Un visage peint à l’huile émerge d’un champ d’or, d’yeux, de spirales et de carrés. Derrière cette splendeur se trouvent quatre années de travail, une femme de la Vienne moderne, plus de cent dessins et une histoire majeure de spoliation puis de restitution.

Pourquoi ce portrait est-il si célèbre ?
Parce que Klimt transforme un portrait mondain en image presque totale. Adèle reste reconnaissable par son visage, ses épaules et ses mains, mais sa robe, le fauteuil et le fond se soudent dans un espace d’or où la profondeur devient volontairement instable.
Le tableau réunit plusieurs mondes : le portrait psychologique, l’ornement moderne, les souvenirs des mosaïques byzantines, le luxe matériel et une précision graphique héritée du dessin. Il est aussi devenu emblématique à cause de son histoire après 1938 : saisie, changement de titre, longue bataille juridique et restitution aux héritiers Bloch-Bauer en 2006.

Adèle, pas seulement une icône
Née Adèle Bauer en 1881, elle grandit dans une famille de la grande bourgeoisie juive viennoise. En 1899, elle épouse Ferdinand Bloch, industriel du sucre ; le couple et leurs frère et sœur adoptent le nom Bloch-Bauer en 1917. Son salon accueille des figures artistiques, intellectuelles et politiques de Vienne.
Ferdinand commande le portrait en 1903. Adèle a environ vingt-six ans lorsque l’œuvre est achevée. Sa frontalité n’est pourtant pas sereine : la bouche entrouverte, le regard direct et les mains nerveusement repliées donnent au visage une présence fragile au milieu de la profusion décorative.
Une liaison avec Klimt ?
L’hypothèse a été souvent répétée, mais aucune preuve concrète ne permet de la transformer en fait. L’intimité visuelle du tableau révèle la puissance du portrait ; elle ne suffit pas à établir une relation amoureuse.
Quatre années avant l’or
Klimt ne part pas du motif décoratif. Il cherche d’abord le corps : assise ou debout, orientation du visage, courbe de l’épaule, croisement des mains. Les dessins rendent visible ce laboratoire.

Cette étude au fusain de 1903 explore une silhouette debout, la pose et le vêtement avant l’organisation dorée du portrait final.

La position se construit par reprises successives ; le dessin conserve une mobilité absente de l’icône finale.

Cette étude debout montre que le format final n’était pas une évidence : Klimt a testé plusieurs architectures du corps.
Comment regarder la composition
Le carré ne raconte pas une scène. Il organise une montée du regard, du sol tacheté vers le visage, puis redistribue l’attention dans un réseau de motifs.
Le visage
Seule zone pleinement modelée : chair pâle, joues rosées, bouche rouge et regard sombre.
Les mains
Le geste replié masque un doigt déformé et concentre la tension psychologique.
La robe
Des yeux, triangles, amandes et spirales font du vêtement une mosaïque mobile.
Le fauteuil
Son contour doré forme une mandorle autour du buste, presque comme une auréole laïque.
Le fond
Le plan vertical ne décrit aucune pièce : l’espace réel devient paroi précieuse.
Le sol
Une bande verte et ponctuée stabilise juste assez la figure pour empêcher sa disparition.
L’or n’est pas une couleur uniforme
Le tableau associe huile, or et argent sur toile. L’effet dépend des écarts entre surfaces mates, métalliques, lisses et légèrement en relief.
Chair à l’huile
Le visage, le cou et les mains gardent un modelé souple. Leur naturalisme rend l’ornement environnant plus radical.
Métaux
Or et argent réfléchissent différemment la lumière réelle. Le tableau change donc subtilement selon la position du spectateur.
Reliefs
Sur certains bijoux et sur les initiales A et B, un apprêt en relief reçoit la matière dorée et produit une présence presque tactile.
Signes
Yeux, demi-lunes, carrés et spirales structurent la surface. Leur valeur formelle est certaine ; leur signification symbolique reste souvent hypothétique.
Voir la matière de près
Les deux premiers visuels associent un détail du visage et une vue entière de l’œuvre originale. Les deux suivants distinguent une reproduction fidèle du portrait et une réinterprétation contemporaine proposée dans la boutique.

La peau modelée, la bouche rouge et les yeux sombres restent naturalistes. Ce petit îlot de chair paraît d’autant plus vivant qu’il est entouré d’or abstrait.
Notice du détail →
Les doigts repliés forment le point de tension. Autour d’eux, yeux, triangles, carrés, spirales et bijoux créent plusieurs rythmes au lieu d’un simple fond doré.
Voir le fichier haute définition →
Cette image est celle de la fiche produit du portrait. Elle est volontairement séparée des photographies de l’original afin d’éviter toute confusion avec l’œuvre du musée.
Voir formats, prix et options →
Cette version est proposée dans la boutique sous le titre « Portrait réimaginé d’Adèle Bloch-Bauer par Master Apollon ». L’image commerciale reprend l’icône de Klimt ; consultez la fiche pour les dimensions et les caractéristiques de la réalisation.
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1907 contre 1912 : l’icône et la femme debout
Adèle est la seule personne dont Klimt a réalisé deux portraits en pied, selon la Neue Galerie. Le premier comprime la profondeur et absorbe le corps dans l’or. Le second rend la silhouette entière, verticale, entourée de couleurs froides, de fleurs et de motifs d’inspiration asiatique.
La comparaison évite une erreur fréquente : réduire Klimt à sa période dorée. Entre les deux tableaux, sa peinture déplace son énergie de la matière métallique vers la couleur, tout en conservant l’idée d’une figure construite par son environnement décoratif.
Voir la reproduction du second portrait →La période dorée en quatre rapprochements
En 1903, Klimt voit les mosaïques de San Vitale à Ravenne, dont l’impératrice Théodora. Il en retient moins un modèle à copier qu’une manière d’unir frontalité, figure, matière précieuse et espace sans profondeur.

Un visage sensuel et une masse d’or préfigurent la tension entre chair et ornement.
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Le fauteuil géométrique encadre déjà le corps comme une architecture décorative.
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Les corps deviennent presque motifs, mais les visages et les mains préservent l’émotion.
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Le décor monumental pousse encore plus loin l’union entre figure, mosaïque et surface.
Voir la reproduction →De la commande à la restitution
La provenance doit distinguer la volonté d’Adèle, la propriété juridique de Ferdinand, la saisie nazie, l’entrée au Belvédère et la décision arbitrale rendue près de soixante-huit ans plus tard.
Achevé
Ferdinand Bloch-Bauer est le commanditaire et propriétaire du portrait.
Testament
Adèle exprime le souhait que les Klimt rejoignent la galerie autrichienne après la mort de Ferdinand.
Décès
Adèle meurt à quarante-trois ans. Son souhait ne transfère pas juridiquement les tableaux.
Saisie
Après l’Anschluss, les biens de Ferdinand sont confisqués et dispersés.
Belvédère
Le portrait entre dans la collection publique sous une histoire de propriété déformée.
Combat
Recherche de provenance, procédure de Maria Altmann et accord d’arbitrage en Autriche.
Restitution
Cinq Klimt sont rendus aux héritiers ; Adèle I rejoint ensuite la Neue Galerie.

Où voir la Dame en or aujourd’hui ?
Le tableau appartient à la Neue Galerie New York, musée consacré à l’art allemand et autrichien du début du XXe siècle. Son accrochage permet normalement de le comparer à d’autres œuvres de Klimt et au contexte de la Vienne 1900.
La Neue Galerie a acquis le portrait en 2006 après sa restitution. Le montant de 135 millions de dollars a été largement rapporté dans la presse, mais la portée de l’œuvre ne se résume pas à un record : sa provenance, le nom d’Adèle et la matière du tableau sont plus importants que son prix.
Six détails qui font la différence
Une bonne reproduction de ce tableau ne doit pas transformer l’or en simple jaune ni recadrer le carré. Elle doit conserver les oppositions de matière et la respiration des motifs.
Le carré entier
Les quatre bords, le sol vert et la masse du fauteuil doivent rester visibles.
Le visage
La peau demeure nuancée, sans contour dur ni blanc uniforme.
Les mains
Le dessin des doigts est précis ; leur tension ne doit pas devenir une masse confuse.
Plusieurs ors
Des valeurs chaudes, sourdes et brillantes empêchent l’aplat métallique monotone.
Les signes
Yeux, spirales, carrés et initiales A/B gardent des rythmes et des échelles différentes.
La bordure verte
Cette zone basse ancre la figure et protège l’équilibre du format.
Le peintre et son milieu
Ces documents replacent la création du portrait dans la Vienne de la Sécession, au lieu de présenter l’œuvre comme une image détachée de toute histoire. La photographie d’Adèle vers 1920, visible dans la section précédente, complète ce dossier.

L’année d’achèvement du portrait. Klimt est alors une figure indépendante et controversée de l’art viennois.
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Le groupe défend une conception moderne de l’exposition et du décor total, un an avant les premières études d’Adèle.
Voir la notice du fichier →Continuer autour de Klimt
Chaque lien mène vers une collection de la boutique. Les reproductions contemporaines sont présentées comme telles et ne doivent pas être confondues avec les originaux conservés dans les musées.
Les deux portraits et les œuvres associées au modèle.
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Ces articles distinguent l’histoire du portrait, sa matière dorée, ses motifs et sa restitution.
Origine, œuvres majeures et fin d’un langage décoratif.
Lire → MATIÈREPourquoi Klimt utilisait-il de l’or ?Feuille, argent, platine, reliefs et effets de lumière.
Lire → SIGNESLes motifs de KlimtYeux, spirales, rectangles et fleurs sans surinterprétation.
Lire → RESTITUTIONMaria Altmann et la Dame en orLa procédure américaine, l’arbitrage autrichien et le retour de 2006.
Lire → MÉCÉNATLes mécènes juifs de KlimtBloch-Bauer, Lederer, Gallia et autres provenances comparées.
Lire → PORTRAITSModèles et société viennoiseComparer Adèle aux autres portraits de Klimt.
Lire → OBJETLes cadres de KlimtQuand peinture, bordure et espace décoratif forment un ensemble.
Lire →Jewish Museum — étude au fusain de 1903.
Neue Galerie — notice actuelle de l’œuvre, matière et deux portraits en pied.
Lexikon Provenienzforschung — nom Bloch-Bauer adopté en 1917 et arbitrage du 15 janvier 2006.
Ce que l’on peut vérifier
Les faits matériels, la préparation et la provenance reposent sur des notices de musée et des ressources de recherche. Les interprétations de motifs sont formulées comme des lectures, pas comme des certitudes.
Dimensions, technique, inscription, biographie, motifs et chaîne de provenance.
Consulter →EXPOSITIONKlimt and Adele Bloch-BauerQuatre années de travail, plus de cent dessins et contexte de la commande.
Consulter →COLLECTIONFive Paintings from the CollectionLes cinq Klimt Bloch-Bauer, leur présentation et leur restitution.
Consulter →PROVENANCELexicon of Austrian Provenance ResearchFerdinand Bloch-Bauer, exil, saisie et décision arbitrale de 2006.
Consulter →RECHERCHE PUBLIQUEBelvédère · Provenance ResearchCadre de recherche autrichien et restitution des cinq Klimt.
Consulter →DESSINS LIBRESWikimedia CommonsCatégorie regroupant les études préparatoires utilisées dans l’article.
Consulter →Douze réponses sur la Dame en or
Qui est la femme du Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I ?
Adèle Bloch-Bauer (1881–1925), salonnière viennoise et épouse de l’industriel Ferdinand Bloch-Bauer. Elle est la seule personne que Klimt a peinte dans deux portraits en pied, selon la Neue Galerie.
Pourquoi appelle-t-on ce tableau La Dame en or ?
Le surnom décrit l’extraordinaire domination de l’or dans le vêtement et le fond. Après la spoliation nazie, l’œuvre fut aussi exposée sous un titre neutralisé qui effaçait le nom juif de son modèle : le surnom doit donc être employé sans oublier Adèle.
Quand Klimt a-t-il peint Adèle Bloch-Bauer I ?
Les études commencent en 1903 et le tableau est achevé en 1907. Dire simplement « 1907 » est correct pour l’œuvre finie, mais ne rend pas compte des quatre années de préparation.
Quelle est la taille du tableau ?
Le tableau mesure 140 × 140 cm. Son format parfaitement carré renforce l’impression d’icône et de surface décorative totale.
Le portrait est-il peint uniquement à l’or ?
Non. Klimt associe huile, feuilles et peintures métalliques d’or et d’argent. Le visage et les mains restent traités à l’huile, tandis que les reliefs, motifs et métaux construisent l’écrin décoratif.
Pourquoi Adèle cache-t-elle une main ?
Ses mains sont repliées dans une pose très étudiée. Les sources de la Neue Galerie indiquent que ce geste dissimule notamment un doigt déformé. La pose produit aussi une tension expressive au centre du tableau.
Klimt et Adèle ont-ils eu une liaison ?
Cette idée a beaucoup circulé, notamment dans la culture populaire, mais aucune preuve concrète ne permet de l’affirmer. Il faut distinguer l’intensité du portrait d’un fait biographique documenté.
Combien de dessins préparatoires existent ?
Plus de cent dessins préparatoires sont connus. Ils montrent les recherches sur la pose assise, les mains, le visage et la silhouette avant la transfiguration décorative du tableau final.
Pourquoi Ravenne est-elle importante ?
En 1903, Klimt voit à Ravenne les mosaïques byzantines de San Vitale, dont l’impératrice Théodora. L’or, la frontalité et l’union entre figure et décor nourrissent ensuite sa période dorée, sans que le portrait soit une simple copie des mosaïques.
À qui appartenait le tableau avant 1938 ?
Ferdinand Bloch-Bauer avait commandé et possédait l’œuvre. Le souhait formulé par Adèle dans son testament n’équivalait pas à un transfert juridique immédiat des tableaux, point décisif dans le dossier de restitution.
Quand le tableau a-t-il été restitué ?
Un tribunal arbitral autrichien ordonna en janvier 2006 la restitution de cinq Klimt aux héritiers Bloch-Bauer. Le portrait fut ensuite acquis pour la Neue Galerie de New York.
Où voir le Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I ?
À la Neue Galerie, à New York. Au 27 septembre 2026, le musée annonce la réouverture du Café Sabarsky et de la boutique le 1er octobre, puis celle des galeries le 12 novembre 2026.
Dernière vérification éditoriale et factuelle : 27 septembre 2026.
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