes. Le vide devient lisible comme une matière propre.

Cette décision s’accorde avec une évolution plus large de sa peinture après la phase dorée : couleurs plus franches, motifs floraux plus libres, contours plus nerveux. Mais rien ne prouve que Klimt ait voulu « rejeter » l’or ou illustrer un événement précis. La transformation est d’abord visible dans la composition elle-même.

L’état final ne supprime pas l’ornement ; il le rend conflictuel. Les croix bleues et noires de la Mort affrontent les fleurs et les textiles de la Vie. Deux systèmes décoratifs deviennent deux manières d’occuper le monde.

DEUX THÈMES EN ÉCHO

Amour et maternité face au temps

Klimt avait déjà traité séparément l’amour et l’attente d’une naissance. Dans La Vie et la Mort, ces expériences rejoignent une communauté plus large, exposée à une même limite.

L’Amour de Gustav Klimt, reproduction proposée par la boutique
L’Amour

Le couple est encore isolé sous des visages allégoriques. Dans La Vie et la Mort, l’intimité devient l’un des nombreux états du groupe humain.

L’Espoir de Gustav Klimt, reproduction à l’huile proposée par la boutique
L’Espoir

La grossesse place déjà le commencement de la vie sous le regard d’une menace. Klimt développera cette tension dans une composition monumentale.

Photographie réelle de La Vie et la Mort exposée au Leopold Museum à Vienne
Vue réelle au Leopold Museum. Photo Richard Mortel, 2018, licence CC BY 2.0. Recadrage d’affichage uniquement.
VOIR L’ORIGINAL

Au Leopold Museum, niveau 4

La collection en ligne du musée indique que l’œuvre est actuellement exposée au quatrième niveau. Avec ses 180,8 × 200,6 cm, elle impose un rapport physique que les reproductions numériques ne peuvent restituer.

Le musée conserve l’œuvre sous le numéro LM 630. Il présente également un modèle tactile destiné à rendre la composition accessible autrement que par la seule vue.

Le cadre original est attribué à Josef Hoffmann. Des traces de peinture sur ce cadre ont aidé à documenter les campagnes de reprise : la transformation ne concerne donc pas seulement une comparaison d’images, elle laisse des indices matériels.

Incident de 2022 : des militants ont projeté un liquide noir sur la vitre de protection et se sont collés au dispositif. Selon le Leopold Museum, la peinture et son cadre original n’ont pas été endommagés.

Consulter la notice officielle →

Reproduction peinte à la main de La Vie et la Mort de Gustav Klimt proposée par la boutique
REPRODUCTION DE LA BOUTIQUE

Préserver le tableau entier et son contraste

Cette image montre la reproduction proposée par Alpha Reproduction. Pour ce sujet, la fidélité ne dépend pas seulement des visages : elle exige un fond gris assez froid, une Mort nettement séparée, une petite massue rouge visible et des motifs suffisamment différenciés dans le groupe de la Vie.

✓ Composition entière✓ Format horizontal✓ Fond gris bleuté✓ Neuf figures lisibles✓ Croix du manteau✓ Accents rouges conservés

Le produit est distinct de l’œuvre originale du Leopold Museum. Les formats et options proposés sur la fiche permettent d’adapter la reproduction sans transformer son orientation.

Voir La Vie et la Mort →
PHOTOGRAPHIES D’ÉPOQUE

Klimt et la Vienne qui regardait cette toile

Ces documents replacent l’œuvre dans la carrière du peintre et dans le milieu de la Sécession. Ils ne montrent pas le tableau lui-même et sont présentés comme archives historiques.

Photographie réelle de Gustav Klimt en 1907
Gustav Klimt en 1907

Quelques années avant le premier état de La Vie et la Mort. La photographie montre le peintre au moment où sa phase dorée atteint une intensité majeure.

Voir le fichier libre →
Photographie réelle du groupe de la Sécession viennoise en 1902
La Sécession viennoise en 1902

Le groupe défend une exposition conçue comme un ensemble. Klimt quittera l’association en 1905, mais cette ambition d’art total reste sensible dans la grande toile.

Voir le fichier libre →
FAQ

Douze réponses sur La Vie et la Mort

Existe-t-il deux tableaux originaux de La Vie et la Mort ?

Non. Il existe une seule grande toile, modifiée par Klimt. Le premier état est connu par des photographies et des reproductions anciennes ; l’état final recouvre une partie de la peinture antérieure.

Quand Klimt a-t-il peint La Vie et la Mort ?

L’exécution commence vers 1910. La notice détaillée du Leopold Museum date le premier état de 1910/11 et distingue des reprises en 1912/13 puis en 1915/16.

Pourquoi voit-on parfois la date 1910/15 ?

Cette notation abrège la période allant du début de l’œuvre à sa transformation majeure. Elle n’est pas contradictoire avec la chronologie plus précise 1910/11, 1912/13 et 1915/16.

Quelles sont les différences les plus visibles entre les deux états ?

Le fond doré devient gris bleuté ; la Mort se redresse, sourit sinistrement et lève une petite massue rouge ; le groupe de la Vie devient plus nombreux et plus compact.

Pourquoi Klimt a-t-il remanié un tableau déjà récompensé ?

La raison exacte n’est pas connue. Les sources institutionnelles constatent la refonte sans lui attribuer un motif psychologique certain. Visuellement, les modifications rendent la confrontation plus froide et plus dramatique.

Combien de personnages apparaissent dans l’état final ?

Le groupe de la Vie réunit neuf personnes, de l’enfant à la vieille femme. Elles représentent plusieurs âges et relations humaines sans constituer une famille précisément identifiée.

Qui est la jeune femme effrayée à gauche ?

Son identité n’est pas établie comme celle d’un portrait documentaire. Sa fonction visuelle est claire : son regard relie le groupe de la Vie à la Mort qui s’approche.

Quelle est la taille de La Vie et la Mort ?

Le Leopold Museum donne 180,8 × 200,6 cm. C’est la deuxième plus grande peinture de Klimt encore conservée.

Où se trouve le tableau ?

Au Leopold Museum de Vienne, sous le numéro d’inventaire LM 630. La collection en ligne l’indique actuellement exposé au niveau 4.

Le cadre est-il original ?

Oui, le musée mentionne le cadre original de Josef Hoffmann. Des traces de peinture sur ce cadre participent à l’étude des reprises successives.

Le tableau a-t-il été endommagé en 2022 ?

Non. Le liquide noir lancé par des militants a touché la vitre de protection. Le Leopold Museum a indiqué que la toile et le cadre original n’avaient pas subi de dommage.

Quel format choisir pour une reproduction ?

Il faut conserver l’orientation horizontale et éviter un recadrage serré. L’espace vide entre la Mort et la Vie fait partie de la composition autant que les figures.

Un chef-d’œuvre qui a survécu à sa propre métamorphose

Le premier état permet de mesurer l’audace du second. Klimt a sacrifié l’unité dorée, densifié les corps et armé la Mort pour produire une confrontation plus nette — sur la même toile.

Découvrir la reproduction →

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