La Vie et la Mort : deux états d’un même tableau
Fond doré puis gris, Mort recueillie puis menaçante, groupe humain élargi : Klimt a profondément repris sa toile après son succès de 1911. Voici ce qui a réellement changé — et comment le premier état nous est parvenu.

Deux versions, mais un seul original
La première image et l’état final ne correspondent pas à deux tableaux distincts. Klimt a peint une composition vers 1910–1911, l’a exposée et récompensée, puis a repris cette même toile. Les restaurateurs et historiens distinguent plusieurs campagnes, notamment 1912–1913 et 1915–1916.
Le premier état est connu par des photographies d’époque — dont une prise par Moriz Nähr, photographe privilégié de Klimt — ainsi que par des reproductions anciennes en couleurs. Il ne subsiste pas comme un second original caché dans un musée : l’état final recouvre matériellement une partie de ce que Klimt avait peint auparavant.
Voir les deux états côte à côte
Les reproductions ont été placées dans des cadres identiques et affichées en entier. La comparaison porte donc sur la peinture, pas sur un recadrage ou un filtre de couleur.

Le fond doré rapproche encore l’œuvre du vocabulaire précieux de Klimt. La tête de la Mort se baisse sous une forme de halo ; la masse des vivants est moins serrée et le face-à-face moins agressif.

Le fond devient gris bleuté. La Mort se redresse, montre un rictus et brandit une petite massue rouge. Le groupe humain, élargi à neuf figures, forme une île plus compacte.
Ce que Klimt a réellement repeint
Les dates varient légèrement selon les notices : le Leopold Museum résume parfois « 1910/15 », tandis que sa collection en ligne distingue 1910/11, 1912/13 et 1915/16. Ces formulations décrivent le même processus de création prolongée.
| Zone | Premier état | État final | Effet produit |
|---|---|---|---|
| Fond | Champ doré, chaud et lumineux. | Gris bleuté, plus froid et plus neutre. | Les silhouettes se détachent davantage ; l’allégorie perd une partie de son écrin précieux. |
| Tête de la Mort | Crâne incliné, figure plus introvertie et presque solennelle. | Crâne redressé, rictus visible, regard orienté vers la Vie. | La Mort devient un protagoniste actif, non une simple présence. |
| Geste | Attitude contenue, forme resserrée sur elle-même. | Bras levé et petite massue rouge prête à frapper. | La diagonale du bras introduit une action imminente. |
| Manteau | Ornementation plus claire, avec organisation différente des croix. | Bleus plus intenses, croix et motifs plus fortement contrastés. | Le vêtement devient à la fois suaire, mosaïque et armure. |
| Groupe humain | Ensemble moins nombreux et moins compact. | Neuf figures imbriquées, de l’enfant à la vieille femme. | La Vie devient une communauté et non une addition de portraits. |
| Figure à gauche | Relation moins directement dramatisée. | Une jeune femme effrayée, au bord du groupe, semble voir la Mort. | Son regard établit le pont psychologique entre les deux blocs. |
| Ornement | Fleurs et motifs plus espacés. | Étoffes, fleurs et corps forment une masse plus dense. | L’énergie vitale s’exprime par l’entrelacement plutôt que par la profondeur. |
Une œuvre suivie pendant huit ans
L’histoire des titres et des expositions montre que la toile était déjà publique avant sa dernière transformation. Klimt a donc accepté de remettre en question une œuvre reconnue.
Premières études
Les dessins préparatoires apparaissent vers 1908–1909, avant l’exécution à l’huile.
Premier état
La composition est peinte sur la grande toile avec un fond vraisemblablement doré.
Rome
Présentée sous le titre La Mort, l’œuvre vaut à Klimt une médaille d’or.
Dresde
Elle est exposée sous le titre La Mort et l’Amour.
Europe centrale
Budapest, Mannheim puis Prague la montrent sous le titre La Mort et la Vie.
Refonte
Klimt reprend le fond, la Mort, l’arme, les figures et les motifs.
Nouvel état
Berlin, Stockholm et Copenhague découvrent la composition remaniée.

Neuf figures, tous les âges, aucun récit unique
Klimt rassemble l’enfant, la mère, le couple, la jeune fille, des corps adultes et une vieille femme. Ces personnages ne forment pas une famille identifiable au sens documentaire. Ils condensent plutôt les âges, les relations et les états du corps humain.
Les contours individuels restent visibles, mais les figures s’emboîtent comme les pièces d’une mosaïque. Une épaule devient la limite d’un autre corps ; une couverture fleurie relie des silhouettes séparées ; les yeux fermés de plusieurs figures créent un monde intérieur qui semble ignorer la menace.
La jeune femme qui regarde
À l’extrémité gauche, un visage ouvert et inquiet rompt cette torpeur. Il semble percevoir la Mort. Klimt donne ainsi au spectateur un relais : nous voyons le danger en même temps qu’elle, tandis que le reste du groupe demeure absorbé par le sommeil, le désir ou la protection.
Une île plutôt qu’une scène
Il n’y a ni sol ni paysage. Les vivants flottent dans une forme ovale, chaude, serrée, opposée au bloc vertical et froid de la Mort. L’espace du tableau est symbolique : deux masses séparées par du vide, liées par un regard et une menace.
Six clés pour comprendre l’allégorie
Le tableau n’accompagne pas un texte précis et Klimt n’a pas laissé un dictionnaire définitif de ses motifs. On peut donc décrire leurs fonctions visuelles sans prétendre fixer un sens unique.
Le vide
L’intervalle entre les deux masses n’est pas un décor : c’est la distance fragile qui sépare encore les vivants de la Mort.
Les croix
Elles rendent le manteau immédiatement funèbre et répètent une structure rigide, opposée aux formes souples de la Vie.
La massue rouge
Petite mais vive, elle concentre l’action. Sa couleur répond aux accents charnels du groupe humain.
Les fleurs
Elles signalent la croissance et l’abondance, mais leur répétition rappelle aussi qu’une floraison est cyclique et passagère.
Les yeux fermés
Sommeil, abandon, intimité ou ignorance : leur ambiguïté protège le tableau d’une lecture trop littérale.
Le format
Presque carré et monumental, il place les deux forces sur un même plan, comme les termes d’une équation visuelle.

Le dessin prépare la torsion des corps
Cette feuille rappelle que Klimt ne construisait pas ses compositions en commençant par le décor. Le crayon cherche d’abord une pose : l’inclinaison du bassin, la position des jambes, la tension du torse et la manière dont un corps peut s’insérer dans un ensemble serré.
Dans la peinture finale, une grande partie de l’anatomie disparaît sous les étoffes et les motifs. Pourtant, la cohérence du groupe dépend de ce travail invisible. Les figures paraissent imbriquées parce que Klimt connaît précisément leur poids et leurs articulations avant de les recouvrir.
Une attribution documentée
La feuille porte au verso une confirmation manuscrite de Georg Klimt, frère de l’artiste. Elle a été répertoriée dans le catalogue des dessins d’Alice Strobl et provient successivement de l’atelier, de Georg Klimt, de la collection Ludwig Baldass puis d’une collection privée.
Pourquoi abandonner le fond doré ?
Leopold Museum indique que la raison exacte de la refonte reste inconnue. Il faut donc distinguer le fait matériel — le fond a changé — de toute explication psychologique trop assurée.
De l’icône précieuse à la confrontation froide
Le premier fond doré reliait encore fortement l’œuvre aux années célèbres du Baiser et d’Adèle Bloch-Bauer. En le remplaçant par un gris bleuté, Klimt réduit l’éclat uniforme et accroît le contraste entre les deux groupes. Le vide devient lisible comme une matière propre.
Cette décision s’accorde avec une évolution plus large de sa peinture après la phase dorée : couleurs plus franches, motifs floraux plus libres, contours plus nerveux. Mais rien ne prouve que Klimt ait voulu « rejeter » l’or ou illustrer un événement précis. La transformation est d’abord visible dans la composition elle-même.
L’état final ne supprime pas l’ornement ; il le rend conflictuel. Les croix bleues et noires de la Mort affrontent les fleurs et les textiles de la Vie. Deux systèmes décoratifs deviennent deux manières d’occuper le monde.
Amour et maternité face au temps
Klimt avait déjà traité séparément l’amour et l’attente d’une naissance. Dans La Vie et la Mort, ces expériences rejoignent une communauté plus large, exposée à une même limite.

Le couple est encore isolé sous des visages allégoriques. Dans La Vie et la Mort, l’intimité devient l’un des nombreux états du groupe humain.

La grossesse place déjà le commencement de la vie sous le regard d’une menace. Klimt développera cette tension dans une composition monumentale.

Au Leopold Museum, niveau 4
La collection en ligne du musée indique que l’œuvre est actuellement exposée au quatrième niveau. Avec ses 180,8 × 200,6 cm, elle impose un rapport physique que les reproductions numériques ne peuvent restituer.
Le musée conserve l’œuvre sous le numéro LM 630. Il présente également un modèle tactile destiné à rendre la composition accessible autrement que par la seule vue.
Le cadre original est attribué à Josef Hoffmann. Des traces de peinture sur ce cadre ont aidé à documenter les campagnes de reprise : la transformation ne concerne donc pas seulement une comparaison d’images, elle laisse des indices matériels.
Quatre Klimt pour prolonger la lecture
Les images ci-dessous présentent des reproductions disponibles dans la boutique. Elles servent à comparer les thèmes et les solutions de Klimt ; elles ne remplacent pas les notices des originaux.

Une autre construction de l’enfance, de la maternité et de la vieillesse.
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La grossesse, la prière et l’ombre de la mort dans un format vertical.
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Une constellation de figures où étoffes et anatomies forment un tourbillon.
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Le couple s’enferme dans un manteau d’or, avant le fond froid de La Vie et la Mort.
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Préserver le tableau entier et son contraste
Cette image montre la reproduction proposée par Alpha Reproduction. Pour ce sujet, la fidélité ne dépend pas seulement des visages : elle exige un fond gris assez froid, une Mort nettement séparée, une petite massue rouge visible et des motifs suffisamment différenciés dans le groupe de la Vie.
Le produit est distinct de l’œuvre originale du Leopold Museum. Les formats et options proposés sur la fiche permettent d’adapter la reproduction sans transformer son orientation.
Voir La Vie et la Mort →Explorer Klimt, le symbolisme et le Leopold Museum
Ces liens ont été contrôlés dans la boutique le 23 juillet 2026. Ils mènent à des collections actives, avec leur nombre de produits au moment de la vérification.
Portraits, paysages, allégories, dessins et grands décors.
Explorer →17 ŒUVRESAllégories et mythologieLes compositions où Klimt transforme les idées en corps et en motifs.
Explorer →64 ŒUVRESLeopold MuseumUn parcours autour des œuvres associées à la collection viennoise.
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Explorer →Klimt et la Vienne qui regardait cette toile
Ces documents replacent l’œuvre dans la carrière du peintre et dans le milieu de la Sécession. Ils ne montrent pas le tableau lui-même et sont présentés comme archives historiques.

Quelques années avant le premier état de La Vie et la Mort. La photographie montre le peintre au moment où sa phase dorée atteint une intensité majeure.
Voir le fichier libre →
Le groupe défend une exposition conçue comme un ensemble. Klimt quittera l’association en 1905, mais cette ambition d’art total reste sensible dans la grande toile.
Voir le fichier libre →Ce que l’on peut vérifier
Les informations matérielles, les états successifs, les expositions et l’incident de 2022 reposent sur le Leopold Museum. Les images anciennes et libres sont reliées à leurs notices d’origine.
Dates de reprise, dimensions, expositions, description des deux états et emplacement actuel.
Consulter →CHEF-D’ŒUVRELeopold Museum · HighlightSynthèse officielle sur la création, la médaille de Rome et la refonte de 1915.
Consulter →PREMIER ÉTATPhotographie de Moriz NährNotice du tirage historique qui documente la composition avant les reprises.
Consulter →CONSERVATIONIncident du 15 novembre 2022Communiqué confirmant que l’œuvre et son cadre n’ont pas été endommagés.
Consulter →ACCESSIBILITÉModèle tactilePrésentation du dispositif tactile disponible au niveau 4 du musée.
Consulter →IMAGES LIBRESWikimedia CommonsÉtats, détails, dessin préparatoire et photographies de l’accrochage.
Consulter →Douze réponses sur La Vie et la Mort
Existe-t-il deux tableaux originaux de La Vie et la Mort ?
Non. Il existe une seule grande toile, modifiée par Klimt. Le premier état est connu par des photographies et des reproductions anciennes ; l’état final recouvre une partie de la peinture antérieure.
Quand Klimt a-t-il peint La Vie et la Mort ?
L’exécution commence vers 1910. La notice détaillée du Leopold Museum date le premier état de 1910/11 et distingue des reprises en 1912/13 puis en 1915/16.
Pourquoi voit-on parfois la date 1910/15 ?
Cette notation abrège la période allant du début de l’œuvre à sa transformation majeure. Elle n’est pas contradictoire avec la chronologie plus précise 1910/11, 1912/13 et 1915/16.
Quelles sont les différences les plus visibles entre les deux états ?
Le fond doré devient gris bleuté ; la Mort se redresse, sourit sinistrement et lève une petite massue rouge ; le groupe de la Vie devient plus nombreux et plus compact.
Pourquoi Klimt a-t-il remanié un tableau déjà récompensé ?
La raison exacte n’est pas connue. Les sources institutionnelles constatent la refonte sans lui attribuer un motif psychologique certain. Visuellement, les modifications rendent la confrontation plus froide et plus dramatique.
Combien de personnages apparaissent dans l’état final ?
Le groupe de la Vie réunit neuf personnes, de l’enfant à la vieille femme. Elles représentent plusieurs âges et relations humaines sans constituer une famille précisément identifiée.
Qui est la jeune femme effrayée à gauche ?
Son identité n’est pas établie comme celle d’un portrait documentaire. Sa fonction visuelle est claire : son regard relie le groupe de la Vie à la Mort qui s’approche.
Quelle est la taille de La Vie et la Mort ?
Le Leopold Museum donne 180,8 × 200,6 cm. C’est la deuxième plus grande peinture de Klimt encore conservée.
Où se trouve le tableau ?
Au Leopold Museum de Vienne, sous le numéro d’inventaire LM 630. La collection en ligne l’indique actuellement exposé au niveau 4.
Le cadre est-il original ?
Oui, le musée mentionne le cadre original de Josef Hoffmann. Des traces de peinture sur ce cadre participent à l’étude des reprises successives.
Le tableau a-t-il été endommagé en 2022 ?
Non. Le liquide noir lancé par des militants a touché la vitre de protection. Le Leopold Museum a indiqué que la toile et le cadre original n’avaient pas subi de dommage.
Quel format choisir pour une reproduction ?
Il faut conserver l’orientation horizontale et éviter un recadrage serré. L’espace vide entre la Mort et la Vie fait partie de la composition autant que les figures.
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